Lot 432
  • 432

à l'ombre des jeunes filles en fleurs Paris, N.R.F., 1920

Estimate
50,000 - 70,000 EUR
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Description

  • Proust, Marcel
  • à l'ombre des jeunes filles en fleursParis, N.R.F., 1920
édition de luxe. 2 parties en un volume in-4 Raisin (325 x 218mm). Broché, non coupé, sauf les tous premiers feuillets, sous cartonnage d'éditeur : chemise peinte de motifs végétaux en camaïeu de mauve et bleu sur fond noir, avec attaches de soie blanche et noire alternées. Chemise demi-maroquin noir à coins et étui modernes, non signés.
Légères déchirures aux rabats du cartonnage, pliures aux premiers feuillets.



illustration : portrait-frontispice de Marcel Proust d'après le célèbre portrait de Jacques-Emile Blanche.



tirage : exemplaire n°12, un des 50 exemplaires sur papier Bible avec les deux placards d'épreuves corrigées.

Literature

Tadié, Marcel Proust, II.

Catalogue Note

Dès 1919, Proust avait commencé à chercher 50 souscripteurs pour une édition de luxe des Jeunes filles qui parut en mai 1920. Chaque exemplaire, vendu 300 francs, était enrichi de placards montés sur deux grands feuillets. Ils correspondaient au remaniement de la version de 1914 - préparée par Grasset, et ajournée par la guerre - en vue de l'édition NRF de 1918. Le texte primitif s'y trouve considérablement enrichi, au moyen de béquets, de découpages et de corrections complexes. Les épreuves en émergent sous la forme de véritables compositions plastiques, puzzles de papier, splendides marqueteries, images kaléidoscopiques dans lequelles le texte morcelé gravite et se réagence.  
Composites, ces placards étaient fragiles. Pliés, ils étaient librement insérés dans la chemise, ce qui explique leur fréquente dissociation, et la rareté des ensembles de bonne condition.

Le premier de nos deux placards (345 x 316 mm) est intégralement manuscrit, sur deux colonnes. Il correspond aux pages 80 à 83 de l'édition originale. Proust y invente les indices de l'inculture et de la sottise d'Odette, auxquels Swann s'accoutume complaisamment : "Si le nom de la princesse de Guermantes venait dans la conversation après celui de la duchesse, sa cousine, "Tiens, ceux-la sont princes, ils ont donc monté en grade", disait Odette." Le texte comporte un passage intéressant sur l'antisémitisme des milieux mondains : "...au moment où ils cessent toutes relations avec des dames israélites qu'ils connaissaient, pendant qu'ils se demandent comment remplacer ce vide, ils aperçoivent, poussée là comme à la faveur d'une nuit d'orage, une dame nouvelle, israélite aussi; mais grâce à sa nouveauté, elle n'est pas associée dans leur esprit, comme les précédentes, avec ce qu'ils croient devoir détester." Les premières et dernières lignes sont coupées. 
  
Le second (475 x 331 mm, nombreuses corrections et ajouts) correspond aux pages 244 à 248 de l'édition originale. Les 21 premières lignes et les dernières sont manuscrites. Il s'agit du très joli passage où, la marquise de Villeparisis l'ayant conduit à la petite église de Carqueville - ce "bloc de verdure" qu'il faut dévêtir de sa gangue de lierre pour y reconnaître une "idée d'église" - le narrateur observe en chemin trois arbres, "comme ces objets placés trop loin dont nos doigts allongés au bout de notre bras tendus, effleurent seulement par instant l'enveloppe sans arriver à rien saisir (...) La voiture les abandonna. Elle m'entraînait loin de ce que je croyais seul être vrai, de ce qui m'eût rendu vraiment heureux, elle ressemblait à ma vie."