Lot 121
  • 121

"Discours à la jeunesse". Albi, 30 juillet 1903.

Estimate
10,000 - 15,000 EUR
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Description

  • Jaurès, Jean
  • "Discours à la jeunesse".Albi, 30 juillet 1903.
45 pages sur 45 ff. de papier fort in-folio (360 x 230 mm), numérotées de 1 à 48 (erreurs de pagination). En feuilles. Passages biffés, ratures et corrections autographes. Quelques mots inscrits par le premier possesseur.
Quelques rousseurs au premier feuillet, et minimes déchirures aux premier et dernier feuillets, sans manque de texte.

Provenance

Descendance directe de Gustave Marty, le dédicataire du discours.

Literature

Gilles Candar, "Discours à la jeunesse", in Jean Jaurès, Textes choisis, Encyclopédie du socialisme, nov. 2003--La Dépêche du Midi, 15 juin 1964, Cahier spécial Hommage à Jean Jaurès, "Le Discours à la jeunesse".

Condition

Passages biffés, ratures et corrections autographes. Quelques mots inscrits par le premier possesseur. Quelques rousseurs au premier feuillet, et minimes déchirures aux premier et dernier feuillets, sans manque de texte.
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Catalogue Note

Impressionnant autographe de 48 feuillets recouverts de la large écriture franche et claire de Jaurès, à l'encre bleu-nuit.
Superbe discours de Jean Jaurès aux élèves du Lycée d'Albi. Le "Discours d'Albi" est un vibrant appel à la jeunesse pour que soit respectée une règle de vie noble, pure et fraternelle.

On sait que Jaurès improvisait tous ses discours, sans s'appuyer sur l'écrit. L'existence de ce manuscrit tient du miracle, et son histoire fut plusieurs fois rapportée. Ici, dans La Dépêche du Midi, Spécial Jean Jaurès,15 juin 1965 :
"L'histoire d'un manuscrit.
Lorsque Jean Jaurès prononça son discours, il n'avait, comme à l'accoutumée, aucun texte écrit. Pas même quelques notes... Il laissait couler sa pensée et sa mémoire prodigieuse. Après la cérémonie, l'un de ses anciens élèves, M. Gustave Marty, licencié es Lettres et secrétaire général de la maisrie d'Albi, lui dit :
"Monsieur Jaurès, j'aimerais posséder votre bouleversant discours.
- Mais je ne l'ai pas rédigé ! " s'écria Jaurès.
Puis, quelques instants plus tard, il demanda à Gustave Marty : "Vraiment, cela vous ferait plaisir de posséder mon propos ?
- Beaucoup !
- Alors je vais l'écrire !..."
Et, s'asseyant à une table, il emplit les 48 grandes pages qui forment aujourd'hui l'unique manuscrit du "Discours à la jeunesse."

Connu aussi sous le nom de "Discours sur le courage", il est un puissant hommage aux valeurs, aux idées et aux principes sans lesquelles nulle politique ne peut être mise en pratique. C'est dans cet éloge du courage qu'il prononce sa formule célèbre : « Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ».
"Au cours de sa carrière universitaire et politique, Jaurès prononça plusieurs discours de distribution des prix. Celui-ci est non seulement le plus célèbre d'entre eux, mais aussi le texte le plus connu et le plus fréquemment cité de Jaurès. La cérémonie a lieu le 30 juillet 1903, Jaurès s'adresse aux élèves du lycée d'Albi, où il a lui-même été élève, puis professeur quelques décennies plus tôt. Il est alors un personnage officiel : député socialiste de Carmaux certes, mais aussi vice-président de la Chambre des députés et personnage clef de la majorité parlementaire. On le surnomme " le ministre de la Parole " ou le " Saint-Jean Bouche d'Or " du gouvernement Combes qui mène une vigoureuse politique anticléricale et d'action républicaine dont l'issue sera le 9 décembre 1905 le vote de la loi de séparation des Églises et de l'État" (G. Candar). Le "Discours à la jeunesse" est aussi un bilan de sa vie et de sa philosophie personnelle, une réflexion sur le travail, sur l'avenir, et surtout l'un de ses tout premiers discours sur la montée des périls de la guerre.

[...] Le courage, ce n'est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l'exaltation de l'homme, et ceci en est l'abdication. Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c'est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c'est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c'est de garder dans les lassitudes inévitables l'habitude du travail et de l'action. Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c'est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu'il soit [...] Le courage, c'est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l'approfondir, de l'établir et de la coordonner cependant à la vie générale [...] Le courage, c'est d'accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l'art, d'accueillir, d'explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d'éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l'organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes. Le courage, c'est de dominer ses propres fautes, d'en souffrir mais de n'en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille ; c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ; c'est d'agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l'univers profond, ni s'il lui réserve une récompense. Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.
Ah ! vraiment, comme notre conception de la vie est pauvre, comme notre science de vivre est courte, si nous croyons que, la guerre abolie, les occasions manqueront aux hommes d'exercer et d'éprouver leur courage..."

Jean Jaurès est assassiné le 31 juillet 1914, la veille de la mobilisation générale. La guerre est déclarée le 3 août.