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Lettre autographe signée au peintre Jean-François Raffaëlli. [Paris], mardi 24 janvier [18]82.
Description
- Huÿsmans, Joris-Karl
- Lettre autographe signée au peintre Jean-François Raffaëlli.[Paris], mardi 24 janvier [18]82.
Excellent état. Petite tache d'encre à la fin.
Literature
Condition
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Catalogue Note
" Votre lettre a secoué le léthargique ennui dans lequel je me débattais. Soyez tout d'abord bénit et pour la gaieté de votre lettre et pour les cordiales amitiés qu'elle renferme.
Vous me demandez comment vont mes nerfs ? Mon terrible clavier allait assez bien jusqu'à ces derniers jours où les maux de tête m'ont accablé. Est-ce la faute de cette inclémente et absurde brume qui couvre maintenant Paris ou les bienfaits du chausson et de l'hydrothérapie deviennent-ils problématiques, maintenant que j'ai le corps habitué à cet ennuyeux traitement ? Toujours est-il que, depuis une quinzaine de jours, le détraquement névralgique m'a repris et qu'une fois par semaine, j'ai des tempêtes dans le crâne. Une rente ! comme on dit dans le peuple !
[...] Comme vous le savez la brochure et le ministère me tiennent la journée, depuis le matin jusqu'à six heures. La vie intelligente ne peut donc commencer pour moi, qu'après le dîner et je ne puis travailler à mes livres que le soir.
[...] C'est une vilaine année. L'an dernier, j'étais accouché. En Ménage était venu à terme avant l'hiver ; mes soirées étaient donc disponibles. Aussi en ai-je profité pour ne pas me caserner et voir tous les gens que j'aime. Cette malheureuse maladie de nerfs a bouleversé toutes mes saisons ; ma liberté prend fin. C'est égal, il y a des gens qui cassent des pierres sur les routes qui sont plus heureux !
Je vous envoie ma petite plaquette « À vau l'eau » qui paraît aujourd'hui. C'est le pessimisme le plus noir. C'est un court travail fait par un homme hypocondre et malade qui ne pouvait songer à attaquer un grand roman, dans l'état où il était. "
La maladie nerveuse occupa une grande place dans la vie et l'œuvre de Huÿsmans , qui s'est mis en scène dans les personnages souffrants et pessimistes des deux romans qu'il évoque dans cette lettre : En Ménage, publié en 1881, et À vau l'eau, 1882. Les misères physiques dégradantes prennent une importance démesurée et obsédante dans ses ouvrages, marquant l'absurdité des existences médiocres telles que sa propre carrière de fonctionnaire. Celle-ci, avec la maladie, étant l'autre écueil qui l'empêche de se consacrer entièrement à la littérature.
Huÿsmans évoque également ses nombreuses soirées dans les salons qu'il fréquente : celui de Madame Charpentier, la mère de l'éditeur des Naturalistes ; de Zola, bien sûr, dont Huÿsmans est un des piliers ; ou encore du sculpteur Bartholomé, le grand ami de Degas, qui réalisa la monumentale œuvre d'accueil du cimetière du Père-Lachaise.
Huÿsmans rend chaque année depuis 1879, à l'occasion du Salon des Indépendants, un éloge appuyé à Raffaëlli, le seul peintre des "misérables hères des villes" depuis les frères Le Nain (Salon de 1881). Les sujets de celui-ci, empruntés à la vie des petites gens de la banlieue parisienne, ainsi que les thèmes réalistes de ses scènes de genre, lui valurent l'estime des écrivains naturalistes, au premier rang desquels Huÿsmans, qui lui commanda l'illustration, avec Forain, de ses Croquis parisiens (1880).