Lot 38
  • 38

lettre autographe signée, en anglais, à richard towne Wandsworth, 23-28 juillet 1728

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Description

  • Voltaire, François Marie Arouet dit
  • lettre autographe signée, en anglais, à richard towneWandsworth, 23-28 juillet 1728
3 pages in-4. Quelques fines restaurations de papier.

Literature

"Notes and Queries" 1912 s11-V, p. 388 -- André Michel Rousseau, "L'Angleterre et Voltaire", SVEC 145, pp. 86-140 -- Geraldine Sheridan, "Voltaire's Henriade: a history of the 'subscriber' edition, 1728-1741", SVEC 215 (1982), p.77-89--Besterman, Studies on Voltaire, La Pléiade I, lettre 221, p. 1440.

Catalogue Note

Rarissime lettre de Voltaire exilé en Angleterre après son séjour à la Bastille. C'est à sa propre demande que Voltaire quitta la France, après son humiliante rossée en janvier 1726 par le chevalier de Rohan-Chabot et la choquante indifférence de l'aristocratie parisienne parmi laquelle il avait si bien réussi à trouver une place. Les quelques deux années que dura son séjour outre-Manche (mai 1726-novembre 1728 ?), dont un retour clandestin supposé à Paris à la recherche d'un affrontement en duel avec Rohan-Chabot, sont demeurés un véritable mystère dans l'histoire de la vie de Voltaire. De très rares anecdotes improuvables rapportées par des observateurs anglais contemporains, quelques très rares lettres de Voltaire, et les souvenirs épars d'Anglais contant bien longtemps après leur rencontre avec le Français déchu, sont tout ce qu'il nous reste de cet épisode douloureux que Voltaire réussit toujours à cacher.
Cette lettre disparue fit l'objet d'une mention dans la très pointue revue littéraire "Notes & queries" en 1912 lorsqu'un certain M. Rutherford s'adressa au dix-huitiémiste J. Churton Collins, auteur de Voltaire, Montesquieu and Rousseau in England (Londres, 1908) pour lui faire part de sa redécouverte de deux lettres de Voltaire durant son séjour d'exil, toutes deux adressées à Richard Towne, datées de janvier et du 23 juillet 1728. Besterman considère ces lettres, découvertes dans quelques ventes anglaises du XIXe siècle, comme disparues.
Après des débuts très difficiles à son arrivée à Londres, Voltaire est recueilli à Wandsworth (faubourg de Londres) par un gentleman anglais resté obscur. Selon les mémoires d’un gentilhomme anglais, un certain Major Broome qui rendit visite à Voltaire à Ferney en 1765, ce serait chez Lord Peterborough que Voltaire aurait séjourné, durant trois mois, en compagnie de Jonathan Swift. C’est ce même Lord Peterborough que cite Voltaire le 23 juillet 1728 dès le début de sa lettre : « I received yesterday yr kind and witty letter which was sent to mylord Peterborow at the bath.[la station balnéaire] » Il poursuit en remerciant son correspondant pour son intention de traduire La Henriade : « you do me the greatest honour, I could ever boast of, in bestowing an english dress upon my french child. I receive the best reward of all my labours if you go on in the generous design of translating my undeserving work into a language, which gives life and strength to all the subjects it touches, the henriade has at least in itself a spirit of liberty which is not very common in France. the language of a free nation as yours is the only one that can vigorously express what I have but faintly drawn in my native tongue : the work will grow under your hands, worthy of the british nation and that tree transplanted in your soil and grafted by you will bear a new and better sort of fruit ».
La première édition définitive de la très controversée Henriade parut cette même année à Londres grâce au financement de 343 souscripteurs anglais, parmi lesquels les plus grands noms de l’Angleterre de l’époque. C'est à Swift que s'était adressé le jeune Voltaire pour son aide à développer son financement en Irlande, demande à laquelle accéda généreusement Swift, lui obtenant un grand nombre de souscripteurs irlandais. Voltaire propose à son correspondant de rejoindre celui-ci aux Barbades, îles d’Amérique centrale : « I wish I could be the happy witness of yr labour. I assure you dear Sir I am strangely tempted of coming to barbadoes ; for as the henriade wanted to be translated by you, I want a warmer climate for my health, which grows worse worse in england ». Il lui conte une piquante anecdote sur un docteur s’étant autoprescrit une concoction qui, loin de le guérir, le tua. Il s'agit du docteur Freind (et non Friend), lequel mourut le 27 juillet 1728, ce qui amena Besterman à redater du 28 juillet cette lettre vraisemblablement commencée le 23 juillet, Voltaire y annonçant la mort tout juste survenue du docteur Freind. 
La Henriade fut traduite en 1732 par John Lockman, traducteur d’un certain nombre d’œuvres de Voltaire, dont les 24 Lettres sur les Anglais, plus connues sous le nom de Lettres philosophiques, rédigées par Voltaire durant son exil londonien. La traduction de Richard Towne ne parut jamais. Peu de choses sont connues sur Towne sinon qu'il vécut aux îles Barbades avant de publier A treatise of the diseases most frequent in the West-Indies [and the Barbadoes] (Londres, 1726).