Lot 170
  • 170

Rarissime effigie anthropomorphe, Wumbu ou Ndasa, Aire Kota, République Populaire du Congo

Estimate
25,000 - 40,000 EUR
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Description

  • Rarissime effigie anthropomorphe, Wumbu ou Ndasa, Aire Kota
  • haut. 45 cm
  • 17 3/4 in
Tsita ou Nkita, le corps de conception abstraite : cylindrique, dépourvu de bras mais juché sur de courtes jambes trapues, l'abdomen signifié par le nombril en bouton. Le visage projeté en avant est formé par deux plans convexes, le front en surplomb s'achevant dans la ligne en bourrelet des sourcils se rejoignant à l'extrémité du nez rectangulaire, dont la forme répond à celle de la bouche, creusée. Bois léger très érodé, avec traces de pigments brun-rouge et de kaolin.

Provenance

Collectée dans les années 1920 par John Södergren lors des tournées qu'il effectua pour la Svenska missionsförbundet, entre Sibiti et Zanaga, afin de localiser l'emplacement où serait érigée la mission
Transmise par descendance à Siegfried et Nina Södergren

Exhibited

Exposée dans :
« Foch och Form », Etnografiska Museet, Stockholm, 1954

Literature

Reproduite dans :
Riksförbundet för bildande konst, Bateke, Babembe, Bakongo, Bakuta, n.d. (ca. 1960) : n° 241
Griesser, Södergren-collection african art, the rediscovery of a swedish missionary family collection, 2008 : 41-43

Condition

Eroded, due to its long exposure to equatorial rains. The top of its round head is missing.
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Catalogue Note

Malgré la facture de son visage dont le front en surplomb et le nez en « nasal » évoquent à première vue une identification « ambete », cette sculpture anthropomorphe au corps cylindrique dépourvue de bras mais juchée sur de courtes jambes trapues provient du pays « Kota » de la région de Sibiti-Zanaga au Congo Brazzaville - région qu'a parcourue le pasteur suédois John Södergren dans les années 1920-1930. C'est un objet rare.

Dans cette région d'Afrique équatoriale, on sait par les travaux du pasteur Efraïm Andersson, le grand spécialiste de l'ethnographie des « Kuta » (« Contribution à l'ethnographie des Kuta » I et II, 1953 et 1974, Uppsala), que plusieurs peuples se côtoyaient, les « Kuta » à l'ouest (Wumbu, Mbaama et Ndasa notamment) et les Teke à l'est (Tele-Lali et Teke-Tsaaye), mais aussi les Tsengi et les Ndzebi. Rappelons que le pasteur Andersson a travaillé dans les mêmes stations missionnaires de la Svenska missionsförbundet que le pasteur Södergren, dans les années 30.

Dans l'ouvrage d'Andersson (« Contribution à l'ethnographie des Kuta II » 1974, p. 177, fig. 40), on trouve en illustration une « tête Tsita ou Nkita » collectée en 1919 par le pasteur Karl Laman et conservée au musée ethnographique de Stockholm (Inv. n° 19.1.1634), dont les traits et le décor polychrome correspondent assez exactement, du moins pour le visage, avec ceux de la présente sculpture: front arqué en surplomb de la face, larges sourcils en bourrelet continu, petit nez en « nasal » de forme géométrique, large bouche. Concernant la coiffure, on doit seulement remarquer que cette partie est ici complètement érodée, peut-être du fait d'une longue exposition aux intempéries équatoriales. Quant au « corps » sur lequel subsistent des traces de polychromie, c'est plutôt un pilier puisque les bras n'y figurent pas. Les petites « jambes » trapues ont pu servir de dispositif de fixation sur le fronton d'une case.

Andersson précise p.178 qu'« elle était placée sur l'entrée de la case du chef, éventuellement sur son toit » (ayant, à mon avis, un rôle de protection magique contre les intrusions et les vols mais aussi comme symbole d'une certaine importance socio-politique). Le nom Nkita ou Tsita est à mettre en rapport avec une entité féminine que les Kota du Congo rattachaient à certains cours d'eau, en particulier les chutes. C'était un génie protecteur.

J'ai moi-même eu la chance de voir ce type de sculpture en 1970 en pays ndzebi au centre-sud Gabon, c'est-à-dire juste au nord de la région Sibiti-Zanaga: la case du chef de village était agrémentée au devant de la porte d'un poteau à tête sculptée polychrome, rappelant les formes anguleuses et géométriques des masques Mvudi du Gabon mais aussi celles des têtes Tsita du Congo voisin. Nul doute que ces représentations emblématiques quoique rarement collectées, ont existé jadis dans toute l'aire culturelle « Kota », du Gabon oriental au triangle Mossendjo-Sibiti-Zanaga mais aussi jusqu'au pays mbete du bassin de l'Alima (Congo Brazzaville).

Commentaire de Louis Perrois, septembre 2008