Lot 248
  • 248

Magnifique statue, Yombé ou Vili , République Démocratique du Congo

Estimate
250,000 - 350,000 EUR
Log in to view results
bidding is closed

Description

  • Magnifique statue, Yombé ou Vili
  • haut. 71 cm
  • 28 in
Cette statue nkisi-nkondi de grande dimension est magnifiée par le rendu détaillé du visage et du corps, par la riche parure polychrome et la volumineuse coiffe en plumes. Le personnage masculin est sculpté dans une attitude conventionnelle : debout, le haut du corps légèrement penché vers l'avant, la main gauche posée sur la hanche, celle de droite levée, tenant à l'origine une arme. Le visage offre des traits finement modelés : grands yeux ouverts à la pupille indiquée, sertis d'un éclat de verre et cernés par des paupières ourlées, bouche largement ouverte sur des dents limées, extrémité de la langue apparente. L'abdomen porte un reliquaire fermé par un miroir, et le sommet de la tête une cavité probablement destinée à recevoir une seconde charge, aujourd'hui disparue. Il a conservé son habit fait de tissus et d'une cordelette en fibres végétales. Superbe patine brune, croûteuse, rehaussée de pigments rouges et de kaolin.  

Provenance

Apportée en France en 1912
Philippe Ratton, Paris, 1976
Ancienne collection Lee Bronson, Los Angeles

Literature

Reproduite dans:
Lehuard, Fétiches à clous du Bas-Zaïre, 1980 : 86 et 87, n° 44

Exposée et reproduite dans :
Cornet, A survey of Zairian Art, The Bronson Collection, 1978 : couverture et n° 1 , catalogue de l'exposition, North Carolina Museum of Art, Raleigh, 23 avril - 4 juin 1978, Museum of African Art, Washington DC, 25 juillet - 25 septembre 1978 et Los Angeles County Museum of Natural History, 14 novembre - 21 janvier 1979.

Catalogue Note

Si cette statue a été identifiée par Lehuard en 1980 comme Vili, Cornet, dans son ouvrage consacré à la collection Lee Bronson, souligne : "Bien que les caractéristiques stylistiques de cette statue soient aussi connues chez les Vili, elle proviendrait en fait de la région de Boma, en pays Yombé. Elle a été apportée en France en 1912, accompagnée d'archives attestant son origine" (Cornet, 1978 : fig. 1).  

Les peuples Kongo - Vili comme Yombé - partagent la tradition des sculptures nkisi-nkondi (fétiches à clous). La présence d'éléments métalliques fichés dans des nkisi est mentionnée dès 1686 par Dapper (1686 : 336). Depuis les premières années du XXe siècle jusqu'au début des années 1980, les auteurs ont généralisé leur fonction en les classant systématiquement dans la catégorie des nkisi malveillants et de sorcellerie (Lehuard, 1981 : 109). En réalité, comme le souligne Marc Felix (1995 : 67 et 125) « les minkondi (sing. kondi) sont ambivalents et multifonctionnels. Ils agressent comme ils protègent et guérissent".

Tandis que les nkisi-nkondi de petite taille sont réservés à l'usage individuel, ceux de dimension importante, comme ici, appartiennent soit à la communauté, qui les utilise lors de la prestation de serments ou de la formulation de vœux, soit au clan ou au lignage, le plus souvent dans un but de protection (Felix, idem).

La pose du personnage contribue au pouvoir de protection qui lui était attribué. En effet, selon Thompson (in Dapper, 2002 : 37, 74) la pose représentée ici - debout, main gauche sur la hanche, main droite levée - appelée telema lwimbanganga, est l'attitude sacrée adoptée par la noblesse kongo et par les devins, en signe d'autorité absolue. Par ailleurs, tandis que les yeux sertis de verre sont censés augmenter la clairvoyance, la langue tirée, signifiant la colère et la conjuration, ajoutent à l'intention d'identifier et d'effrayer les forces malveillantes.

Elle peut notamment être comparée, pour la richesse de la parure corporelle, à la statue nkisi-nkondi colletée par Visser entre 1896 et 1909, aujourd'hui conservée au Linden Museum (Lehuard, 1989 : 289), et, pour le beau naturalisme des traits, à celle provenant d'une collection privée, attribuée aux Salongo (idem : vol. II, pl. XII).  

Parmi le corpus des statues nkisi-kondi réalisées par les sculpteurs Vili et leurs voisins Yombé, celle-ci se distingue tant par le très beau rendu, à la fois détaillé et naturaliste, de l'anatomie, que par la rare attention portée à la parure. Les multiples anneaux (collier, chevillières, bracelets), la peinture couvrant de manière inhabituelle - sous la forme d'une épaisse patine polychrome - l'ensemble du corps, et la sompteuse coiffe en plumes font de cette puissante sculpture l'une des plus belles œuvres de la grande statuaire des Yombé / Vili.

A magnificent Yombe or Vili figure, Democratic Republic of the CongoAlthough the offered figure was identified by Lehuard in 1980 as Vili, Cornet wrote "Even though the stylistic features of this statue are known among the Vili, it actually comes from the region of Boma, in the land of the Yombe.  It was brought to France in 1912, accompanied by archives attesting to its origin" (Cornet, 1978: fig. 1).  

The Kongo peoples - both Vili and Yombe - share the tradition of nkisi-nkondi sculptures (nail fetishes). The existence of metallic elements in nkisi was noted in 1686 by Dapper (1686: 336). Since the early years of the 20th century, and until the beginning of the 1980s, scholars generalised the function of these figures by classifying them systematically in the category of nkisi used for malevolent actions and those for sorcery (Lehuard, 1981: 109). Marc Felix writes (1995: 67 and 125) "the minkondi (sing. kondi) are ambivalent and multifunctional. They can be hostile or they can protect and cure".

While small nkisi-nkondi are intended for personal use, those of larger proportions, like the figure presented here, belong either to the community, which uses them during oath-taking ceremonies or presenting greetings, or to the clan or lineage, usually for protection purposes (Felix, idem).

The notable posture of the figure contributes to its protective powers.  In actual fact, according to Thompson (in Dapper, 2002: 37, 74), the pose represented here - standing, the left arm akimbo, the right hand raised - known as   telema lwimbanganga, is the sacred bearing adopted by Kongo nobility and by soothsayers as a sign of absolute authority. Furthermore, while the eyes inset with glass are intended to increase clairvoyance, the protruding tongue symbolises anger and conjuration, reinforcing the intention to identify and frighten malevolent forces.

The fine naturalism of the facial features is striking on the offered figure. Compare with the nkisi-nkondi figures collected by Visser between 1896 and 1909, now in the Linden Museum, Stuttgart (Lehuard, 1989: 289), and to another figure in  a Private Collection attributed to the carver Salongo (idem: vol. II, pl. XII).  

Among the corpus of nkisi-kondi figures made by Vili sculptors and their neighbours, the Yombe, the offered figure is distinguished in the superb rendering of its anatomy and the rare attention given to the attached ornaments and decoration.  The numerous rings (necklace, cuffs and bracelets), the paint covering the entire body in an unusual manner - in the form of a thick polychrome patina - and the sumptuous feather headdress, make this sculpture one of the finest examples of the large-scale Yombe / Vili statuary.