Lot 215
  • 215

Manuscrit autographe de la conférence sur les Brunets. Théâtre Maria Guerrero, Madrid, novembre 1951.

Estimate
15,000 - 20,000 EUR
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Description

  • Salvador Dalí
  • Manuscrit autographe de la conférence sur les Brunets.Théâtre Maria Guerrero, Madrid, novembre 1951.
Ensemble de 26 pages in-4, en espagnol, comprenant :
- le manuscrit complet du texte de la conférence, avec de nombreuses corrections autographes (22 p.) ;
- 4 pages autographes donnant une version premier jet du début de la conférence ;
- 1 feuillet autographe de brouillon : "Depuis ce Dali jusqu'à celui d'aujourd'hui, tout ce que j'ai essayé m'a été nécessaire et payé par des angoisses et du sang. C'était l'attitude anti-Brunets, eux qui pratiquaient un athéisme joyeux et confiant type "bouffe-curés" et "esquelle de la torraja",moi qui au contraire vivais avec authenticité ma saison en enfer "[traduit de l'espagnol].  

Catalogue Note

Très brillante conférence dans laquelle Dali s'est inventé un adversaire imaginaire, "l'écrivain Manuel Brunet" dont il fait le prototype de personnages "mesquins et petis bourgeois appelés "Brunets".

"L' écrivain quelque peu connu Manuel Brunet, a écrit, pendant les moments les plus difficiles de mon existence, en pleine lutte contre les surréalistes pour faire triompher le mysticisme que je professe aujourd' hui et pendant que je peignais les tableaux qui m'ont donné une renommée mondiale, "qu'il n' y avait rien de pire au monde que d'aller voir une exposition de Salvador Dali".
A la même époque, Sigmond Froid m'avait déjà catalogué comme un mystique en puissance jusqu'à m'appliquer le qualificatif de fanatique (...)  Il est presque indispensable, pour ne pas dire de rigueur, qu'une conférence de Salvador Dali commence par un série impressionnante et substancielle d'injures personnelles ; mais cette attitude correspondrait à mes époques passées.
(...) Cette classe générique des Brunets n' est pas un privilège de la province de Gérone, car je les ai rencontrés dans les coins les plus reculés d'Europe et d'Amérique, et, comme l'avait prévu le grand Michel de Montaigne, ces Brunets là, sont tellement locaux qu'ils en deviennent universels, heureusement pour un être universel comme moi, qui a besoin où qu'il soit, de l'activité extrêmement discrète et intime des Brunets, pour que les actions violentes de ma personnalité puissent briller avec un maximum de truculence. Les Brunets sont des anti-Dali par essence et impuissance. Les Brunets sont le contraire de Dali, physiquement, moralement ; comme type d'intelligence, comme destin, comme façon de s'habiller, de marcher, de dormir. Les Brunets sont l' antithèse de Dali dans le choix de la cravate, de la moustache, dans la salive, dans le compte en banque (...) Seul, à Figueras, j' ai poursuivi mon expérience impressioniste, cubiste, futuriste et surréaliste,  « Froidiste », etc... sans avoir connu tous ces mouvements subversifs qui, dans les magazines  - PROJECTION - , quand les surréalistes viennent me voir à Cadaquès, c' est parce qu' ils savent que je suis l' un d' eux ; c' est plus tard «Froid» qui m' a qualifié de «fanatique». Quand j' ai connu le groupe surréaliste, j'avais déjà réalisé le film
Le Chien andalou avec Bunuel dans lequel mon unique obsession fut d'éviter systématiquement qu'il fut question de chien ou de quelque chose d' andalou.
(...) Wermeer de Def arriva à l' extase visuelle, et de là l' inexorable sentiment d' incorruptibilité de son œuvre. J' ai toujours pensé que le contact du doigt de Dieu et celui de l' homme préfiguré par Miquel-Ange dans la chapelle Sixtine, avait eu lieu en réalité beaucoup plus tard dans l' instantané angoissant et lumineux de l'atelier de Wermeer.
(...) Dès que la peinture cesse d'être figurative, elle se transforme inexorablement en peinture décorative et encore pire : pseudo-décorative. Quelques peintres, se rendant compte du danger, Picasso par exemple, accentue alors le côté expressif et le fait d'une façon ibérique jusqu'à la truculence de l'épouvantable, mais même ainsi, il n' arrive qu'à produire des caricatures décoratives académiques et corruptibles. J' affirme que le peintre espagnol,  réaliste et mystique par excellence et en substance (puisque ces deux cosmogonies sont consubstancielles), se doit de peindre des tableaux à sujet religieux. Une renaissance de la peinture théologique est imminente en Europe ; Alors, l'Espagne de Valdès Leal, Velàzquez et Zurbaràn doit reprendre les pinceaux pour l' hégémonie spirituelle de notre glorieuse tradition impérialiste. J'ai dit. Salvador Dali."