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Deux épreuves corrigées de discours à la Chambre des Pairs : la Pologne -- le retour de la famille Napoléon en France. [19 mars 1846 et 14 juin 1847].
Description
- Hugo, Victor
- Deux épreuves corrigées de discours à la Chambre des Pairs : la Pologne -- le retour de la famille Napoléon en France.[19 mars 1846 et 14 juin 1847].
Chemise de papier gris doublée de suédine noire, et étui-boîte de demi-maroquin noir, titre en lettres dorées.
Manquent 2 paragraphes au bas de la première page du discours sur la famille Bonaparte. Petites déchirures et bord effrangés, sans atteinte aux épreuves.
Literature
Condition
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Catalogue Note
Nommé pair de France le 13 avril 1845, Victor Hugo prononça son discours sur la Pologne à la Chambre des Pairs, le 19 mars 1846. Le discours prononcé contre la politique de non-ingérence de la France en Pologne, qu'il tient pour égoïste et défaitiste, est le premier discours politique qu'ait prononcé Hugo. Ce discours vibrant, réclamant l'intervention morale de la France après la sanglante répression par les troupes autrichiennes et russes de l'insurrection polonaise en Galicie, fut aussi l'occasion pour le poète de lancer un de ses tout premiers plaidoyers pro-européens : « [...] Deux nations, entre toutes, depuis quatre siècles, ont joué dans la civilisation européenne un rôle désintéressé, ces deux nations sont la France et la Pologne. Notez ceci, messieurs, la France dissipait les ténèbres ; la Pologne repoussait la barbarie. [...] Le peuple français a été le missionnaire de la civilisation en Europe ; le peuple polonais en a été le chevalier. [...] Aussi, lorsque, il y a quatre-vingts ans, cette nation a été rayée du nombre des nations ; un sentiment douloureux, un sentiment de profond regret s'est manifesté dans l'Europe entière. [...] Ce qui fait qu'aujourd'hui j'élève la parole [...] c'est que je sens la civilisation offensée par les actes récents du gouvernement autrichien. Dans ce qui vient de se faire en Gallicie, les paysans n'ont pas été payés, on le nie du moins ; mais ils ont été provoqués et encouragés, cela est certain, j'ajoute que cela est fatal. Quelle imprudence! S'abriter d'une révolution politique dans une révolution sociale! Redouter des rebelles et créer des bandits! [...] » Hugo en appelle, non à un engagement militaire aux côtés des Polonais contre les Autrichiens, mais à un engagement moral : « Il faut que la tribune française, à cette heure, élève en faveur de la nation polonaise une voix désintéressée et indépendante [...] qu'elle défende la cause de la Pologne opprimée [...]. »
Ce très beau discours sur le pouvoir moral et les devoirs d'une grande nation fut froidement accueilli à la Chambre.
Troisième discours d'Hugo à la Chambre des Pairs, La Famille Bonaparte, fut prononcé le 14 juin 1847, en faveur du retour d'exil de la famille Napoléon, et particulièrement de Jérôme Napoléon, frère de l'Empereur. Deux jours auparavant, Hugo a fait inscrire à l'ordre du jour la discussion sur la pétition de Jérôme Bonaparte réclamant l'abrogation de la loi d'exil. Le poète commence son discours par une déclaration qui résonne comme une singulière prophétie personnelle : « je suis du parti des exilés et des proscrits », puis il continue : « Le gouvernement de mon pays peut compter sur moi [...], Aujourd'hui même je le sers [...] en lui conseillant de prendre une noble initiative, d'oser faire ce qu'aucun gouvernement aurait fait avant l'époque où nous sommes, d'oser en un mot être magnanime et intelligent [...] Messieurs les pairs, cet article d'une loi française qui bannit à perpétuité du sol français la famille de Napoléon me fait éprouver je ne sais quoi d'inouï et d'inexprimable. [...] Par quels crimes monstrueux ce Napoléon avait pu mériter d'être ainsi frappé à jamais dans toute sa race ? (mouvement). – Messieurs, ces crimes les voici : c'est la religion révélée, c'est le Code civil rédigé ; c'est la France augmentée au-delà même de ses frontières naturelles ; c'est Marengo, Iéna, Wagram, Austerlitz ; c'est la plus magnifique dot de puissance et de gloire qu'un grand homme ait jamais apportée à une grande nation. (Très bien! – Approbation!) [...]. »
Le jour même, Hugo note : "le maréchal Soult et le duc de Montebello ont levé la main contre la pétition. Le maréchal Soult, soit. Il a tant de gloire qu'il peut y mettre un peu de honte. Mais le duc de Montebello ! le fils de Lannes ! (Choses vues, 14 juin 1847). Le soir de ce même jour, 14 juin, le roi Louis-Philippe déclara au maréchal Soult, président du Conseil, qu'il entendait autoriser la famille Bonaparte à rentrer en France. Jérôme Bonaparte écrivit à Hugo pour le remercier, et rentra en France à la fin de l'été.
Ces deux discours, d'une vive et puissante éloquence, témoignent, si besoin était encore, de la grande détermination politique du poète à rappeler, en chaque occasion, la noblesse et la fierté de l'action publique, le désintéressement de la visée humaniste, ainsi que le rôle qu'il entend voir jouer sur la scène internationale à la France. Au-delà de l'éloquence, on peut également remarquer la portée anticipatrice indéniable de certaines de ses envolées, confirmée par les événements historiques en préparation. Ainsi, dans le discours de 1847, annonce-t-il déjà d'une manière troublante la révolution de l'année suivante : « Le danger aujourd'hui, messieurs, permettez-moi de vous le dire en passant, voulez-vous savoir où il est ? Tournez vos regards, non du côté des princes et des prétendants, mais du côté des masses, du côté de ces classes nombreuses et laborieuses [...] où il y a tant de germes utiles et, en même temps, je le dis avec douleur, tant de ferments redoutables. »