Lot 61
  • 61

lettre autographe signée à lou S.l., 26 avril 1915

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Description

  • Apollinaire, Guillaume
  • lettre autographe signée à louS.l., 26 avril 1915
2 p. in-4 (recto-verso) adressée à son "ptit Lou très chéri".
Trace de pliures et petites fentes sans manque.



"(...) je pensais avec ferveur à mon ptit Lou, que je voudrais si gentille, si mignonne, comme tu mérites de l'être avec cet esprit supérieur, primesautier, français, charmant qui est le tien, ma toute chérie (...) je veux que tu sois heureuse, je veux t'aimer pour ça. Mais je veux en retour que tu sois mon amie complètement. et une vraie amie doit beaucoup à l'amitié. A l'amitié, sais-tu bien ce que ça veut dire, ma petite enfant, on ne peut avoir 36 amitiés (...)".
Il lui décrit son quotidien, s'est construit une cabane, a reçu une lettre de sa mère : "elle conçoit la guerre avec un luxe ! Une vraie ballade au bois de Boulogne, quoi". (...) Une autre de Marthe [Roux].
"J'attends tes photos avec une impatience fantastique. J'aimerais bien des photos où on te voit, comme les photos de Desgranges, les petites photos c'est gentil, je les aime bien, mais je préfère, tu le comprendras, celles où on voit quelque chose. Enfin quoi mon Lou, je ne m'en fais pas, ça ne vaut pas la peine. Je prends la vie comme elle vient et les obus idem. Tu es mon seul souci (...)".

Literature

Lettre publiée dans Lettres à Lou, L'Imaginaire Gallimard, n° 138, p. 323-325.

Catalogue Note

"Et les obus idem " : un an plus tard, le 17 mars 1916, dans une tranchée, un éclat d'obus blesse Apollinaire à la tempe droite. Le 11 mai, il sera trépané.

Apollinaire continue donc sa nouvelle relation "amicale" avec Lou.
"Dès lors amoureux toujours mais d'un amour meurtri et acide, il précipita son départ pour le front (...) De là avec une chimérique croyance encore que son amie aurait gardé pour lui quelque tendresse, il lui écrivit des lettres incessantes, pleines d'accommodements et de sollicitude, mais où la déception  et une foncière amertume était encore exprimées C'est alors, tandis qu'il poursuivait cette correspondance vivante et âpre, qu'il devait entreprendre, mener, et par lettres encore, la séduction de la juvénile, prudente et rusée Madeleine, allant ainsi de l'une à l'autre". (André Rouveyre, Apollinaire, NRF 1945, p. 201-202).
Progressivement, Madeleine va remplacer Lou. Ils se rencontreront une dernière fois et fortuitement en 1917 ou 18 à Paris, place de l'Opéra. "A ce moment Apollinaire avait été trépané. Ils allèrent se réfugier quelques instants, pour parler, sous cette grande porte jaune (...). Entrevue navrante pour tous deux. Une sorte de fuite intime de part et d'autre. Lui était d'ailleurs déjà atteint, très émotif. Puis, se trouver ainsi soudain auprès d'une femme qu'il avait si profondément aimée et qui l'avait déçu ... Reproches, entretiens assez pénible. Entretien écourté où ils se sont regardés avec tristesse, et avec l'impression qu'ils ne se reverraient plus. Ce qui devait être, en effet" (p. 202).
Apollinaire meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918 à l'âge de trente-huit ans.