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Loti, Pierre

Aziyadé.
[Manuscrit autographe].
Vers 1877-1878.

THE SUPERB AUTOGRAPH MANUSCRIPT OF THE MYTHICAL LOVE STORY AZIYADÉ, ABOUT WHICH STUDIES AND COMMENTARIES HAVE NEVER CEASED TO FLOURISH.
Estimate
50,00060,000
LOT SOLD. 48,000 EUR
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Loti, Pierre

Aziyadé.
[Manuscrit autographe].
Vers 1877-1878.

THE SUPERB AUTOGRAPH MANUSCRIPT OF THE MYTHICAL LOVE STORY AZIYADÉ, ABOUT WHICH STUDIES AND COMMENTARIES HAVE NEVER CEASED TO FLOURISH.
Estimate
50,00060,000
LOT SOLD. 48,000 EUR
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Details & Cataloguing

100 Books, Manuscripts, Documents and Objects from the Pierre Leroy Collection

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Paris

Loti, Pierre

Aziyadé.
[Manuscrit autographe].
Vers 1877-1878.

THE SUPERB AUTOGRAPH MANUSCRIPT OF THE MYTHICAL LOVE STORY AZIYADÉ, ABOUT WHICH STUDIES AND COMMENTARIES HAVE NEVER CEASED TO FLOURISH.

445 pp. (203 x 160 mm) abondamment raturées et corrigées ; plus 112 feuillets de formats divers ; le tout monté sur onglets en un volume in-4.

Reliure de Pierre-Lucien Martin (1953). Maroquin janséniste vert, doublures de maroquin vert, gardes de soie, tranches dorées sur témoins, chemise à dos de maroquin ; étui.

Le manuscrit a servi pour l'impression du volume. Il est abondemment raturé et corrigé et présente des variantes par rapport au texte imprimé. La numérotation des fragments ou chapitres ainsi que des pages du manuscrit a été à plusieurs reprises modifiée, et porte la trace de remaniements dans le plan du livre. De nombreuses ratures, corrections, suppressions et additions interlinéaires sont autant le fait de Loti que de son ami Plumkett.  

Le manuscrit s'ouvre sur une lettre qui ne figure pas dans le texte imprimé ; ce texte, de la main de Plumkett, a été corrigé à l'encre rouge par Loti :  
"De William Brown à Plumkett                                            
Juin 1877

Loti est mort ; Loti a quitté la sombre terre où il avait si follement brûlé sa vie. Il a tout oublié, tout abandonné, pour suivre dans ce galop qui l'a tué, son  fatum, sa singulière destinée. Je t'adresse ces notes éparses ; le public y démêlera ce qu'il pourra, - mais je voudrais les voir telles qu'elles ont été écrites par la main de cet ami que nous avons tant aimé" ...   Sept pages sont de la main de Jousselin-Plumkett, dont une longue lettre de "Plumkett à Loti" (datée Liverpool 15 juin 1876, Loti en a biffé un long passage).  

De nombreux passages supprimés sont biffés au crayon bleu dont ceux dans lesquels Loti s'interroge sur son attirance pour son batelier Samuel ; d'autres suppressions concernent des jugements politiques, des citations de proverbes turcs, etc...  
A la suite du manuscrit proprement dit, on a relié 112 feuillets (certains recto-verso) de brouillons et ébauches , parfois en tout premier jet, présentant de nombreux passages restés inédits ; certains épisodes sont en plusieurs états : on trouve ici de nombreuses versions de ses relations avec le batelier Samuel. On peut d'ailleurs se demander si certaines de ces pages ne sont pas des fragments de journal intime (le nom Samuel vient en surcharge sur le nom du réel Daniel). Certaines pages présentent la forme primitive du nom de l'héroïne, Hakidjé, corrigé plus tard en Aziyadé.
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Provenance

Jean Davray, (1961, n° 197).
Colonel Daniel Sickles (II, Paris, novembre 1989, n° 403).  
Jaime Ortiz-Patino (II, Londres, Sotheby's 2 décembre 1998, n° 57).

Catalogue Note

Aziyadé parut en janvier 1879, sans nom d'auteur chez Calmann-Lévy ; le titre complet était : Aziyadé. Stamboul 1867-1877. Extraits des notes et lettres d'un lieutenant de la marine anglaise entré au service de la Turquie le 10 mai 1876, tué sous les murs de Kars le 27 octobre 1877. On sait que le livre est largement autobiographique ; lors de son séjour à Istanbul en 1876-1877, Loti avait vécu des amours passionnées avec une femme de harem. Sous sa forme fragmentée où alternent récit, lettres et journal intime, Aziyadé relève autant des mémoires que du roman. Le livre fut mis au point avec l'aide d'un ami, Lucien Hervé Jousselin, que Loti désigne dans son livre sous le pseudonyme de Plumkett. A Salonique, puis à Constantinople, l'idylle dure dix mois et ne prend fin qu'avec le retour en France de l'officier, Le Gladiateur, navire stationnaire de l'ambassade, ayant achevé sa mission. Dix mois d'ivresse des sens et de la vie alla turca, dont Loti note quotidiennement les menus détails. L'été suivant, à Toulon, il fait lecture de son journal à quelques camarades, qui lui suggèrent de l'arranger en roman. Séduit par l'idée - qu'il avait peut-être bien eue de lui-même - Loti reprend alors son texte, y fait coupures et réassemblages, change les noms des personnages, ajoute quelques pages pour donner sa conclusion romanesque à une aventure qu'il espère pourtant encore, dans la réalité, voir se prolonger (jusqu'au printemps 1878, il tentera soit de retourner en Turquie, soit de faire venir Hatidjé en France). Des deux manuscrits qu'il établit de son oeuvre, il en confie un à sa tante Nelly Lieutier, qui a des relations dans le monde littéraire parisien et doit s'efforcer de faire paraître "Béhidgé" (premier nom donné par Loti à son héroïne) en feuilleton ; l'autre, remis à son ami G. de Polignac, sera proposé par celui-ci à la maison Dentu, qui ne le juge pas digne de la publication et le lui renvoie : Polignac le transmet alors à Lucien Jousselin, tandis qu'un autre ami de Loti, Victor Lempérière, son ancien condisciple à l'Ecole Navale entré dans les affaires, prend en charge le premier manuscrit confié à la tante Nelly qui a tardé à s'en occuper et qui a, semble-t-il, impatienté le jeune auteur. Et Lempérière a presque réussi à placer "Béhidgé" en feuilleton à L'Evénement (un quotidien de centre gauche) quand de son côté Jousselin - qui a pris sur lui, après l'avis défavorable de Dentu, d'amender l'ouvrage et de l'alléger des passages qu'il juge scabreux et susceptibles de choquer les lecteurs honnêtes - obtient une réponse positive de Calmann-Lévy : moyennant des droits forfaitaires de cinq cent francs, le contrat d'édition est signé le 16 février 1878, par Jousselin au nom de "M. Julien Viaud, officier de marine, actuellement en voyage".   Loti, on le voit avait de vrais et bons amis, qui croyaient en son génie et se mobilisaient de bon coeur pour faire publier son oeuvre. Le contrat signé, le rôle des amis n'est pourtant pas fini, et Aziyadé ne sera que près d'un an plus tard en librairie. Jousselin avait déjà beaucoup retravaillé le manuscrit et s'était engagé vis-à-vis de l'éditeur à poursuivre sa révision ; la tâche était d'ailleurs d'autant plus délicate que Loti avait lui-même fait de mutiples remaniements sur son autre manuscrit (qu'il avait repris à Lempérière) et l'avait envoyé à son ami : fallait-il donc amalgamer les deux versions ? Jousselin s'y efforce d'abord, puis se décharge sur l'éditeur. Le 9 mars, il écrit donc à Emile Aucante (collaborateur de Calmann-Lévy) :
"Le second manuscrit (celui que Loti a remanié lui-même) renferme un certain nombre de passages qui sont d'un réalisme oriental qui brave l'honnêteté, que la censure n'admettra évidemment pas et qui, lors même qu'on les laisserait passer, auraient le très grave inconvénient pour vous de donner à l'oeuvre un caractère malsain qui l'empêcherait d'être livrée à un journal et lue par un public honnête (...)".   Suivent des avis, pertinemment motivés sur les modifications, ajouts et suppressions que Jousselin conseille de faire pour tenir compte du "second manuscrit". "Je vous ai donné tous les renseignements qui précèdent simplement pour vous être utile. Je n'ai absolument fait que conclure un marché, comme un simple mandataire, mais je n'ai aucune espèce de volonté à émettre".   Exit le simple mandataire, dont cette lettre permet de mesurer (en l'absence du "manuscrit Jousselin" qui à ce jour n'a pas été retrouvé) la part qui lui revient dans la mise au point définitive du premier roman de Loti. C'est Victor Lempérière qui prend le relais : Loti - qui vient d'échanger avec Hatidjé leurs dernières lettres - le revoit à la fin de mars à Paris où l'a appelé une dépêche de son éditeur, qu'il rencontre donc pour la première fois. Aucante annonce enfin à Loti, le 17 septembre l'envoi de ses premières épreuves : mais le 13 novembre, tout en l'informant que "la dernière feuille [du] volume vient d'être envoyée à l'imprimerie en bon à tirer", il soulève la question du nom de l'auteur : si le nom de J. Viaud doit figurer sur le livre (comme Loti en avait exprimé le désir dès le mois de février), "vous n'ignorez sans doute pas, lui écrit Aucante, que ce ne peut être sans l'autorisation de vos chefs hiérarchiques". Loti ne l'ignore naturellement pas, mais il hésite - et ne se résoudra qu'in extremis à l'anonymat.
Le livre sort enfin en librairie le 20 janvier 1879. Calmann-Lévy a envoyé aux journaux le matériel ordinaire de publicité - dont l'effet, tant sur les critiques que sur le public, sera à peu près nul. Outre les cahiers autographes du Journal, conservés dans les archives familiales et qui, pour la partie turque de 1876-1877, ont été presque intégralement publiés, le dernier manuscrit d' "Aziyadé" (celui qui a passé entre les mains de Nelly Lieutier et de Victor Lempérière, qui a été retravaillé par Loti et a servi pour l'édition), est connu (coll. du colonel Sickles), mais on ignore ce que l'autre est devenu, celui que Lucien Jousselin avait d'abord si soigneusement revu, corrigé et "élagué". 
[D'après la Présentation par Claude Martin de l'édition Folio, Gallimard, 1991].

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