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Baudelaire, Charles

Les Épaves.
[Avec une eau-forte frontispice de Félicien Rops].
Amsterdam, À l’enseigne du Coq (Bruxelles, Poulet-malassis), 1866.

PRINTED ON LAID HOLLAND PAPER. EXCEPTIONAL COPY, UNKNOWN TO BIBLIOGRAPHERS, SOLE KNOWN WITH AN UNPUBLISHED FRONTISPIECE STUDY BY FELICIEN ROPS, TOGETHER WITH AUTOGRAPH INDICATIONS BY POULET-MALASSIS, PRESUMABLY ACCORDING TO BAUDELAIRE’S WISHES.
Estimate
40,00060,000
LOT SOLD. 74,400 EUR
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Baudelaire, Charles

Les Épaves.
[Avec une eau-forte frontispice de Félicien Rops].
Amsterdam, À l’enseigne du Coq (Bruxelles, Poulet-malassis), 1866.

PRINTED ON LAID HOLLAND PAPER. EXCEPTIONAL COPY, UNKNOWN TO BIBLIOGRAPHERS, SOLE KNOWN WITH AN UNPUBLISHED FRONTISPIECE STUDY BY FELICIEN ROPS, TOGETHER WITH AUTOGRAPH INDICATIONS BY POULET-MALASSIS, PRESUMABLY ACCORDING TO BAUDELAIRE’S WISHES.
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40,00060,000
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Details & Cataloguing

100 Books, Manuscripts, Documents and Objects from the Pierre Leroy Collection

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Paris

Baudelaire, Charles

Les Épaves.
[Avec une eau-forte frontispice de Félicien Rops].
Amsterdam, À l’enseigne du Coq (Bruxelles, Poulet-malassis), 1866.

PRINTED ON LAID HOLLAND PAPER. EXCEPTIONAL COPY, UNKNOWN TO BIBLIOGRAPHERS, SOLE KNOWN WITH AN UNPUBLISHED FRONTISPIECE STUDY BY FELICIEN ROPS, TOGETHER WITH AUTOGRAPH INDICATIONS BY POULET-MALASSIS, PRESUMABLY ACCORDING TO BAUDELAIRE’S WISHES.

In-8, 193 x 135 mm. Eau-forte de F. Rops sur Chine, accompagnée d’une légende imprimée en rouge, également sur Chine.

Reliure doublée de l'époque, signée de Chambolle-Duru. Maroquin violine foncé janséniste, dos à nerfs, titre en lettres dorées, double filet doré sur les coupes ; doublure de même maroquin, ornée au centre d’un motif estampé à froid reprenant le squelette du frontispice de Rops, encadrement d’une bordure à froid à la grecque ; gardes de moire beige, doubles gardes marbrées. Tranches dorées sur témoins.

Édition en partie originale.
Cette édition contient les 6 pièces condamnées des Fleurs du Mal et 17 poèmes nouveaux, parus dans divers journaux et revues dont deux, Le Monstre et Les Promesses d’un visage, ne furent pas retenus dans l’édition définitive.

Un des 250 exemplaires sur grand papier vergé de Hollande (n° 175), après 10 exemplaires de tête sur Chine. Tirage de l’eau-forte en frontispice de F. Rops sur Chine, avec l’explication imprimée en rouge sur Chine.

Très précieux exemplaire enrichi d’un projet original très poussé du frontispice, non signé, mais attribuable à Félicien Rops et resté à ce jour complètement inédit ; d’une lettre de Félicien Rops à l’éditeur Poulet-Malassis ; d’une seconde lettre de Rops à un destinataire inconnu sur la maladie de Baudelaire en Belgique ; d’une lettre autographe de Poulet-Malassis, adressée à un de ses illustrateurs ; d’une lettre autographe de Félix Bracquemond ; ainsi que de 7 portraits gravés de Baudelaire
1) Eau-forte de et par Manet (imp. A. Salmon), tiré sur Chine, deuxième planche deuxième état (Cf. Guérin, 31) 
2) d’après Courbet (1848), (imp. A. Salmon), tiré sur Chine 
3) d’après Émile Deroy (1844), tiré sur Chine 
4) d’après Baudelaire (1848), (Imp. A. Salmon) 
5) de et par Bracquemond, tiré sur Japon 
6) portrait héliogravé d’après la photographie de Carjat, sur Hollande 
7) de et par Manet (1865), imp. A. Salmon.
Les portraits 2, 3, 4, 5 sont gravés par Bracquemond ; les 1 et 7 par Manet.

Pièces jointes :
1. Projet inédit du frontispice par Félicien Rops : crayon, plume et encre de Chine sur papier pelure fin, 192 x 130 mm. Dans la marge droite, à la verticale, l’artiste a écrit au crayon ces mots : « Il est convenu n’est-ce pas comme vous me l’avez dit que nous mettons Fleurs du Mal ce frontispice s’adressant à l’œuvre en général, du reste il en sera ce que vous voudrez. » Très bon état.
2. Lettre autographe de Rops à Poulet-Malassis sur le frontispice : non datée, 1 p. in-8 à l’encre brune sur papier pelure fin ; au verso, des notes au crayon semblent de la main de l’éditeur et destinataire.
« Mon cher Malassis,
Je vous expédie le recoq, corrigé et retourné vers l’Orient. Le frontispice arrivera jeudi, il est un peu en retard. J’ai dû recommencer le croquis, un bon  petit camarade m’ayant « chippé » le premier. Je ferai de suite le Baudelaire – envoyez-moi s’il vous plait un petit croquis de l’ « orchis Satyrion » qui doit représenter la luxure dans ce bouquet de fleurs aimables, - je n’ai jamais trouvé en Belgique cette orchidée et je n’en trouve pas de représentation ; le vieux Fuchs en parle de cette jolie façon : « Satyrium ou Coillon de chien- en latin orchis, es boutiques testiculus canis, cest’ herbe ha esté appelée orchis pourceque les racines s’entretiennent tout ainsi que deux vrais couillons. Induicte avec farine d’orge rostie elle appaise les tumeurs des parties génitales et autres vices y survenant, et aussi avec laict de brebis »… Et voilà. »
Au verso de cette lettre, figurent des annotations au crayon, vraisemblablement de la main de Poulet-Malassis, concernant le frontispice et dans le bord gauche, à la verticale : « Croyez-vous que l’arbre composé d’un faisceau de squelettes avec des (œillères ?) de longs bras en ossements, tenant les pommes du mal – ne serait pas plus saisissant ? [ajout à l’encre par l’artiste au-dessous :] ou un squelette avec cent bras. ».
3. Lettre autographe signée Félicien Rops, sans indication de destinataire : non datée, La Roche-Claire, Demi-Lune par Essonnes (Seine & Oise). 3 pages ½ in-8. Parfait état de conservation (marques de pliures).
« Monsieur, Je reçois seulement votre lettre, je suis souffrant depuis deux mois (…) J’ai été, je crois, non pas l’ami, mais le plus fidèle & le plus respectueux compagnon de Baudelaire, j’ai « allégé sa tristesse en Belgique » comme il le disait dans la dédicace d’un portrait qui m’est cher. Baudelaire se trouvait chez moi, à la campagne, lorsqu’il a ressenti les premières atteintes de la maladie qui devait l’emporter. Cette maladie croyez-le bien n’avait aucun rapport avec les excès de boisson, que l’on a injustement reproché à Baudelaire. Les causes, si les effets ont été prompts, n’en ont pas été moins longuement préparées, & sont de diverses sortes. Nous en parlerons ensemble ; & sans trop de vanité, je crois que seul avec Malassis, nous pourrions jeter quelque lumière sur les jours sombres qui furent les derniers du poète. Il se défiait de tous ceux qu’il voyait, & ce n’est guère que dans notre intimité qu’il mettait son cœur à nu. Cœur aussi bon & aussi aimant que son esprit était rebelle aux attendrissements épandus. (…) ».
4. Lettre autographe signée « votre M. »  de Poulet-Malassis, à l’un de ses illustrateurs (F. Bracquemond ?), 29 septembre 1867.
3 pages in-16 carré ; excellent état (petites taches).
5. Lettre autographe signée de Félix Bracquemond à Jean Alboize, directeur de L’Artiste. 11 novembre 1892. 2 pp. in-8. Enveloppe jointe. Excellent état (minimes rousseurs).
Rare lettre concernant le frontispice de Bracquemond réalisé pour la seconde édition des Fleurs du mal et que Baudelaire refusa. 
Provenance : Armand Godoy.


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Literature

Lettre 3 : reproduite pour la première fois dans Le Manuscrit Autographe, numéro spécial consacré à Charles Baudelaire, Paris, Blaizot, 1927, p. 110.

Catalogue Note

Le projet inédit du frontispice présente une étude assez proche de la version finale développée avec toutefois plusieurs variantes : ce sont 3 squelettes au lieu d’un qui forment le tronc de l’arbre central ; le serpent est enroulé autour d’eux à la manière d’un caducée ; au pied de l’arbre ne figure pas le squelette de Pégase ; deux angelots tiennent en haut le médaillon au profil de Baudelaire ; l’inscription Fleurs du Mal figure en frondaison de l’arbre au lieu d’Épaves.

La lettre de Rops à un destinataire inconnu non datée est fréquemment citée comme témoignage le plus marquant du grand peintre symboliste belge, Félicien Rops (Namur, 1833 - Essonnes, 1898) sur Charles Baudelaire. Elle n’a pu être écrite qu’après l’installation, en 1874, du peintre en région parisienne, à La Roche-Claire, hameau dépendant de la commune d’Essonnes (devenue en 1950, Corbeil-Essonnes).
C’est par l’intermédiaire de l’éditeur Auguste Poulet-Malassis que Baudelaire et Rops firent connaissance. Peu de temps après cette rencontre, dans une lettre à Édouard Manet, en 1865, Baudelaire écrivit : « Rops est le seul véritable artiste - dans le sens où j’entends, moi, et moi seul peut-être, le mot artiste - que j’aie trouvé en Belgique. » En 1866, Rops réalisa pour Baudelaire, le célèbre frontispice des Épaves, dernier ouvrage publié du vivant du poète, par Poulet-Malassis. Baudelaire trouva ce frontispice « plein d’ingénium » et  lui dédia un quatrain : « Ce tant folâtre Monsieur Rops / Qui n’est pas un grand prix de Rome / Mais dont le talent est haut comme / La pyramide de Chéops ».
Charles Baudelaire rendit plusieurs visites à Namur ou au château familial de Thozée que possédait Félicien Rops.
Quelques jours après la publication des Epaves contenant le frontispice qui fait l’objet des lettres précédentes, le poète fit un nouveau séjour à Namur chez Félicien Rops. Cette visite se termina tragiquement puisqu’en allant voir l’église de Saint-Loup en compagnie de l’artiste, Baudelaire fit une chute sur le dallage à la suite de laquelle il fut pris de troubles cérébraux qui nécessitèrent son retour à Bruxelles. La maladie se développa rapidement et l'état de Baudelaire s'aggrava irrémédiablement jusqu'au mutisme, puis jusqu'à la mort du poète quelques années après. Ainsi Félicien Rops fut la dernière personne à avoir pu s’entretenir avec Baudelaire avant ce fatal accident.

Le volume du XVIe siècle dont il est question dans la lettre de Bracquemond est peut-être l’ouvrage original dont le frontispice, reproduit dans l’Essai historique, philosophique et pittoresque sur les danses des morts d’Eustache-Hyacinthe Langlois (1852), donna à Baudelaire l’idée du frontispice « rêvé » pour la seconde édition des Fleurs du mal de 1861, ainsi qu’il l’écrivit dans une lettre à Nadar en mai 1859 : « La deuxième édition des Fleurs. Ici un squelette arborescent, les jambes et les côtes formant le tronc, les bras étendue en croix s’épanouissant en feuilles et bourgeons, et protégeant plusieurs rangées de plantes vénéneuses dans de petits pots échelonnés comme dans une serre de jardinier. Cette idée m’est venue en feuilletant l’histoire des Danses macabres, d’Hyacinthe Langlois. » Il est sans doute plus probable, étant donné que Langlois n’avait pu donner dans son étude aucune précision concernant la provenance de la gravure (reproduite d’après l’ornement d’un ouvrage du bibliographe anglais Dibdin), que le « volume du 16ème siècle » en question ne soit autre que le projet établi par Langlois lui-même, offert par Poulet-Malassis à Bracquemond pour qu’il s’en inspirât. Félix Bracquemond, l’un des graveurs en titre des éditions de Poulet-Malassis, fut une déception pour Baudelaire qui refusa avec véhémence la composition : « Voici l’horreur de Bracquemond, écrira-t-il à Malassis, Je ne souffrirai pas que cela paraisse ». Ce fut finalement un très traditionnel portrait de l’auteur qui orna le frontispice de la seconde édition des Fleurs. Quant au frontispice idéal décrit par Baudelaire, c’est Félicien Rops qui le réalisa, mais trop tard pour que le poète pût en profiter.

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