Lot 58
  • 58

[6 lettres autographes signées à l'abbé Mugnier]. Une seule datée : « 17 8bre 1896 » ; les autres entre 1893 et 1907.

Estimate
6,000 - 8,000 EUR
Log in to view results
bidding is closed

Description

  • Huÿsmans, Joris-Karl
  • [6 lettres autographes signées à l'abbé Mugnier].Une seule datée : « 17 8bre 1896 » ; les autres entre 1893 et 1907.
15 pages dont 9 au format in-16 (135 x 106 mm), sur 3 doubles feuillets de papier vélin et 6 sur 3 cartes à bords arrondis dont une bleutée (90 x 115 mm et 75 x 130 mm).
Petits accrocs et jaunissements, sinon bon état.

on joint :
Une photographie originale de l'abbé Mugnier en 1933 (156 x 103 mm), tirage argentique de l'époque, cachet du photographe Jean Roubier, au verso. Indications au crayon. L'abbé est en train de lire le "Journal des Débats", assis à une table.

Condition

Petits accrocs et jaunissements, sinon bon état.
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."

Catalogue Note

Superbes et savoureuses lettres de l'auteur d'À rebours à celui qui fut son directeur spirituel et son confesseur ainsi que son ami intime, l'abbé Mugnier (1853-1944), et qu'il immortalisa sous les traits de l'abbé Grévesin dans En route. Des années 1890 à la fin des années 30, l'abbé Mugnier, vicaire à Sainte-Clotilde (Paris 7e), exerça l'officieux ministère des salons du faubourg Saint-Germain et des antichambres des écrivains. Son rayonnement spirituel était immense. On venait à lui par curiosité, pour rencontrer le prêtre qui avait converti Huÿsmans et qui séduisait par ses mots d'esprit et sa grande culture.

Certaines de ces lettres ont été écrites du monastère bénédictin de Ligugé où Huÿsmans fit sa retraite entre 1898 et 1900, mais d'autres relèvent de la période immédiatement antérieure à la conversion catholique de l'écrivain et remontent aux débuts de l'influence de l'abbé Mugnier sur lui. Après la publication de Là-bas, en 1891, l'abbé Arthur Mugnier devient le directeur de conscience de Huÿsmans permettant à celui-ci de s'éloigner de l'emprise névrotique du "satanisme". L'année suivante, l'écrivain effectua son premier séjour à la trappe de Notre-Dame d'Igny et publie En Route, en février 1893. La Cathédrale est dédié en février 1898 à son premier confesseur, l'abbé Ferret, dont la mort est évoquée ici, ainsi que la publication du livre pendant le début de l'affaire Dreyfus. 
Ces lettres montrent combien l'écrivain, au-delà de sa conversion, restait d'une extraordinaire liberté d'esprit et de ton.

- La première lettre, carte non datée (2 p.), doit être datée de septembre 1893, Huÿsmans y évoquant avec beaucoup d'humour sa récente décoration de la Légion d'Honneur, pour vingt-sept années de bons et loyaux services dans l'administration. : « Je vous remercie de tout cœur de votre bon souvenir, mon cher abbé ; au fond, j'aime mieux être décoré dans la fournée des ronds-de-cuir que dans un stock de soi-disant littérateurs".
- Carte datée du 17 octobre 1896 (2 p. ; un mot souligné en rouge) : « Je suis content. Ste Clotilde, le bidet-bénitier du Gotha ! Toutes les douairières échappées des parcs auliques vont être à vos genoux. C'est égal, c'est autre chose que cette horrible église de Montparnasse».
- Sans date, « Lundi », de Paris [1897] (3 p., papier à en-tête imprimé du « Ministère de l'Intérieur ») : à propos de la mort de l'abbé Gabriel-Eugène Ferret, vicaire de Saint-Sulpice qui fut à l'origine de la conversion de Huÿsmans : « Quand je pense à ce que cette âme, égarée dans les froides géhennes d'un St Sulpice, a souffert, résolument et doucement [...]  Je vais lire un peu de Chateaubriand, ce soir, pour me rasséréner. Mais il est tout de même bien embêtant, quand il s'y met – et je vais le lâcher, pour Ste Thérèse qui est d'un autre empan et d'une autre force. [...] Je vous le répète, tenacement, furieusement, épiscopez, ça urge !  »
- Sans date (vers 1898), « Vendredi », de Paris (2 p., papier à en-tête imprimé du «Ministère de l'Intérieur»), évoquant l'Affaire Dreyfus et, semble-t-il, la publication prochaine de La Cathédrale.
- De Ligugé, sans date (1898) (4 p.) : longue lettre dans laquelle il évoque une interview avec Jules Huret – sans doute celle sur En route, réalisée en janvier 1895 pour le Figaro – qui déclenche un scandale dans la région ; il est également question de ses échanges houleux avec les religieux passablement incultes de Ligugé : « [...] Il n'y a que le monde religieux, j'y nage. Je commence par être convenable, sainte-nitouche, puis je me débraille et lance placidement quelques théories. Et les gueules rasées se cabrent !  [...] L'interview de ce serin de Huret soulève le Poitou. C'est un ouragan dans une cuvette. Ce qui inquiétait Huret, c'était la question de chasteté. Au fond il avait l'air d'un homme que le jeu des pistons dans le cylindre des locomotives excite. / Je crois que le cloître va cesser de me donner des leçons de liturgie. Je pose des questions indiscrètes [...]  Et je m'aperçois que tout ça est un peu toc. L'Église devrait pourtant être imperméable là-dessus. C'est à faire et à refaire !  [...] ».
- Carte datée d'une autre main « mai 98 » : « Mon cher abbé, Y a pas ! faut que vous le gobiez. Dom Romain est venu – il désire ardemment dîner avec vous [...] Le suborneur qui essaie de violer la timide enfant que je suis, m'écrit que le logement est prêt – qu'un divan turc est installé pour que j'y fume des cigarettes, tandis qu'elle se roulera à mes pieds ! [...] ».