- 147
Lettre autographe signée à Alfred Natanson. 5 mars 1915.
Description
- Edouard Vuillard
- Lettre autographe signée à Alfred Natanson.5 mars 1915.
Enveloppe adressée à « Monsieur Alfred Natanson / 34e territorial / 12e compagnie / secteur postal 136 ». Cachet du 5 [mars] [19]15, Paris, Rue Jouffroy.
Literature
Catalogue Note
Mon cher Fred
Bien que je ne vous donne guère signe de vie je vous assure que je pense bien souvent à vous et à la vie de misères que vous menez [...] On est honteux de son bien-être et que les peines soient inégalement réparties. [...]
Quelle humiliation de penser que les petites occupations puériles de la vie courante vous aident à supporter les plus graves soucis qu'on puisse avoir ! Ainsi, à Conflans, où du moins je ne souffrais pas de grandes misères comme vous, j'oubliais la guerre. Ici, il faut vouloir s'en distraire car tout fait qu'on en est obsédé quoiqu'on fasse pour échapper au remords de ne pas s'y rendre utile.
Les nouvelles en sont d'ailleurs assez encourageantes, ce qui se passe aux Dardanelles donne toutes sortes d'espoir. Marcelle Aron a quitté Pierre, parti aujourd'hui sur le front, plein d'enthousiasme [...] Louise s'est fait enroler dans une équipe d'infirmières et va distribuer soupe et cigarettes une fois par semaine à Aubervilliers gare d'évacuation de soldats venant du front [...].
Précieuse lettre dans laquelle Vuillard donne des nouvelles du milieu artistique de l'arrière, des amis et des mécènes du cercle qu'il partage avec Alfred Natanson. L'un des trois frères Natanson, les fondateurs de la Revue Blanche, Alfred, dit Fred Athis, joue alors un rôle éminent dans la carrière de Vuillard, le promouvant par ses articles, et le présentant aux mécènes parisiens de son entourage. Vuillard mentionne l'angoisse de Kerr Xavier Roussel, qui a épousé sa soeur, devant le cataclysme de la Guerre mondiale ; Marcelle Aron qu'il a peinte en compagnie de la nièce d'Alfred, Denise Natanson ; Lucie [Hessel], la femme du très riche marchand de tableaux et mécène Josse Hessel, et la plus grande des amitiés sentimentales que connait Vuillard. Culpabilisé par le confort de l'arrière, le peintre mentionne Conflans [Sainte-Honorine] où il avait été mobilisé pour le poste de garde-voie.