- 112
Rare et ancienne statue , Mbembé, Nigeria
Description
- Mbembé
- Rare et ancienne statue
- haut. 72 cm
- 28 1/3 in
Provenance
Galerie Leloup, Paris
Catalogue Note
En 1905, le « District commissioner » d’Obura, Charles Partridge, publie Cross River Natives, dans lequel il dresse un tableau ethnographique, économique et culturel extrêmement détaillé, constituant une source très riche pour la connaissance du milieu et des hommes autour des années 1900. Dans cet ouvrage, il évoque notamment l’existence, dans chaque village, d’un autel consacré à la divinité Binokpabi – dieu suprême du mythe primordial des Mbembé - abritant une ou plusieurs statues de la divinité. Citant le commentaire obtenu des habitants d’Awakande et d’Obubra, Partridge (1905 : 285) précise : « … il a la forme d’un homme, notre docteur nous a dit d’ériger un autel en son honneur ». Il reproduit la photographie (idem : 265) prise en 1903 dans le village d’Abia, d’une statue très semblable à celle présentée ici, placée dans un abri à côté d’autres effigies moins érodées, à la sculpture visiblement récente, mettant ainsi en évidence, sa grande ancienneté. Ici, le style, de même que l’érosion importante du bois dur, le sommet du crâne raviné et les éclats dans la patine attestent un âge comparable à la statue, déjà ancienne, photographiée en 1903 par Partridge.
La grande rareté de ces statues de la divinité Binokpabi s’explique par le bouleversement provoqué par les expéditions punitives anglaises et l’interdiction des structures traditionnelles. Dès 1905, Partridge souligne à plusieurs reprises dans son ouvrage l’ébranlement des croyances et l’abandon de ses supports : les objets symboliques et les statues « gisaient sur le sol, abandonnés et pourrissants » (idem : 71, 220, 287).
Enfin, le traitement de la face et des volumes, en particulier dans l’articulation de la tête et des épaules, évoque les monolithes sculptés dans la région de la Cross River par les voisins immédiats des Mbembé. A l’instar de certains d’entre eux (cf. Allison, 1968 : 32), le sommet du crâne est plat, servant à y déposer en certaines occasions, selon Partridge, le crâne d’un ennemi (idem : 275 et 221).
Illustrant le mythe primordial des Mbembé, à travers la divinité sculptée sous « la forme d’un homme (cf. supra), cette rare et ancienne statue se distingue par la puissance de sa construction abstraite.