Lot 39
  • 39

lettre autographe signée, en français, à madame denis, nièce, amante, et légataire de voltaire Saint-Petersbourg, 15 [26] octobre 1778

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Description

  • Catherine II, impératrice de Russie
  • lettre autographe signée, en français, à madame denis, nièce, amante, et légataire de voltaireSaint-Petersbourg, 15 [26] octobre 1778
2 pages recto-verso petit in-4 (225 x 182 mm).



pièces jointes :
- brouillon autographe de la réponse de madame Denis à Catherine II ([Ferney, 1778], 2 p. petit in-4).
- copie autographe par Florian d'une lettre de Alexandre d'Hornoy, petit-neveu de Voltaire, à Florian, (Paris, 9 août 1778, 2 p. in-4).

Literature

Jean-Louis Wagnière ou Les Deux morts de Voltaire, Correspondance inédite, Voltairiana 1.

Catalogue Note

Très importante lettre de Catherine II à madame Denis, accompagnée du brouillon de sa réponse, dans la longue et mystérieuse histoire des rapports entre l'Impératrice, épistolière infatiguable, engagée, trop politique, inquiète de sa propre franchise, et Voltaire, épistolier des Lumières, dont l'audace stimulait celle de Catherine et sa volonté de se montrer digne des idéaux du philosophe. Les craintes et remords politiques de Catherine, contrainte de gouverner après la mort de Voltaire aux côtés de régnants qu'elle avait critiqués sans vergogne, furent très certainement au coeur de son empressement à acquérir les quelques 8 000 volumes de la bibliothèque de Voltaire dès le lendemain de sa mort. Ce désir obsessionnel de recouvrer ses lettres est également reconnu aujourd'hui par les voltairiens comme la motivation majeure derrière ses promesses à madame Denis de reconstruire en Russie le château et le village de Ferney, promesse non tenue malgré tous les travaux mis en oeuvre en Suisse pour en établir les plans et relevés les plus précis. "Peu importe le prix que je paierai, écrit en substance l'Impératrice à Grimm le 12 octobre 1778 [une semaine avant sa lettre à madame Denis], pourvu "que mes lettres s'y trouvent"' (Jean-Louis Wagnière ou les deux morts de Voltaire, p. 72). La transaction durera l'hiver entier.
"Je viens d'apprendre, Madame, que vous consentez à remettre en mes mains ce dépôt précieux que Monsieur votre oncle vous a laissé, cette Bibliothèque que les ames sensibles ne verront jamais sans se souvenir que ce grand homme sut inspirer aux humains cette bienveillance universelle que tous ses écrits, même ceux de pur agrément, respirent, parceque son ame en était profondément pénétrée...". 
La vente de la bibliothèque sera conclue à la fin du mois suivant, et madame Denis payée de 135 000 Livres en décembre. Les lettres originales de Catherine II à Voltaire cependant, ne regagneront jamais la Russie. Wagnière, le secrétaire de Voltaire, les recopia, ce seront ces copies qui retourneront à leur auteur. Les originaux passèrent peut-être des mains de Grimm dans celles de Panckoucke qui en offrit discrètement la propriété à l'Impératrice contre son aide financière à l'édition de Kehl, mais ne lui furent jamais restitués. Quelques lettres parvinrent à Saint-Petersbourg en 1841; d'autres provenant du fonds Ricci furent acquises par la Bibliothèque nationale au XXe siècle. Le mystère demeure pour tous les voltairiens.
Cette lettre est reproduite d'après une copie contemporaine dans la correspondance inédite de Wagnière (op. cit., Lettre 94).
Les deux documents accompagnant la lettre originale de l'Impératrice mettent en lumière le trouble que jeta dans l'entourage immédiat de Voltaire défunt la proposition de Catherine II. A la réponse très flattée de madame Denis s'oppose la lettre de d'Hornoy, petit-neveu de Voltaire, profondément inquiet de la réaction de madame Denis, implorant du chevalier de Florian, l'ami et neveu par alliance de Voltaire, une intercession auprès de l'Impératrice afin de lui faire connaître les profondes divisions familiales qu'a entraînées sa proposition.