Lot 11
  • 11

Francis Picabia

Estimate
70,000 - 90,000 EUR
Sold
162,250 EUR
bidding is closed

Description

  • Francis Picabia
  • POEME BANAL (FEUILLET RECTO-VERSO) 
  • signé Picabia en bas à gauche (recto)
  • encre sur papier

Provenance

(Probablement) Jean Cocteau, Paris
(Probablement) entourage de Jean Cocteau, Paris
Galerie 1900-2000, Paris
Arman, New York (acquis auprès du précédent)
Galerie 1900-2000, Paris (acquis auprès du précédent)
Acquis auprès de celle-ci par le propriétaire actuel

Exhibited

Edimbourg, Scottish National Gallery of Modern Art; Francfort, Galerie Neuendorf, Francis Picabia, 1988, no. 12, illustré p. 65
Los Angeles, Los Angeles County Museum of Art, The Dada and Surrealist Word-Image, 1989, illustré p. 118
Marseille, Centre de la Vieille Charité, Poésure et peintrie, 1993, illustré p. 192
Valence, IVAM Centre Julio Gonzalez; Barcelone, Fundacao Antoni Tapies, Francis Picabia, Maquinas y Espanolas,1995-96, illustré p. 91
Stuttgart, Staatsgalerie, Magie der Zahl in der Kunst des 20. Jarhunderts, 1997, illustré p. 252
Paris, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, Francis Picabia singulier idéal, 2002-03, illustré p. 208
Paris, Musée National d'Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Dada, 2005-06, no. 860, illustré p. 796

Literature

Michel Sanouillet, Dada à Paris, Paris, 2005, illustré p. 451-2

Catalogue Note


 

François Jolivet a un jour passé la porte de ma galerie au tout début des années 80. Cette première rencontre initie une série d'échanges passionnés sur les avant-gardes du XXème siècle que suscitent ses dernières acquisitions ou ses objets trouvés dans la plus pure tradition surréaliste. Ingénieur de formation, voyageant pour construire routes et complexes industriels, François Jolivet trouve dans l'art, l'humour et la philosophie un contrepoint à la rationalité de son métier. Dada, le Surréalisme et Fluxus le passionnent pour la personnalité de leurs acteurs. Ses lectures, les musées et surtout ses rencontres, comme avec Enrico Donati qui a côtoyé Duchamp dans les années 40 et Henri Goetz, ami de Picabia durant ces mêmes années-là, le renseignent sur ces artistes qui le fascinent. Son premier achat est le tableau de Malkine Sans-titre de 1927, qui l'attire d'emblée car annonciateur de l'abstraction lyrique et témoignage de l'œuvre d'un être prolifique que le Dictionnaire du Surréalisme cite comme ayant eu 'la seule existence authentiquement surréaliste'. Plus que la création picturale, c'est le comportement de ces 'anartistes' selon le mot de Duchamp qui le passionne.
Dans les œuvres de Duchamp, Arp, Picabia et Ribemont-Dessaignes, il recherche le triple croisement de l'image, du langage et de la philosophie. Le Poème Banal de Picabia, dessin-poème de 1918 étant un exemple de cette triple relation qui remet en question la place de l'art traditionnel dans un monde bouleversé par la modernité technico-scientifique.
François Jolivet, vit sa relation à ses œuvres comme un art de vivre en écho à la pensée de Duchamp sur son œuvre : 'Je ne pense pas que le travail que j'ai fait puisse avoir une importance quelconque au point de vue social dans l'avenir. Donc, si vous voulez, mon art serait de vivre ; chaque seconde, chaque respiration est une œuvre qui n'est inscrite nulle part, qui n'est ni visuelle, ni cérébrale. C'est une sorte d'euphorie constante.' (Pierre Cabanne, Entretiens avec Marcel Duchamp, Paris, 1995, pp. 88-89)

J'espère que son enthousiasme sera aujourd'hui partagé.

Marcel Fleiss (Galerie 1900-2000, Paris)

Cette œuvre est un feuillet recto verso, numéroté 8 et 9 du manuscrit le Mâcheur de pétard. Au recto figure un dessin-poème, au verso est écrit un poème, évoquant la guerre. Le projet de ce livre, le Mâcheur de pétard, est évoqué dans une lettre de Picabia à Tristan Tzara le 26 novembre 1918. Cet ouvrage devait être édité par Jean Cocteau à qui le manuscrit fut envoyé, mais le projet ne vit jamais le jour.
Tristan Tzara dans un manifeste dada publié en 1921, a relaté le mode d'emploi pour écrire un poème totalement dadaïste:

Pour faire un poème dadaïste:

Prenez un journal.
Prenez des ciseaux.
Choississez dans ce journal un article ayant la longueur que vous comptez donner à votre poème.
Découpez l'article.
Découpez ensuite avec soin chacun des mots qui forment cet article et mettez-les dans un sac.
Agitez doucement.
Sortez ensuite chaque coupure l'une après l'autre.
Copiez consciencieusement dans l'ordre où elles ont quitté le sac.
Le poème vous ressemblera.
Et vous voilà un écrivain infiniment original et d'une sensibilité charmante, encore qu'incomprise du vulgaire.
Tristan Tzara
Dada manifeste sur l'amour faible et l'amour amer, in 'La Vie des lettres', no. 4, 1921

signed 'Picabia' lower left (recto); ink on paper; executed in 1918. 

 

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