- 155
Les Possédés. Pièce en trois parties d'Albert Camus d'après le roman de Dostoïevsky. Tapuscrit original avec corrections autographes. [Vers 1958].
Description
- Camus, Albert
- Les Possédés. Pièce en trois parties d'Albert Camus d'après le roman de Dostoïevsky.Tapuscrit original avec corrections autographes.[Vers 1958].
Le titre un peu déchiré en bord de pince. Deux déchirures sans manque, pages 122 et 123. Le feuillet 203 a été inséré avant les feuillets 200 et 201. Le feuillet 219 a été placé en tête du feuillet 212. Bords de feuillets légèrement jaunis, et minimes traces d'usure.
Chemise partiellement insolée.
La page de titre porte la mention autographe au stylo bille bleu dans l'angle supérieur gauche : "Reçu Arrhes 20 000. 40 bis Av. Hoche. Wag 92-41" et au crayon dans l'angle supérieur droit : "1ère version".
Provenance
Literature
Albert Camus, Théâtre, récits, nouvelles. La Pléiade, notes pp. 1882-1892.
Catalogue Note
Ce très précieux tapuscrit original d'Albert Camus pour l'adaptation théâtrale des Possédés (ou Démons) de Dostoïevski (1872) est un premier état de l'oeuvre. Sous son titre primitif Les Démons, il porte d'importantes corrections autographes de Camus, qui n'atteignent pas encore à la version définitive telle que parue. D'importants remaniements ne figurant pas encore ici, telle que la scène finale par exemple, seront plus tard apportés à la version définitive : la pièce comporte à ce stade 28 personnages et dure cinq bonnes heures. Camus déclarait à cette époque à la presse : "Je reconnais que Les Possédés [Démons] avec quatre heures de spectacle, 30 acteurs et 10 décors sont un gros risque à prendre pour un directeur de théatre, à qui on ne peut tout de même pas demander d'être un saint désintéressé". Il supprimera alors cinq personnages du roman, réduira le nombre de tableaux (décors) à sept, et écourtera ainsi la pièce d'une heure.
Les corrections dans le texte, phrases et paragraphes barrés, noms de personnages réduits à leur prénom, scènes remaniées, sont toutes de la main de Camus, écrites originellement au crayon et repassées à la plume noire, ou écrites au stylo bille bleu. La scène finale n'est pas encore remaniée à cette étape de la construction de l'oeuvre.
Trois feuillets entièrement autographes ont été insérés dans le tapuscrit :
- la page 46 (Première partie, IIe tableau) a été remplacée par une version autographe ;
- la page 95, autographe, remplace les feuillets dactylographiés 95 à 102 ;
- une page numérotée 179bis, autographe, a été insérée entre les feuillets dactylographiés 179 et 180, ce dernier très corrigé.
Les ajouts autographes plus longs sont notés au crayon sur les versos des feuillets.
Cette version originelle témoigne de l'amour de Camus pour le roman de Dostoïevski, amour qu'il déclarera dans : "Les Possédés sont une quatre ou cinq oeuvres que je mets au-dessus de toutes les autres (...) je m'en suis nourri et je m'y suis formé (...) Aujourd'hui, voici Les Possédés sur la scène. Pour les y porter, il a fallu plusieurs années de travail et d'obstination. Et pourtant je sais, je mesure tout ce qui sépare la pièce de ce prodigieux roman ! (...) Et si Les Possédés sont un livre prophétique, ce n'est pas seulement parce qu'ils annoncent notre nihilisme, c'est aussi qu'ils mettent en scène des âmes déchirées ou mortes, incapables d'aimer et souffrant de ne pouvoir le faire, voulant et ne pouvant croire, qui sont celles même qui peuplent aujourd'hui notre société et notre monde spirituel." écrira Camus dans son Prière d'insérer d'avril 1959.
La pièce fut représentée pour la première fois le 10 janvier 1959 au Théâtre Antoine, dans une mise en scène d'Albert Camus, avec entre autres Pierre Vaneck, Michel Bouquet, Charles Denner et Roger Blin. Le texte parut en librairie trois mois après, neuf mois avant la mort de Camus. Une note d'éditeur précisait :
"Le texte de cette adaptation a été établi en utilisant aussi bien le texte des Possédés proprement dit que la Confession de Stavroguine, généralement publiée à part, et les Carnets tenus par Dostoïevski pendant la composition du roman."
Ce passionnant document, la première version de l'aveu même de Camus, est indispensable pour comprendre la génèse de cette pièce. On ne connait aucune version autographe de l'oeuvre. Cette version dactylographiée paraît être l'unique étape connue dans sa construction. Elle a servi à l'édition critique des oeuvres de Camus, en Pléiade. Conservée dans sa chemise d'origine, elle fut offerte par l'auteur à la secrétaire qui l'avait tapée à la machine. Au début des années 1970, cette secrétaire, devenue comédienne, en fit cadeau à un ami metteur en scène, Jean-Claude Martin (Le Commissaire Maigret, Les Cinq dernières minutes, Messieurs les jurés, Médecin de nuit...), lequel décide aujourd'hui, trente-cinq ans plus tard, de l'offrir en vente publique. Cet exceptionnel document provient donc en ligne directe des mains de la secrétaire de Camus et n'a jamais été proposé au marché, ni présenté au public.