Lot 118
  • 118

Superbe et ancienne statue , Yoruba, Bénin ou Nigeria

Estimate
80,000 - 120,000 EUR
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Description

  • Yoruba
  • Superbe et ancienne statue
  • haut. 63 cm
  • 24 3/4 in
Le corps superbement rythmé par les volumes déployés dans l'espace, le personnage féminin impose au regard son buste étiré, mettant en valeur les seins projetés en avant et le chasse-mouches tenu dans chaque main. La majesté de la pose est accentuée par la tête au menton relevé, offrant au premier plan la bouche ouverte sur les dents apparentes. Le visage aux grands yeux gonflés, cernés par des paupières finement ourlées, est dominé par le diadème frontal maintenant la coiffure au tressage complexe. Magnifique traitement du dos, la queue des chasse-mouches enveloppant les larges épaules pour aboutir au milieu du dos cambré, porté par des jambes au galbe ferme. Le visage et le corps sont ornés de scarifications en haut relief et d'un collier finement gravé. Belle patine nuancée, brun rouge, profonde.

Condition

The centre possibly restored. The ends of the feet and the broken, missing. Crack running down neck and torso. Un sein possiblement restauré; extrémités des pieds et du pouce droit cassées, manquantes. Fente le long du buste.
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Catalogue Note

Cette très belle et ancienne statue féminine se distingue par la rareté de son style et de son iconographie. Selon toute vraisemblance, elle proviendrait des Yoruba-Nago implantés au sud-est du Bénin, à la frontière du Nigeria. Entre 1600 et 1800, le puissant Empire d'Oyo étendit sa domination au nord jusqu'au pays Borgu et au sud-ouest sur les Nupe, puis jusqu'à Adjase (actuelle Porto-Novo, Bénin), en pays Anago.

Sa tête au menton relevé, offrant au premier plan la bouche ouverte sur les dents apparentes, est l'une des caractéristiques stylistiques de la statuaire Nago, peuple auquel se rattache également le motif des scarifications dorsales. Sa coiffure, maintenue à l'avant par un diadème frontal et offrant sur la tête une composition complexe de chignons imbriqués, est celle observée sur les photographies de femmes, provenant de la collection du Prince Léon Bonaparte et présentées lors de l'exposition "Les Dahoméens", au Jardin d'acclimatation en 1881 (photothèque du musée du quai Branly). Les femmes portraiturées arborent également des colliers en coquillages cauris comparables à celui présenté ici. Enfin, les scarifications faciales, d'origine Nupe, sont celles représentées sur les masques Gélédé, spécifiques à cette région.

Son iconographie demeure complexe. Le chasse-mouches constitue un emblème de pouvoir et d'autorité. cf. Vogel (1986 : 76-77) pour une statue équestre Yoruba d'un roi tenant un chasse-mouches, et Pitt-Rivers (1976 : pl. 26, n° 166) pour un chasse-mouches du royaume de Benin, emblème royal en perles de corail. Cet emblème, peu présent dans la statuaire Yoruba du Nigeria, est réservé aux représentations de rois. Il est exceptionnel de le voir, comme ici, doublement arboré par une femme.

Si les Yoruba-Nago partagent le vaste panthéon d'orisha (divinités) commun à l'ensemble des peuples Yoruba, sa structure hiérarchique leur est particulière. De même, la société gélédé, probablement créée au XVIIIe siècle à Kétu, existe seulement chez les sous-groupes Yoruba du sud-ouest du Nigeria et du sud-est du Bénin. Elle constitue l'une des rares sociétés masquées pouvant être dirigées par une femme. Les représentations masquées ont lieu chaque année, durant un festival qui rend principalement hommage aux puissances génitrices des femmes, nommées collectivement  "nos mères" (awon iya wa). Selon la tradition orale, son origine (XVIIIe siècle, cf. supra) se situerait au moment du passage d'une société matriarcale à une société patriarcale, afin d'apaiser la colère des mères. Cette superbe statue aux traits individualisés (portrait d'une dignitaire civile ou religieuse?) illustre magistralement l'importance de la femme dans l'art et la culture des Nago-Yoruba.