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Lettre autographe signée à Marcel Dalio. Paris, 27 juin 1932.
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Description
- Artaud, Antonin
- Lettre autographe signée à Marcel Dalio.Paris, 27 juin 1932.
Ayant décidé de créer un nouveau théâtre porté par une conception radicalement nouvelle de la mise en scène, Artaud voudrait pouvoir compter sur le soutien du comédien Marcel Dalio :
" Je t'ai demandé l'autre jour les yeux dans les yeux si tu croyais à cette affaire car elle est d'une nature que l'on doit s'engager à fond ou ne pas s'engager du tout. Il s'agit en somme de faire table rase. J'ai trouvé assez humoristique que tu me demandes si j'avais l'intention de faire du théâtre d'art : le théâtre d'art ne peut être qu'un théâtre à côté. Mais un théâtre qui vise à tout démolir pour en revenir à l'essentiel, pour chercher par des moyens spécifiquement théâtraux à réatteindre l'essentiel, ne peut pas être un théâtre d'art, et cela par définition. Faire de l'art, faire de l'esthétisme c'est viser à l'agrément, à l'effet furtif, extérieur, passager, mais chercher à extérioriser des sentiments graves, rechercher des activités essentielles d'esprit ; vouloir donner aux spectateurs l'impression qu'ils risquent quelque chose en venant écouter nos pièces, et leur rendre sensible à l'esprit une nouvelle idée du Danger, je crois que ce n'est pas faire de l'art, cela. J'ai pris avant de te téléphoner plus de temps que je n'aurai cru car je voulais être absolument prêt. Maintenant je crois l'être. Je sais de quoi je veux parler."
Il évoque son programme à venir : "en attendant que des auteurs nouveaux nous apportent des pièces qui soient sous la ligne de l'essentiel, et qui soient capables de l'exprimer avec les moyens scéniques, vocaux et plastiques que je préconise, j'ai un programme (...) Les spectacles étant choisis, il me faut une troupe d'acteurs qui puissent se prêter à tous ces procédés de mise en scène, qui traduisent minutieusement les indications que je leur donnerai (...) Il me faut donc un homme, mais un homme merveilleux qui pourra dans le domaine pratique et financier apporter des initiatives vraiment révolutionnaires, aussi révolutionnaires que celles que toi et moi avons admis qu'elles étaient possibles et même nécessaires dans le domaine artistique, plastique et dans celui des idées (... ) Je te demande même si avec les éléments que je t'apporte, l'appui de la NRF, son nom et les noms des écrivains qui ont promis de m'appuyer de leur autorité, de te charger de créer une affaire solide (...) d'avoir une salle, des décors, de la publicité et un peu d'argent liquide qui nous permettent de commencer." (Paris, 27 juin 1932, 6 p. in-4, enveloppe conservée). Une déchirure de papier restaurée.
" Je t'ai demandé l'autre jour les yeux dans les yeux si tu croyais à cette affaire car elle est d'une nature que l'on doit s'engager à fond ou ne pas s'engager du tout. Il s'agit en somme de faire table rase. J'ai trouvé assez humoristique que tu me demandes si j'avais l'intention de faire du théâtre d'art : le théâtre d'art ne peut être qu'un théâtre à côté. Mais un théâtre qui vise à tout démolir pour en revenir à l'essentiel, pour chercher par des moyens spécifiquement théâtraux à réatteindre l'essentiel, ne peut pas être un théâtre d'art, et cela par définition. Faire de l'art, faire de l'esthétisme c'est viser à l'agrément, à l'effet furtif, extérieur, passager, mais chercher à extérioriser des sentiments graves, rechercher des activités essentielles d'esprit ; vouloir donner aux spectateurs l'impression qu'ils risquent quelque chose en venant écouter nos pièces, et leur rendre sensible à l'esprit une nouvelle idée du Danger, je crois que ce n'est pas faire de l'art, cela. J'ai pris avant de te téléphoner plus de temps que je n'aurai cru car je voulais être absolument prêt. Maintenant je crois l'être. Je sais de quoi je veux parler."
Il évoque son programme à venir : "en attendant que des auteurs nouveaux nous apportent des pièces qui soient sous la ligne de l'essentiel, et qui soient capables de l'exprimer avec les moyens scéniques, vocaux et plastiques que je préconise, j'ai un programme (...) Les spectacles étant choisis, il me faut une troupe d'acteurs qui puissent se prêter à tous ces procédés de mise en scène, qui traduisent minutieusement les indications que je leur donnerai (...) Il me faut donc un homme, mais un homme merveilleux qui pourra dans le domaine pratique et financier apporter des initiatives vraiment révolutionnaires, aussi révolutionnaires que celles que toi et moi avons admis qu'elles étaient possibles et même nécessaires dans le domaine artistique, plastique et dans celui des idées (... ) Je te demande même si avec les éléments que je t'apporte, l'appui de la NRF, son nom et les noms des écrivains qui ont promis de m'appuyer de leur autorité, de te charger de créer une affaire solide (...) d'avoir une salle, des décors, de la publicité et un peu d'argent liquide qui nous permettent de commencer." (Paris, 27 juin 1932, 6 p. in-4, enveloppe conservée). Une déchirure de papier restaurée.
Catalogue Note
Cette lettre, qui porte en filigrane tout le contenu théorique développé dans les textes du Théâtre et son double, intervient au moment où Artaud soumet à Jean Paulhan un projet de théâtre de la NRF, "qui serait au théâtre ce que le NRF est à la littérature, qui jouerait des oeuvres de qualité suivant des procédés inspirés de mon article, et développés avec l'appui moral d'André Gide, Paul Valéry, Valéry Larbaud, Léon-Paul Fargue, de vous-même, de Julien Benda, de Gaston Gallimard et de Jules Supervielle" (Lettre à Paulhan, 7 mars 1932). Ce projet n'aboutira pas mais restera le point de départ d'une expérience qui conduira Artaud au Théâtre de la cruauté (voir lot suivant).