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Georges Mathieu
Description
- Georges Mathieu
- Silence de Jacques de Molay
- signé et daté 58
- huile sur toile
- 98 x 195 cm; 38½ x 76¾ in.
- Exécuté en 1958.
Provenance
Galerie Zwirner, Cologne
Exhibited
Paris, Galerie Internationale d'Art Contemporain, 840e anniversaire de la Fondation de l'Ordre du Temple, 1958
Neuchâtel, Musée des Beaux Arts, Mathieu 40 toiles de1944 à 1958, 1959
Genève, Musée de l'A thénée, Mathieu 25 toiles de 1946 à 1958, 1959
Madrid, Musée de l'Ateneo, Mathieu, 1960
Munich, Neue Galerie im Kunstlerhaus, Mathieu, 1962
Condition
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Catalogue Note
Pour inaugurer sa toute nouvelle Galerie Internationale d'Art Contemporain (253 rue Saint-Honoré) à Paris, Maurice d'Arquian (1908 - 1975) - aussi directeur de la Galerie Helias, à Bruxelles - avait choisi d'organiser une exposition d'œuvres inédites de Mathieu dont il sera l'agent et défendra la Peinture, dans le monde entier.
Depuis l'enfance, Georges Mathieu a pour l'Histoire un goût immodéré dont on apprendra la cause, lorsqu'il confiera: Né à Boulogne-sur-mer, au pied des remparts d'un château de 1231 (...) l'on a toujours prétendu dans la famille de ma mère que nous descendions de Godefroy de Bouillon... . Qui fut, comme il est dit, le chef et la figure emblématique de la première Croisade (1099).
Or, c'est bien à l'image des Croisades -tant par leur aspect temporel que spirituel- que Mathieu organisa plusieurs expositions « historiques », en 1947, 1948 et 1951, rassemblant des artistes de toute part, dans des combats esthétiques contre toutes les abstractions géométriques, hégémoniques après-guerre, au nom de l'Abstraction Lyrique !
À la suite de la première Croisade, plusieurs chevaliers français qui avaient suivi Godefroy de Bouillon jusqu'à Jérusalem fondèrent, en 1118, l'Ordre des Chevaliers du Temple dont la mission était de protéger les routes et les chemins empruntés par les pélerins en Terre sainte.
C'est ainsi que Mathieu mit à profit cette invitation particulière à exposer, pour relever secrètement la tradition familiale et célébrer, à sa manière...le 840e anniversaire de la Fondation de l'Ordre du Temple, en peignant six grandes toiles dont un GRAND HOMMAGE À JACQUES DE MOLAY, BRÛLÉ VIF À PARIS, EN 1314 (2 mètres x 4 m.).
Le peintre précisait, dans le communiqué : Ces peintures ont été conçues pour commémorer certains événements de la mystérieuse et tragique destinée des Templiers, dont les deux siècles d'histoire coïncident avec ce que la civilisation occidentale a élaboré de plus parfait.
Parmi d'autres toiles, hors catalogue, figurait : SILENCE DE JACQUES DE MOLAY. 1958.
Après avoir tracé une calligraphie couleur de feu et de sang, sur un fond impavide, en utilisant directement la peinture au sortir des tubes pressés à la vitesse qu'exigeait son improvisation, Mathieu estima que son écriture gagnerait en intensité dramatique s'il provoquait l'émotion que suscite ce que l'on peut assimiler au « non finito » - ce style qui suggère plus qu'il ne représente.
Alors, il appliqua sur sa composition comme un baillon du même rouge, pour faire taire son discours en faisant remarquer, par ailleurs : Quand vous avez une sculpture mutilée, l'imaginaire remplace aisément et mieux même ce qui manque. Les signes occultés en partie acquièrent une grandeur nouvelle.
Une diagonale écarlate s'élève au-dessus du brasier, tel un poteau qui flanche, servant encore de hampe à une double bande noire, cependant que l'ellipse d'un nimbe, comme un sceau, auréole les signes interdits et marque l'empreinte spirituelle de l'événement.
En réalisant cette peinture abstraite, Mathieu faisait référence à un moment du procès intenté par le roi Philippe IV le Bel contre Jacques de Molay, 23e et dernier Grand Maître de l'Ordre des Templiers dont la puissance et les finances étaient une menace pour le royaume. Conjointement, le pape Clément V abolissait l'Ordre du Temple.
Devant ses juges, Jacques de Molay adopta une stratégie du silence pour contester les accusations portées contre l'Ordre et fut condamné au bûcher, en même temps que Geoffroy de Charnay. Il mourut le 18 mars 1314.
Pour compléter la symbolique du mythe célébré par Mathieu, notons que le drapeau de l'Ordre du Temple était composé de deux bandes, l'une blanche au-dessus d'une noire et que le sceau templier représentait deux chevaliers armés, chevauchant la même monture : le temporel et le spirituel.
Jean-Marie CUSINBERCHE