Lot 135
  • 135

Le Diable au corps. Fragment autographe. [entre mai et octobre 1922 ?].

Estimate
40,000 - 60,000 EUR
bidding is closed

Description

  • Radiguet, Raymond
  • Le Diable au corps.Fragment autographe.[entre mai et octobre 1922 ?].
43 pages petit in-4, à l'encre noire ou brune, avec corrections au crayon de papier ligné à marge rouge de cahier d'écolier.
- 22 pages non chiffrées sur 21 feuillets in-4, brochées dans un cahier d'écolier ; à la suite 21 feuillets restés vierges.
Sur le premier plat du cahier, titre souligné au stylo à bille bleu dans l'angle supérieur droit : « Le Diable au corps ». Dans l'angle supérieur gauche du premier contre-plat, prix d'époque au crayon :
« 1,60 ». Le mot « Fin » est inscrit au milieu de la dernière page manuscrite.
- 21 pages volantes, chiffrées à l'encre dans l'angle supérieur droit de 7 à 29 (sans les pp. 17 et 19), sur 21 feuillets (avec annotations au verso du dernier feuillet). Le mot « Fin » est inscrit au milieu de la dernière page manuscrite.
Plus de 200 corrections autographes émaillent l'ensemble, dont 119 pour les pages brochées et 89 pour les pages volantes, ainsi que 34 lignes entièrement biffées.



On dénombre une dizaine de remarques, certaines avec annotations au crayon de Jean Cocteau, dans les marges des pages : « mauvais », « très bon », « excellente idée » ou encore
« très beau et digne du début » sur la dernière page manuscrite. Toutes ces annotations figurent sur les pages volantes.



Papier uniformément jauni et défraîchi, encre par endroit légèrement atténuée ; petits manques avec fentes et déchirures à la plupart des feuillets volants, sans atteinte au texte, bordures fragiles ; le dernier feuillet présente un manque angulaire et une déchirure plus importante. L'ensemble est très lisible. 

Literature

Claude Arnaud, Jean Cocteau, Paris, Gallimard, 2003, p. 265, . 

Catalogue Note

Ce manuscrit comporte deux versions successives des seize dernières pages environ du livre (selon l'édition de La Pochotèque, 2001).  Il correspond à près d'un septième de l'ouvrage : moment où Marthe découvre qu'elle est enceinte de François.
Les premières pages manuscrites brochées correspondent à une version antérieure au texte définitif, avec d'importantes variantes ; les pages volantes correspondent à une version proche de l'état définitif, avec toutefois quelques intéressantes variantes subsistantes. Parmi les variantes demeurant dans la seconde version des pages volantes, la suivante permet de saisir la relation entretenue par Radiguet avec le « professeur » Cocteau. En bas de la page chiffrée 14, Radiguet avait écrit d'abord : « De même que l'oeil qui scrute les ténèbres y forme de l'insolite, à force d'insister » ; puis, après intervention en marge de Cocteau par un « ? » au crayon, Radiguet biffa la phrase et repris deux fois la même idée ; une première fois, dans la marge inférieure, qu'il biffa à nouveau ; une seconde fois, formant les deux lignes supérieures de la page chiffrée 15, cette fois non biffée : « L'oeil qui scrute les ténèbres finit par y voir clair. Mais ce qu'il voit n'est pas toujours réel. » Sur le verso de la page précédente, vis-à-vis de ces deux lignes, Cocteau écrivit alors au crayon : « idée excellente ». Pour autant, cette phrase n'a pas été conservée dans la version imprimée.
Raymond Radiguet commença l'écriture du Diable au corps durant l'été 1921, stimulé par la compagnie de Jean Cocteau, à partir de notes prises en 1919 s'inspirant de la liaison qu'il eut adolescent, pendant la guerre, avec la femme d'un poilu. Si l'écriture avance rapidement au début, Radiguet se relâche vite et trouve la besogne fastidieuse. C'est Cocteau qui l'oblige et le maintient en face de son oeuvre : « À cinq reprises, [Cocteau] conseillera à Radiguet de reprendre la fin du Diable au corps (...) Il alla jusqu'à l'enfermer dans sa chambre, après avoir jeté au feu une partie de son manuscrit, pour l'obliger à réécrire le passage détruit » (Claude Arnaud). En avril 1922, à Paris, Radiguet apporte à Cocteau une fin remaniée de son roman que celui-ci estime être un « torchon », ainsi que Cocteau l'expliqua dans un entretien à Roger Stéphane : « Je le lui ai dit. Il a eu une de ses colères froides, il a jeté son manuscrit dans le feu, et le lendemain il m'a avoué que j'avais raison. Dès que j'ai été guéri, je l'ai emmené à Chantilly, où je l'ai bouclé dans une chambre d'hôtel, et je lui ai fait écrire la fin magnifique de son livre" (cité par Monique Nemer, Raymond Radiguet, Paris, Fayard, 2002, p. 402). Toutefois, il semble que cette « fin » du roman ne soit pas encore complètement achevée au 31 janvier 1923, puisque Bernard Grasset se plaint alors dans un pneumatique : « J'attends avec impatience la fin du manuscrit (..) Il faut à tout prix, mon cher Radiguet, que cette fin ait valeur de commencement et que je n'aie pas une seule observation à vous soumettre " (cité par Monique Nemer).

Très rare et important fragment manuscrit du chef-d'oeuvre de Radiguet, variante du texte définitif. Le manuscrit autographe initial du Diable au corps, comme celui du Bal du Comte d'Orgel, a fait l'objet d'une donation à la Bibliothèque nationale.
Jacques Guérin possédait un manuscrit en partie autographe du Bal du Comte d'Orgel, ne comportant que 25 pages de la main de Radiguet (n°117 de sa vente du 4 juin 1986).