Lot 77
  • 77

Télégramme de Marcel Proust à Odilon Albaret à l'occasion de son mariage avec Céleste. 1er avril 1913

Estimate
3,000 - 4,000 EUR
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Description

  • Proust, Marcel--Albaret, Céleste
  • Télégramme de Marcel Proust à Odilon Albaret à l'occasion de son mariage avec Céleste.1er avril 1913
Le télégramme porte : "Toutes mes félicitations, je ne vous écris pas plus longuement parce que j'ai pris la grippe et suis fatigué, mais je fais des voeux de tout mon coeur pour votre bonheur et celui des votres. Marcel Proust".    



avec une émouvante photographie d'odilon au volant de son taxi, légendée par lui "en revenant de Nevers, bien des choses à tous. Odilon", avec cachet postale Monte-Carlo.

Provenance

Odilon et Céleste Albaret.

Catalogue Note

"Nous nous sommes donc mariés le 27 mars 1913. Et voilà que, juste au moment de partir pour l'église avec toute la famille, ce jour là, le facteur apporte un télégramme à Odilon. J'ai vu mon mari très ému [...]  - Ca, alors ! je sais bien que c'est un client extraordinaire, un homme pas comme tout le monde, mais jamais je n'aurai cru qu'il penserait à me télégraphier" (Odilon dans Monsieur Proust par Céleste Albaret, p. 13) [...] Cest la première fois que j'ai entendu parler de lui".

Odilon Albaret anticipa la révolution automobile en passant son permis pour devenir taxi. A l'époque de son mariage il travaillait pour la Compagnie des Taximètres Unic, créée par les Rothschild et dirigée par un ancien camarade de Marcel Proust au lycée Condorcet : Jacques Bizet.  Il travaillait à Paris, Cabourg et Monaco, connut Proust à Cabourg et lui servait de chauffeur à Paris. Cette photographie est reproduite dans Monsieur Proust de Céleste Albaret (entre les pages 144 et 145).

A PLACER EN TETE DE CETTE PARTIE
En novembre 1913, quelques mois après son mariage, Odilon Albaret demande à Marcel Proust d'engager sa femme, née Céleste Gineste (1891-1984). Employée d'abord à temps partiel, elle aide en livrant Du côté de chez Swann qui vient de paraître, à travers Paris. Par la suite elle portera des lettres et remplacera Céline Cottin, femme de chambre attitrée, absente pour des raisons de santé. Au retour de Céline, les deux femmes ne s'entendent pas. Proust choisira Céleste. Engagée d'abord la nuit, elle restera auprès de Proust jusqu'à sa mort le 18 novembre 1922 : "Le temps a tellement changé pour moi, du jour où je l'ai connu et où j'ai vécu près de lui" (p. 23).
A propos de la relation qui unissait Proust et Céleste, Jean-Yves Tadié écrit : "La compréhension affectueuse qui a uni deux êtres que tout aurait pu séparer a quelque chose d'unique. Marcel a pénétré, avec son intuition et sa gentillesse habituelles, l'intelligence, la fidélité, la solitude exilée de Céleste. Elle-même, très peu lettrée, ne sachant guère qu'un poème par coeur ("Ici-bas tous les lilas meurent", que Proust lui a transcrit de sa main, voir lot 80 de cette vente), a pris conscience qu'elle vivait près d'un homme de génie, dont la différence essentielle devait être protégée, servie, aimée, avant et après la mort : aucune biographie, aucun essai critique n'est plus émouvant que Monsieur Proust" (J-Y Tadié, Marcel Proust, Biographie, II, 1999, p. 224-225).
Après sa mort, les Albaret restèrent rue Hamelin jusqu'en avril 1923 pour aider Robert Proust à ranger et classer les papiers de son frère. Mais Proust mort, il continuait d'une certaine façon à veiller sur Céleste : "Jamais il ne m'a abandonnée. Chaque fois, dans la vie, que j'ai eu à accomplir une démarche, j'ai trouvé un admirateur de M. Proust qui aplanissait pour moi les difficultés, et c'était comme si, dans la mort, il avait continué à me protéger" (Monsieur Proust, p. 437). C'est d'ailleurs ce qui transparait dans l'abondante correspondance des lots 92 et 93 de cette vente. Il y eut en effet toujours un admirateur de Proust pour aider Céleste.
En 1924, Céleste et son mari achètent un hôtel rue des Canettes à Paris. Odilon meurt en 1960. Céleste s'occupera alors un temps du musée Ravel à Montfort-l'Amaury. Agée de 82 ans, elle décide d'écrire son propre ouvrage sur Marcel Proust : Monsieur Proust, aux éditions Robert Laffont. Fin 1981, elle reçoit du ministre de la Culture Jean-Philippe Lecat les insignes de commandeur des Arts et des Lettres. Le 25 avril 1984, elle meurt à Méré, près de Montfort-l'Amaury.