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Important bronze représentant la Vénus Noire Travail Franco-Flamand, vers 1580
Description
- Important bronze représentant la Vénus Noire
- bronze à belle patine brune avec un vernis translucide;
- Haut. (bronze) 31,5 cm; Haut. totale 37 cm
- Height (bronze) 12 1/2 in; total height 14 1/2 in
Provenance
Ancienne collection Maurice Kann, Paris
sa vente à Paris, Galerie Georges Petit,
le 8 décembre, 1910, lot 349
Exhibited
Literature
Catalogue des Objets et de Haute Curiosité du Moyen Age et de la Renaissance provenant de la Collection Maurice Kann, Galerie Georges Petit, 8 décembre 1910, lot 349 (ill.).
J. Pope-Hennessy, 'Italian Bronze statuettes II', dans Burlington Magazine, t. CV, n° 719, p. 58.
Burlington Magazine, 1970, p. 240, pl. 90.
Cat. exp. Art Dealer and Collector, Amsterdam, Historisch Museum, 1970.
A. Gibbon, Bronzes de la Renaissance, Paris, 1982, n° 72.
M. Bückling, Die Negervenus, Liebighaus Monographie, Frankfurt, 1991, p. 72, cat. n° 12.
Condition
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Catalogue Note
''Ce miroir bienheureux, à qui je porte envie, pour le bien d'estre à vous qui luy doit avenir, Vous fera le voyant quelquefois souvenir d'une à qui vostre amour sert d'esprit et de vie.'' ( Philippe Desportes, Divers Amours et autres Oeuvres meslées, 1578).
Cette belle africaine aux formes sveltes personnifie l'effigie idéale d'une beauté exotique à la fin du XVIe siècle. Un turban nouée autour de sa tête, laissant apparaître sa chevelure bouclée, elle dirige son regard mélancolique vers le le miroir que tenait jadis sa main droite. Ses gestes soulignent l'élégant mouvement du corps, en 'contraposte' : sa jambe droite pliée, l'autre tendue créent ainsi un léger déhanchement; son bras gauche très élancé tenant un tissu souligne les formes arrondies de son corps. Datant de la fin du XVIe siècle, vers 1580, la Vénus Noire est un des sujets les plus admirés parmi les bronzes de la Renaissance, mais aussi le plus discuté quant à son auteur. Bode, en 1907, l'attribuait à l'entourage de Giambologna, tandis que Planiscig (1926), Montagu (1963), puis Weihrauch (1967) avançaient le vénitien Alessandro Vittoria (1525-1608) comme sculpteur. J. Pope Hennessy, en 1963, proposa un autre italien, le toscan Danese Cattaneo (1509-1573), qui collaborait avec Sansovino à Venise. C'était, par ailleurs, avec cette désignation que notre bronze avait été exposé en 1967 à la Heim Gallery de Londres. Manfred Leithe Jasper, lorsqu'il publia la Vénus de Vienne en 1986, provenant de la collection de l'archiduc Léopold Guillaume d'Autriche, où il fut mentionné dans l'inventaire depuis 1659, le décrit comme italien tout en évoquant, pour la première fois, le nom d'un sculpteur d'origine flamande, Elias de Witte, dit Candido. De plus, il constata une analogie frappante avec les bronzes du Maître des figures de genre, aujourd'hui identifié comme le sculpteur français Barthelémy Prieur (1536-1611), actif à la cour d'Henri IV à la fin du XVIe siècle. Cette attribution a été reprise et approfondie en 1991 par M. Bückling dans son étude très détaillée de l'exemplaire au musée de Francfort, en établissant un catalogue presque exhaustif des versions connues. V. Krahn et U. Berger rouvrent le débat lors de l'exposition Von allen Seiten schön (1995/96) et, en comparant les différentes versions existantes, proposent le flamand Johann Gregor Van der Schardt (1530-1581), artiste ayant travaillé en Italie, en se fondant sur les analogies avec un bronze de Minerve. L'étude récente du bronze de Vienne par R. Seelig-Teuwen (2002) suggère un sculpteur originaire du Sud des Flandres, tout en évoquant l'idée d'une origine italienne en comparant l'attitude de l'Africaine à celle de la Fortuna de Giambologna.
Interprétée comme la Belle Esclave, l'Allégorie de la Vanité, la Vénus au bain, ou alors tout simplement une beauté mystérieuse, si on se fonde sur la poésie de l'époque, notamment les vers de François Tristan l'Hermite (1601-1655), le bronze de la Vénus Noire fut particulièrement recherché. Un dessin de Dürer témoigne également de l'intérêt porté à ce sujet : il est possible qu'il ait servi de source d'inspiration à l'artiste pour son bronze (ci dessus). De plus, la peinture d'une Minerve vue de dos, par Jacques de Backer (Statensmuseum, Copenhague) s'appuyant de sa droite levée sur le bâton d'un drapeau et tenant à gauche un bouclier, semble reprendre presque à l'identique l'attitude, les gestes et la posture de l'Africaine en bronze: le regard dirigé sur le côté, son bras droit levé, son corps légèrement courbé et le déhanchement crée par la position des jambes.
Le nombre d'exemplaires et leur provenances prestigieuses témoignent de la popularité du sujet. Les bronzes dans les musées de Brunswick et Dresde proviennent d'anciennes collections princières, les deux du Louvre des collections Pourtalès et de celle de la marquise de Ganay, et la version au Metropolitan Museum de New York de l'ancienne collection Castiglione.
La Vénus de Francfort, attribuée par M. Bückling à Barthélemy Prieur, provenant des anciennes collection Pringsheim et von Hirsch (vente Sotheby's, Londres, 1978, lot 344) est avec celle du musée d'Orléans particulièrement proche du bronze de la collection Kann. Tandis que la chevelure de l'Africaine de Frankfurt et d'Orléans est travaillée en boucles frisées, plus serrées, et traitée en nid d'abeilles, les boucles de notre Vénus paraissent plus rondes et ondulées. Les visages présentent des traits similaires, avec leurs yeux en amande aux pupilles dessinées, le nez assez large un peu aplati, ainsi qu'une bouche aux lèvres charnues. Leur belle patine brun-clair avec des traces de vernis noir, recouverte d'un vernis translucide, leur surface lisse finement ciselée, la légèreté de la fonte, le modelé ainsi que les proportions extrêmement élancées permettent de penser que le bronze de Francfort et celui de la collection Maurice Kann sont des fontes réalisées en France à la fin du XVIe siècle.
Références bibliographiques:
R. Seelig-Teuwen, 'Sogenannte Negervenus', in Der Mohrenkopfpokal von Christoph Jamnitzer, Munich, Bayerisches Nationalmuseum, 2002, p. 284 - 286.
V. Krahn, Von allen Seiten schön. Bronzen der Renaissance und des Barock, cat. exp. Berlin, 1996, p. 108- 113 et p. 324- 326.
M. Leithe-Jasper, Renaissance Master Bronzes from the collection of the Kunsthistorisches Museum Vienna, Washington, 1986, cat. n° 35, p. 150-152.