Lot 73
  • 73

« Le Candidat, par Gustave Flaubert ». Manuscrit autographe portant de nombreuses corrections. [1874].

Estimate
5,000 - 7,000 EUR
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Description

  • Villiers de L'Isle Adam, Auguste
  • « Le Candidat, par Gustave Flaubert ».Manuscrit autographe portant de nombreuses corrections.[1874].
2 p. in-8 (222 x 162 mm), sur 2 demi-feuilles de papier réglé, petites déchirures marginales et taches.

Literature

Villiers de l'Isle-Adam, Oeuvres complètes, La Pléiade, T. II, p. 459, et Notes, p. 1368-1370-463--Alain Néry, Les Idées politiques et sociales de Villiers, 1984, p. 281.

Condition

petites déchirures marginales et taches.
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Catalogue Note

« Ce drame, trop impartial pour être moral, serait une œuvre infâme si nous n'avions pas conscience de cette vérité terrible, que les sots ont cela d'impardonnable qu'ils nous rendent indulgents pour les méchants.
Le sceptique est un homme qui a conscience d'avoir perdu son passage sur la terre. Il est le seul qui ait droit au désespoir proprement dit, et dans la bouche duquel (eut-il cinq cent mille livres de rente) ce mot n'est point une écœurante, versatile et grotesque banalité. Car il est pareil à ces blessés de la guerre, pour lesquels aux ambulances on réservait les bouillons, les pintades, le lait et les primeurs
[...] Honneur et gloire aux blessés de l'Esprit ! [...] Car, ou l'âme humaine n'est rien, (et, alors, l'honneur, l'amour, et la vertu ne sont rien) ou elle est quelque chose d'aussi positif que le corps et alors les blessés de l'âme ont droit à autant d'égard que ceux du corps, et ils ont droit d'être furieux jusqu'à la mort contre les sots, qui sont leurs blessures. [...] Flaubert est incapable d'être ridicule. Malheureusement. — sans cela, ce grand littérateur serait un véritable génie. — Une pointe de ridicule est, parfois, un trésor. Cela ne s'acquiert pas. Il faut être doué au berceau, par une fée bonne et malicieuse. Flaubert a ceci de terrible qu'il ferait aimer les êtres ridicules, si ces derniers n'étaient pas des maudits. » Le Candidat, satire des politiciens à laquelle Flaubert pensait depuis 1850, fut achevée en 1873 et représentée au théâtre du Vaudeville les 11, 12, 13 et 14 mars 1874. Ce fut un échec retentissant, et Flaubert, ulcéré par les mauvaises critiques, retira la pièce après la quatrième représentation. Elle ne fut jamais reprise. Villiers de L'Isle Adam fut un des rares à dire du bien de cette pièce.
Cette belle ébauche de critique, concise et aggressive, était sans doute en cet état destinée à l'impression, comme en témoignent les signes typographiques à l'intention du prote. L'article ne parait pourtant que largement retravaillé, le 1er avril 1874, dans la Revue du Monde Nouveau. Le texte sera repris en volume dans Chez les Passants (1890).
L'admiration que voue Villiers à Flaubert est palpable, plus franche ici que dans le texte définitif. Villiers y développe l'idée selon laquelle « c'est une œuvre morale, car c'est la photographie de la sottise se vilipendant elle-même », ou encore « Il manque peut-être à cette œuvre un cinquième acte, où tous les personnages se fussent tout à coup montrés sublimes sans motifs ».
Deux idées saillantes de Villiers sur Flaubert restent inédites, non reprises dans l'article définitif. La première sur le désespoir du sceptique : la blessure de l'âme doit être aussi bien traitée que la blessure de guerre ; la deuxième sur le ridicule : "Flaubert est incapable d'être ridicule. Malheureusement."
Villiers considérait Flaubert comme un immense génie, partageant ses goûts littéraires mais aussi, comme on le voit ici, politiques, en particulier sa haine du système parlementaire. Contrairement à Flaubert, Villiers ne consentira jamais à descendre dans l'arène politique  : "C'est parler dans le désert. Laissons cela" conclue-t-il.