Lot 113
  • 113

Quelques peintres : Frank Kupka. Paris, J. Povolozky & Cie, 1922.

Estimate
15,000 - 20,000 EUR
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Description

  • Kupka, Frantisek -- Arnoult Grémilly, Louis
  • Quelques peintres : Frank Kupka.Paris, J. Povolozky & Cie, 1922.
édition originale. In-4 (240 x 175mm). 



illustration : 16 bois originaux à pleine page, un bandeau de tête, de nombreux culs-de-lampe, et un pochoir original par Kupka. Couverture originale gravée et gouachée en bleu et rouge, un portrait photographique de Kupka reproduit en frontispice.



tirage : exemplaire n° 263, un des 400 sur vergé antique.



reliure de l'époque. Demi-maroquin brique, plats de basane noire mosaïqués en bordure extérieure d'un rectangle central de maroquin brique bordé de maroquin noir, dos à nerfs, couvertures conservée. Chemise et étui.  
Traces de frottements sur les plats, fines restaurations aux coiffes.



pièces jointes :
- 3 exceptionnelles lettres de Kupka au peintre et graveur belge Emile Henry Tielemans ou Tilmans (Louvain, 1888 - Rouen, 1960). 
- 8 photographies originales en noir et blanc, tirages d'époque (années 1920), entre 115 x 160 mm, 125 x 130 mm et 180 x 130 mm, avec annotations à l'encre bleu de Kupka ; la dernière porte au verso ces mots de l'artiste : « 1911-1930 - acquis par l'État / Je vous prie, soyez bien gentil de faire reproduire cette photo dans le ca- [mot coupé : catalogue] ».

Provenance

Emile-Henry Tilmans (ex-libris gravé par lui-même).

Catalogue Note

D'origine tchèque (né à Opocno en 1871-mort à Puteaux en 1957), et installé en France dès 1894, Kupka fut considéré comme un novateur majeur par Apollinaire, qui tira de ses premières recherches picturales le concept d'orphisme. Associé à Delaunay, puis au groupe Abstraction-Création, son influence et son oeuvre pionnière furent reconnues après 1945, à l'égal de celles d'un Kandinsky ou d'un Mondrian.
Les lettres à Tilmans sont d'un intérêt extrême : l'artiste y relate toutes ses recherches et avancées picturales depuis ses débuts. Elles constituent une véritable autobiographie plastique de Kupka, multipliant les formules saisissantes et les réflexions originales sur sa pratique artistique. 

première lettre à tilmans (Puteaux, 17 juillet 1921, 2 p. in-4) : « (...) Vous êtes sans doute également chercheur et pressé de pénétrer les problèmes de l'expression plastique, comme je le suis moi-même (...) La petite exposition chez Povolozky [tenue en 1921] a dû vous laisser déçu - l'absence de sujet anthropomorphe, rien qui rappelle la nature ! Je regrette ne pouvoir vous envoyer le dernier n° de La Vie des lettres, j'y explique mes raisons, pourquoi je n'emprunte pas à la nature les formes pour exprimer ce qui se passe dans mon mécanisme psychique (...) ».
deuxième lettre à tilmans (Puteaux, 25 juillet 1921, 4 p. in-4) : « (...) Ainsi, voyez-vous, je n'ai pas suivi la voie des obsédés de « modernisme » et je n'ai jamais songé de m'élever au-dessus de la mêlée des outranciers de l'interprétation des formes du monde où nous vivons. À côté de toutes sortes d'illustrations que je fabriquais «pour vivre», je laissais perpétuer en moi les suggestions de mes éducateurs : observer scrupuleusement la nature et de s'efforcer de la rendre (trouver la poésie dans la nature même - et non de la « poétiser » ou la « spiritualiser »). J'ai donc cherché à y arriver par 36 moyens que d'ailleurs j'ai dû inventer et là je passais sans même m'en douter par l'impressionnisme, sensationnisme, etc. (...) Petit à petit, je remarquais que les revirements psychiques se dessinent tous plastiquement, se distribuent dans l'espace, ont leurs charpentes particulières et qu'enfin ce que nous considérons comme art dans une oeuvre peinte ou sculptée est précisément cette charpente typique pour chacune des pensées et pour chacun des sentiments (...) De plus en plus convaincu de la justesse de ma façon d'envisager l'expression plastique (...) j'avais cru alors utile de réunir un certain nombre de dessins et de peintures chez Povolozky pour montrer que l'on peut « faire des tableaux » entièrement combinés, constructions répondant quand même à certaines pensées ou sentiments. Car l'idée de peindre n'est jamais autre chose que «vision» - ensemble de formes et de couleurs - très assimilées, subjectives et même abstraites (...)".
Troisième lettre à Tilmans (Puteaux, 11 janvier 1949, 1 p. in-4) : « (...)  Je suis d'une famille de bibliomans (sic), d'éducation réaliste devenu cartésien et même comtien. L'art dit « abstrait » est un enfant de l'effort vers les conceptions purement rationnelles par lesquelles je me suis mis en conflit avec les « n'importe quoi » qui règnent toujours dans la peinture traditionnelle. Je veux l'absolu même dans l'art (...) ».

Le peintre, graveur, illustrateur et modeleur belge Emile Henry Tielemans ou Tilmans s'installa en France à partir de 1940. Ses compositions picturales révèlent un expressionnisme violent (ainsi que son propre ex-libris en témoigne).