Lot 62
  • 62

Lettre autographe signée « ton fils Guy » à sa mère. [Paris, fin avril ou début mai 1891].

Estimate
6,000 - 8,000 EUR
Log in to view results
bidding is closed

Description

  • Maupassant, Guy de
  • Lettre autographe signée « ton fils Guy » à sa mère. [Paris, fin avril ou début mai 1891].
4 p. ½ in-12 ( 162 x 107 mm), sur une double feuille et une feuille simple de papier vélin à en-tête gaufrées aux initiales de l'écrivain « GM » et à l'adresse « 24 rue Boccador ».
Écriture ferme, régulière et très lisible, à l'encre noire.
Très bon état (petites fentes aux extrémités des plis, taches légères).

Provenance

Collection Daniel Sickles (n° XI, n° 4437).

Literature

Guy de Maupassant, Correspondance (éd. J. Suffel, T. III, p. 217).

Condition

Très bon état (petites fentes aux extrémités des plis, taches légères).
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."

Catalogue Note

« Ma bien chère mère,
Quelques lignes seulement car Grancher me défend absolument d'écrire ce qui amène toujours des contractions de l'œil à éviter jusqu'à guérison.
Le mieux que je t'ai annoncé continue non pas que je sois rétabli, mais j'engraisse, la figure est revenue. Je n'ai plus à lutter que contre les névralgies des mâchoires et des insomnies. Les névralgies des mâchoires dureront jusqu'à ce que la plaie de la dent arrachée soit fermée.
[...] Grancher croit qu'il faut que je reste ici encore quinze jours ou trois semaines, afin que je reprenne des forces. Il croit que le climat de Nice est la seule cause de cette rude secousse. Il dit ceci : Vous avez à Paris un appartement grand et sain, à dix minutes du bois de Boulogne et vous allez, juste en été, dans une ville de poussière, de rues aveuglantes, et sans compagne autour de vous. Je vous veux dans la verdure et sur la mer. Essayez votre bateau, vous y pourrez faire une excellente cure [...] Je me promène tous les jours au bois de Boulogne dont certains bouts sont absolument solitaires et jolis. On me défend de marcher trop, rien que des promenades reposantes. Mes yeux eux-mêmes vont un peu mieux. Tu en as la preuve par cette lettre bien plus longue que je n'aurais cru. Puis moi, je sens ce bien être de la santé qui revient. [...] »
C'est dans l'année 1889 que les malaises nerveux, apparus vers 1885 dans la vie de Maupassant, se transformèrent en inquiétants symptômes de maladie mentale (troubles oculaires, migraines tenaces et douloureuses, etc.), affectant le comportement et le physique de l'écrivain, qui, de robuste et sportif, devint rapidement hagard et décharné. Rapidement ses propos incohérents, son délire permanent de persécution, ses angoisses extrêmes devant la nuit, où il se croyait visité par son double, ses pertes de mémoire, etc..., toutes ces manifestations, alourdies par l'hérédité (son frère Hervé était mort fou à 34 ans), pousseront Maupassant, dans un de ses rares moments de lucidité, à formuler pour son compte ce diagnostic impitoyable le 30 décembre 1891, dans une lettre au Dr. Cazalis : « C'est la mort imminente et je suis fou ".
Il semble qu'entre le début et la fin de l'année 91, l'état de Maupassant n'ait pas connu de rémission. Une lettre du Dr Daremberg, datant du 4 janvier 1891, fait état de la nécessité d'utiliser la camisole de force et demande à son père de rédiger d'urgence une demande d'internement pour la clinique de Passy du Dr Blanche, à Paris. L'écrivain se croit-il en voie de guérison, alors qu'il ne bénéficie que d'une très relative rémission de son mal, ou tient-il à ne pas inquiéter sa mère ? Il sera finalement interné chez le Dr Blanche un an plus tard, le 7 janvier 1892, quand commencera son épouvantable agonie, ponctuée de crises épileptiformes, jusqu'au 6 juillet 1893, jour de sa délivrance.