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Sapho. Manuscrit autographe signé. [1883].
Description
- Daudet, Alphonse
- Sapho.Manuscrit autographe signé. [1883].
Le carnet porte l'étiquette de La Papeterie de l'Odéon, Chélu.
manuscrit de premier jet largement raturé et corrigé, comportant de très nombreuses ratures et corrections. Daudet l'a, comme à son habitude, rédigé sur un carnet. Le texte est écrit à l'encre noire, d'une écriture fine et rapide. Daudet utilise parfois le crayon rouge pour biffer les passages aboutis, plus rarement, le crayon bleu. De nombreux petits croquis caricaturaux parsèment l'ensemble.
Les pages de droite portent le texte, alors que sur les pages de gauche, Daudet note des idées. Les premières pages sont instructives quand à la recherche du titre, du nom des personnages.
envoi autographe signé à henry céard : "À mon cher Henry Céard l'embryon de Sapho Alphonse Daudet", à l'encre noire sur la première page.
Provenance
Catalogue Note
Ce roman a pour origine la liaison de Daudet et de Marie Rieu, dont on sait peu de chose, si ce n'est que cette dernière fut sa maîtresse, malgré des crises et intermittences, jusqu'à l'époque de son mariage. Elle mourut peu après, l'hiver 1867. Le souvenir de ce long compagnonnage si étroitement mêlé à sa jeunesse bohème explique la relative facilité avec laquelle Daudet rédigea l'histoire dans le courant de l'année 1883 et les premiers mois de l'année 1884.
Sapho n'est pas pour autant un récit autobiographique, Daudet mêlant à son habitude détails authentiques et inventés.
Sitôt achevée, elle connut une première publication sous forme de feuilleton dans l'Écho de Paris, du 16 avril au 28 mai 1884, avant d'être éditée par le libraire Charpentier en mai 1884. Sapho rencontra alors un succès considérable : "Des milliers d'exemplaires ont été enlevés, le sujet arrangé pour la scène fait salle comble... Les gens de lettres, quand ils en reparlent, citent avec convoitise la somme qu'il a rapportée à son auteur... " rappelle le journaliste Jules Laforgue à l'occasion de l'adaptation au théâtre de l'ouvrage, deux ans après sa publication.
Offert par le romancier à Henry Céard, ce carnet autographe est l'un des deux remis par le romancier à ses amis, l'autre ayant été offert à Gustave Geoffroy.
L'autre carnet s'est perdu, ainsi que le texte manuscrit des notes préparatoires, lesquelles correspondaient à une partie plus préliminaire du travail de Daudet. Elles furent en partie publiées dans ses Oeuvres complètes (A. Daudet, Oeuvres, Levallois-Perret, Cercle du bibliophile, s.d., t.iv). Leur disparition fait du carnet Céard le premier état manuscrit connu du roman. Un deuxième manuscrit a été localisé au musée Alphonse Daudet, au Mas de la Vignasse, à Saint-Albin-d'Auriolles. Postérieur au nôtre et très certainement destiné à l'impression, il est constitué d'une dizaine de cahiers corrigés par sa femme et collaboratrice, Julia. À la demande du musée, il est depuis peu conservé en dépôt aux archives départementales de l'Ardèche (cf. Alphonse Daudet, Oeuvres complètes, La Pléiade, T. III, 1151-1237).
La disposition du carnet est typique de la manière dont Daudet travaillait. Le romancier entreprit ce plan avec une idée déjà très avancée de l'ordre du récit, portant régulièrement les résumés des quinze chapitres du livre au recto des feuillets. Parallèlement à la rédaction détaillée de l'intrigue, il jette à la volée, en vis-à-vis, tout ce qui lui vient à l'esprit : peut-être parler ici des invisibles et subtiles chaînes de l'habitude / la vie à deux, cohabitation, même chez des êtres qui ne s'aiment pas, se manquent / peut-être mettre ce récit de suicide manqué / Hettema au comité d'artillerie petit bureau sous les arcades d'une grande cour...
Véritable laboratoire, le manuscrit porte les multiples tâtonnements de l'auteur, à commencer par le titre, dont on peut lire au premier feuillet les variantes possibles : Léda? Le faune? Sapho? Salomé? La faunesse? Le contreplat supérieur de la couverture nous apprend que le personnage de Jean Gaussin n'est pas davantage fixé et il en va de même pour la plupart des personnages du roman, dont la liste définitive apparaît au recto du feuillet 62.
Idées, suggestions, ébauches de scènes, détails de caractère, de psychologie, orientations romanesques, répliques..., les notes sont nombreuses et variées. Elles reflètent la genèse en cours du roman. Après les raccourcis de chapitres, l'auteur s'est plus particulièrement consacré à la réécriture ou conception de certaines scènes.
Nombreuses sont les variantes qui furent finalement abandonnées, mais qui contribuent à donner de l'histoire une toute autre idée, comme cette intervention du père auprès de Jean, dont il est un moment question : Causerie avec son père dans le grand cabinet tapissé de livres latins et grecs, avec le bronze de Sapho sur la pendule. Le père lui parle d'un collègue qui vient de mourir... emmené une fille épousée. Le malheur de sa vie. Jamais voulu rentrer en France. Une vie perdue... danger de ses liaisons. Moi je suis pour se marier jeune.
Daudet reviendra dans sa version imprimée sur trois épisodes clés : la rencontre, quasiment entièrement rédigée, de Jean et Fanny au bal d'artistes de Déchelette (chap. I), le retour de Jean auprès des siens à Castelet (chap. VI) et les derniers chapitres amorçant la rupture (chap. X-XV), ceux-ci, toujours en chantier. Il reste évident que, de tous les chapitres, c'est le dénouement qui fut le plus remanié (ff. 55-57 et 79-90).