Lot 231
  • 231

[Sur Lautréamont]. Manuscrit autographe. [1957].

Estimate
6,000 - 8,000 EUR
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Description

  • Soupault, Philippe
  • [Sur Lautréamont].Manuscrit autographe.[1957].
6 p. folio, à l'encre violette.
Emouvante évocation de la découverte des Chants de Maldoror par Soupault en juin 1918 bientôt suivi par tout le groupe surréaliste qui devait lire Lautréamont sur le même exemplaire.    
"Malgré ma toux et ma pâleur on me permit de sortir et je me promenais boulevard Raspail, me souvenant de mes ballades avec mon ami Guillaume Apollinaire qui aimait ce quartier de Montparnasse. Je fus naturellement attiré par les librairies. J'entrais dans l'une d'elles (...) Je léchais comme l'on dit les rayons où s'entassaient les publications pour personnes pâles, les romans d'aventures, les livres de cuisine quand tout à coup mes regards furent attirés par un volume de couleur beige pâle. Et je lus ce titre : Les Chants de Maldoror. Je connaissais ce titre. J'avais entendu parler par mon ami, le plus charmant érudit des écrivains, Valery Larbaud, de cet ouvrage réservé jusqu'alors aux lettrés et que ceux-ci rangeaient dans leur musée secret (...) J'achetais aussitôt ces Chants de Maldoror à la libraire, bien étonnée de vendre ce qu'elle considérait dans le langage des libraires comme un rossignol (...) Je rentrais à l'hôpital et m'étendis sur mon lit. J'ouvris Les Chants de Maldoror et malgré les observations et les objurgations des infirmières, je les lus d'un bout à l'autre. Ce fut un éblouissement, un vertige. J'avais découvert un monde. Et je pense que cet ébouissement, ce vertige, les premiers lecteurs de la Divine Comédie de Dante durent l'éprouver. Je n'exagère pas en disant que cette lecture a changé le cours de ma vie et modifié profondément toute mon attitude à l'égard de la littérature (...) Pour moi, comme pour mes amis poètes André Breton, Louis Aragon, Paul Eluard et Robert Desnos, pour ne citer que les plus grands, Les Chants de Maldodor représentent un des sommets de la littérature française à côté des poèmes d'Arthur Rimbaud (...)."  

Catalogue Note

En 1957, à l'occasion d'une émission de radio dans le cadre de "Plaisir de Lire" animée par Paul Gilson, Philippe Soupault témoigne de sa découverte fulgurante des Chants de Maldoror, en juin 1918. 
En quelques pages écrites sans repentir, d'un trait, à la manière même des Champs magnétiques, Soupault revient sur l'entrée définitive en poésie de toute sa génération, la rupture radicale avec tous les prédécesseurs romantiques, symbolistes et cubistes, et retourne à la source même d'une des plus grandes offensives de la Poésie au coeur de notre modernité même. 

Depuis son enregistrement radiophonique en 1957, ce texte n'a jamais été publié.