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la prose du transsibérien et de la petite jehanne de france Couleurs simultanées de Mme Delaunay-Terk Paris, Editions des Hommes Nouveaux, 1913
Description
- Delaunay, Sonia--Cendrars, Blaise
- la prose du transsibérien et de la petite jehanne de france Couleurs simultanées de Mme Delaunay-TerkParis, Editions des Hommes Nouveaux, 1913
Couverture de parchemin, peinte à l'huile au pochoir de Sonia Delaunay.
bien complet de la bande annonce illustrée selon la même technique du pochoir.
Cette prose était conservée dans une enveloppe de l'époque de kraft à l'adresse de la Revue de Genève.
illustration : très grande composition au pochoir de Sonia Delaunay tout au long des 445 vers de Blaise Cendrars, composés de corps de caractères et de couleurs différents. L'illustration se présente à gauche et le texte placé à droite est enluminé de tout son long par Sonia Selaunay d'où la revendication de "peinture simultanée".
tirage : exemplaire n° 99, un des exemplaires sur simili japon.
La justification du tirage annonce 150 exemplaires numérotés, dont 8 sur parchemin, 28 sur Japon et 114 sur simili japon.
Dans la réalité le tirage prévu initialement à 150 exemplaires de 2 mètres chacun (qui, mis bout à bout, devaient atteindre le haut de la Tour Eiffel) fut bien inférieur : environ une soixantaine d'exemplaires. La Bibliothèque nationale en possède un non plié, dont elle pense qu’il s’agirait de l’exemplaire de Cendrars lui-même, et déclare : « le tirage annoncé était de 150 exemplaires mais le tirage réel fut inférieur à 100 dont une trentaine seulement serait conservée » (cf. Bibliothèque Nationale, Enrichissements 1961-1973, n° 989).
envoi autographe signé : "à Jacques Lévesque pour ce rouler dedans, dans ce livre, cette lang[u]e [sic], ce voyage. Blaise Cendrars, février 1922 ", à l'encre bleue, de la main gauche en haut à droite sur la justification du tirage.
Provenance
Literature
En français dans le texte, n° 344--François Chapon, Le Peintre et le livre, p. 134 et s.
Catalogue Note
"L’ami Jacques-Henry Lévesque, jeune admirateur de Cendrars depuis 1918, est resté fidèlement son confident, son documentaliste, son lecteur d’épreuves … le complice de toute une vie" (Miriam Cendrars, Blaise Cendrars, Denoël 2006, légende de la reproduction photographique de la p. 27).
Les deux hommes s’étaient rencontrés en juillet 1918 : « Jacques-Henry Lévesque avait 19 ans quand il fit à Nice la connaissance de Blaise Cendrars se promenant sur la Promenade des Anglais avec Modigliani et un ami de son père, l’acteur Marcel Lévesque. Pour le jeune Jacques-Henry, ce fut une "apparition", l’incarnation même de la jeunesse idéale, ardente, révoltée, pleine d’avenir", écrira t’il plus tard dans l’hommage rendu à Cendrars par le Mercure de France après sa mort. Cendrars avait alors 31 ans. Il est frappant qu’il incarnât la jeunesse pour un adolescent de 19 ans. Il tournait La Roue avec Abel Gance alors que Marcel Lévesque était à Nice pour tourner La Sultane de l’amour (…) Six ans plus tard le jeune Parisien de 25 ans était en correspondance suivie avec Cendrars et lui servait déjà d’ancre à Paris auprès de ses éditeurs. C’est à lui (…) que Cendrars expédie du Brésil son manuscrit de Feuilles de Routes » (cf. tome IX, Correspondance de Blaise Cendrars, Denoël, Préface par Bernard Fricker, Introduction par Monique Chefdor). C’est encore lui qui le tient au courant de la vie parisienne et lui envoie les coupures de presse le concernant.
Blaise Cendrars et Jacques-Henry Lévesque échangèrent une abondante correspondance : plus de 652 lettres croisées entre 1924 et 1959 : « par delà l’amitié inconditionnelle, il y avait aussi la pénétration de l’intelligence du poète et du critique. Jacques-Henry Lévesque fut le premier à dire la vocation magique de l’écriture de Cendrars, la dimension alchimique de son œuvre (…) Entre Blaise Cendrars et Jacques-Henry Lévesque s’instaure dès le départ une liberté et une égalité d’échange incomparable » (tome IX, J'écris, écrivez-moi : correspondance Blaise Cendrars-Jacques-Henry Lévesque, 1924-1959). Les lettres d’avant 1924 sont d’une rareté infime, il ne reste que quelques rares cartes postales, d’où l’importance de cet envoi daté de février 1922, somptueux témoignage du début d'une longue amitié.
Dans l’introduction aux Poésies complètes de Blaise Cendrars (Denoël, 1944) Jacques-Henry Lévesque écrit : « Celui qui ne s’est pas trouvé en face d’un poète et n’a pas senti, en le voyant vivre cette vertigineuse impression d’inconnu, d’inclassable, d’imprévisible, de surhumain que nous donne au plus haut point un Cendrars, par exemple, risque de ne pas saisir ce qu’est la poésie ».
Et en 1947 à propos de la Prose du Transsibérien : « … livre unique jusqu’à ce jour resté unique par sa composition où sont employés tous les différents caractères d’une grande imprimerie moderne. (…) Lorsque Cendrars le fit composer à l’Imprimerie Crété à Corbeil les ouvriers étaient tellement intéressés par cette carte d’échantillon d’un nouveau genre qu’ils se piquèrent tous au jeu, et c’est dans l’enthousiasme qu’ils composèrent ce livre dont l’originalité vivante les amusait, collaborant de leur mieux avec Cendrars qui vint travailler avec eux durant les trois mois que dura la fabrication de ce livre sans précédent – et sans suite. (Tout au moins en matière d’édition « artistique », car la publicité, elle, a su profiter de toutes ces innovations.) » (cf. Jacques-Henry Lévesque « Blaise Cendrars », Nouvelle Revue Critique, 1947, p. 47-48).
Jacques Henry Lévesque et Jean Van Heeckerenn fondèrent en 1928 la revue Orbes éditée par le Sans Pareil. Blaise Cendrars les soutint dans cette aventure en leur donnant Pompon ; texte qu'il rédigea pour le n° 1 et en 1935, dans le n° 4 un des premiers articles parus en France consacré à Henry Miller intitulé Un écrivain américain nous est né à propos de "Tropique du Cancer".
Blaise Cendrars arriva à Paris en juillet 1912 à l'âge de vingt-cinq ans. Il est depuis entré dans l'histoire de l'avant-garde comme le poète et le romancier qui sut créer son langage propre pour exprimer la beauté du monde nouveau, des machines, de l'abstraction et de l'aventure. Dès son arrivée à Paris, il fréquente Apollinaire et les Delaunay et fonde la revue Les Hommes nouveaux dont la maison d'édition publiera La Prose du Transsibérien, magnifique ouvrage conçu sous l'impulsion de Robert Delaunay.
Le poème de Cendrars s'inspire d'un voyage entre Moscou et Kharbin et raconte le long voyage en train du poète et d'une prostituée entre Paris et Moscou. Le rythme est ponctué par le leitmotiv : "Dis Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre?" accompagné par la suite de demi-cercles aux couleurs chaudes et éclatantes de Sonia Delaunay.
Il est amusant de noter qu'elle introduisit au bas de son illustration une petite Tour Eiffel, thème cher dès 1909 à son mari Robert Delaunay.
Sonia Delaunay relate ainsi sa rencontre avec Blaise Cendrars : "Le mercredi, Apollinaire recevait ses amis dans son nouvel appartement. A une de ses soirées, j’ai vu, assis sur son grand divan, un petit jeune homme frêle et blond. Blaise Cendrars. (…) Peu après, Cendrars m’apporta La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France et, très emballée par la beauté de ce texte, je lui proposai de créer un livre haut de deux mètres une fois déplié. Je m’inspirai du texte pour une harmonie de couleurs qui se déroulait parallèlement au poème. Les lettres d’impression furent choisies par nous, de différents types et grandeurs, choses qui étaient révolutionnaires pour l’époque. Le fond du texte était coloré pour s’harmoniser avec l’illustration. (Cf. Sonia Delaunay, Nous irons jusqu’au soleil, Robert Laffont 1978, p. 53-54).
"Les contrastes de couleurs, écrivit Guillaume Apollinaire, habituaient l'oeil à à lire d'un seul regard l'ensemble d'un poème, comme un chef d'orchestre lit d'un seul coup les notes superposées dans la partition".
Pour François Chapon "ce qui importe ici, c'est de constater le parallélisme entre le traitement des couleurs et celui des mots".
celui-ci est d'une fraicheur de coloris et d'un état de conservation tout à fait exceptionnel, avec un magnifique envoi à jacques-henry lévesque
Exemplaire sans inclusion du bouton-pression comme l'étaient les exemplaires Matarasso ou Feinsilber.