- 255
Exceptionnel masque, Kwélé, Gabon
Description
- Kwélé
- Exceptionnel masque
- haut. 42 cm, larg. 45,5 cm
- 16 1/2 in ; 18 in
Le socle est d'Inagaki.
Provenance
Ancienne collection Michel Périnet, Paris
Alain de Monbrison, Paris
Condition
In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective qualified opinion.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING CONDITION OF A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD "AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF SALE PRINTED IN THE CATALOGUE.
Catalogue Note
Les masques Kwélé sont rares. Celui de la collection Andreas et Kathrin Lindner, tout en reflétant le style à la fois épuré et délicat propre à l'art des artistes Kwélé, se distingue par ses exceptionnelles qualités plastiques et picturales. Notamment, le sculpteur a placé le visage et les cornes sur deux plans différents, offrant ainsi un léger mouvement animant le masque.
Depuis la conquête coloniale jusqu'aux indépendances, rares sont les Européens à avoir traversé ou séjourné en pays Kwélé, situé dans la région nord de la frontière entre les actuels Gabon et République Populaire du Congo. Seules quelques œuvres, immédiatement célébrées pour la pureté de leurs formes, parviennent donc en Europe avant la fin des années 1930, époque à partir de laquelle les rites ancestraux seront largement abandonnés et les bons artistes cesseront d'exercer. Ici, la superbe qualité de sculpture, la patine d'usage et les petites chevilles de bois affleurant à la surface du sommet, permettent d'estimer la réalisation du masque de la collection Andreas et Kathrin Lindner dans les années 1920-1930, ou antérieures.
Dans le corpus restreint des masques Kwélé, ce masque relève du type désigné par Perrois (2001 : 92-101) comme masques « à cornes enveloppantes », caractérisé par les longues cornes associées au visage humain.
Parmi les masques de ce type, il peut, formellement, être comparé :
- pour l'équilibre remarquable de ses formes et la grande majesté de ses proportions, au masque aujourd'hui conservé au musée Barbier-Mueller, collecté avant 1930 par Aristide Courtois (cf. Perrois, 1985 : 81, pl. 11).
- pour la ligne largement arquée de ses cornes s'étirant jusqu'au menton et la forme du visage, fidèle au dessin cordiforme de la face, au masque provenant de l'ancienne collection Félix Fénéon (jusqu'en 1931 ; cf. Perrois, 2001 : 87).
Stylistiquement, la structure « à facettes » du visage et des cornes, les yeux en « grain de café » à fente horizontale et le nez plat de forme triangulaire allongée l'apparentent au masque Kwélé conservé au Metropolitan Museum of Art (cf. Masterpieces in The Museum of Primitive Art, 1965, pl. 24) et à celui offert au Musée de l'Homme par le Dr. Pautchenko, et ce malgré la forme différente du visage.
Paradoxalement, si les arts Kwélé ont été spécifiquement identifiés à partir des années 1920, il a fallu attendre les années 1960 pour que soient menées les premières études de terrain. Les rares publications parues sur le sujet émanent essentiellement de Léon Siroto (1972, 1995) et de Louis Perrois (2001). Les deux chercheurs s'accordent pour affirmer que les masques à cornes enveloppantes constituent pour les Kwélé l'un des emblèmes de la société initiatique du bwete, dont le rôle était de mobiliser les forces magiques de la communauté afin de résoudre des situations de crise, de conjurer un danger ou de favoriser la vie du village. La puissance magique de la représentation était renforcée en clairvoyance divinatoire par la couleur blanche, symbole du don de divination de l'entité mythique.
Ce masque constitue, par la puissance de ses volumes abstraits et de sa rigueur sculpturale, par l'élégance dans la douceur des formes et de la polychromie, et par la très grande majesté de ses proportions, un des chefs-d'œuvre de l'art Kwélé.
An exceptional Kwele mask, Gabon
Kwele masks are rare. The offered mask from the Andreas and Kathrin Lindner Collection, while reflecting the pure and delicate style typical of Kwele sculpture, is highly unusual in its exceptional plastic and pictorial qualities. One notable feature is the way the sculptor placed the face and horns on two different planes, thereby giving the mask a slight impression of movement.
From the colonial conquest to independence, very few Europeans traversed or stayed in the Kwele country, situated in the region north of the border between present-day Gabon and the Republic of Congo. Consequently, only a few works reached Europe before the end of the 1930s, a period during which ancestral rites were widely abandoned and talented artists stopped sculpting.
Among the limited corpus of Kwele masks, the Lindner mask belongs to a category described by Perrois (2001: 92-101) as masks with "encircling horns", characterised by long horns framing a human face. See the following comparable examples:
- a mask, now in the Barbier-Mueller Museum, collected before 1930 by Aristide Courtois (cf. Perrois, 1985: 81, pl. 11)
- a mask from the former collection of Félix Fénéon (until 1931; cf. Perrois, 2001: 87) notably in the widely arched line of its horns, stretching down to the chin, and the shape of the face, echoing the cordiform pattern of the face.
From a stylistic point of view --the "facetted" structure of the face and horns, the "coffee bean" eyes with a horizontal slit, and the flat nose in the shape of an elongated triangle-- compared with one in the Metropolitan Museum of Art (cf. Masterpieces in The Museum of Primitive Art, 1965, pl. 24) and another in the Musée de l'Homme donated by Dr. Pautchenko.
Paradoxically, although Kwele art was identified in the 1920s, the first field studies were not conducted until the 1960s. The few publications were written mainly by Léon Siroto (1972, 1995) and Louis Perrois (2001). The two researchers agree that the masks with encircling horns were one of the emblems of the bwete initiation society, whose role was to mobilise the magic forces of the community in order to solve crises, ward off danger or improve village life. The magic power of the mask was reinforced into divinatory clairvoyance by white pigment, a symbol of the gift of divination of the mythical entity.
This mask is one of the masterpieces of Kwele art based on the power of its abstract volumes and sculptural rigour, the elegance of its gentle forms and colours, and its supremely majestic proportions.