Lot 124
  • 124

Lettre autographe signée adressée à Jacques Wergifosse. Datée "Jeudi".

Estimate
14,000 - 18,000 EUR
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Description

  • René Magritte
  • Lettre autographe signée adressée à Jacques Wergifosse. Datée "Jeudi".
Une page grand in-8 (212 x 136 mm, hors cadre) à l'encre noire, accompagnée d'un grand dessin.
Sous encadrement moderne avec marie-louise.

Catalogue Note

Exceptionnelle lettre à Jacques Wergifosse. Né en 1928, Wergifosse rencontre Magritte à Bruxelles durant la guerre. Il sonne un jour à la porte de René Magritte qui se prend d'amitié pour ce jeune admirateur. Sur les pas du peintre, Wergifosse rencontrera les membres de « l'école de Bruxelles » : Magritte bien sûr, et son frère Paul, Mariën, Nougé, les frères Scutenaire et toute la bande du bistrot La fleur en papier doré. Il part avec Magritte à Paris pour l'exposition « vache », la période de la carrière du peintre qu'il préfère. La seule, dit-il, où il l'a connu heureux de peindre. Wergifosse rencontre Breton, Cocteau, Eluard. Il ne connaîtra pourtant jamais la gloire ni la célébrité. Se méfiant du succès et de ses compromissions, qu'il a vu faire à Magritte « pour que ses toiles se vendent mieux » et qui ont rendu son ami malheureux, Wergifosse a voulu rester discret. C'est avec effarement qu'il contemple les excès d'adulation et de merchandising qui accompagnent la grande exposition rétrospective consacrée au maître en 1998 au musée des Beaux-Arts de Bruxelles.
Tom Gutt le surréaliste belge, qui l'encouragera jusqu'à sa mort à écrire, l'inclura dans son roman-collage Cette mémoire du coeur sous le pseudonyme de "Jacques Lavergefausse", avec Magritte sous le nom de "Dimanche". Il fait l'objet de 5 numeros de la revue surréaliste belge "Vocatif" en juin 1973, revue de la deuxième génération surréaliste, à tendance nettement érotique (Marceau Verhaeghe, Cinergie).

« Cher petit, cher grand,
J'ai reçu avec une rapidité inusitée ta correspondance, quelle débauche cette sacrée exposition nous fait passer dans le domaine épistolier ! Pour résumer donc une fois pour toutes : je te verrai à Liège samedi à la brune. Je te préviendrai par télégramme de Verviers à quelle heure et comment. Parlons à présent d'autre chose : les prix des S.D. me paraissent honnêtes, nous mettrons l'affaire en branle. Cette nuit j'ai vu qq chose de bien :
[Magritte commente son dessin :] Pont avec barrière blanche au bord, collé à une femme. La partie arrachée ( ?) du pont est recouverte d'un drap. Étrange et beau ! [à la verticale du dessin : ] Ton plan de conférence, magnifique !.
à bientôt
amitiés
M. »

Superbe dessin à la plume représentant une vision onirique aux implications érotiques évidentes : une femme nue géante est encastrée à partir du bas-ventre par une pile de pont dont seule une arche subsiste, sur la pile opposée du pont un drap est jeté en guise de voile. La connotation érotique de l'enjambement du pont, substitué à l'écartement des jambes féminines, engage une lecture psychanalytique plus que troublante : au premier abord, ce dessin semble illustrer le fameux complexe de castration, mais, en même temps, la saillie du pont procure à la géante un appendice phallique démesuré, sur lequel on ne peut que jeter un voile de pudeur. L'onirisme humoristique de Magritte trouve ici un de ses merveilleux exemples.