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Importante statue équestre représentant Louis XIV France, vers 1690-94, attribuée à Martin van den Bogaerts, dit Desjardins (1637-1694)
Description
- Importante statue équestre représentant Louis XIV
- bronze à belle patine brune ;
- Haut. (bronze) 44 cm; larg. 38 cm; prof. 19 cm
- height (bronze) 17 1/4 in; width 15 in; height (socle) 10 1/2 in
Provenance
Ancienne collection du Comte Dillon, Château de Besmaux, Gers
Literature
- P. Volk, ‘Darstellungen Ludwig XIV. auf steigendem Pferd’, in Wallraf Richartz Jahrbuch, Cologne, 1966, t. XXVIII, p. 66-67, fig. 40 (ill.).
- P. Volk, 'Zwei Reiterstatuetten des Louis quinze in der Tradition des 17. Jahrhunderts', dans Pantheon, 1970, année XXVIII, Munich,
p. 309-313, fig. 5 (ill.).
- L. Seelig, Studien zu Martin van den Bogaert, dit Desjardins (1637-1694), Thèse de Doctorat, Munich, 1973 (publié 1980), p. 234 – 237, et Annexe, p. 517, LIII/1.
- F. Souchal, French Sculptors of the 17th & 18th centuries. The reign of Louis XIV, t. I, Oxford, 1977, p. 257, fig. 46b (ill.).
- M. Martin, Les monuments équestres de Louis XIV. Une grande entreprise de propagande monarchique, Paris, 1986, p. 183-184,
fig. 114-115 (ill.).
Catalogue Note
La statue équestre de Louis XIV présentée ici, provenant du château de Besmaux, est la seule version en bronze connue de ce modèle. Réalisée vers 1690 par Martin van der Bogaerts dit Desjardins, notre bronze correspond par sa composition aux descriptions du Louis XIV à cheval que Desjardins devait réaliser en 1687 à Aix-en- Provence : Louis XIV monte triomphalement son cheval cabré, il est assis sur un tapis à peau de lion servant de selle et noué autour de la croupe du cheval. Coiffé d’une perruque à longues boucles, le Roi est vêtu d’une cuirasse de parade, richement ornée de longues lanières avec des masques, fleurs de lys et des piastres en haut relief. Son ample manteau agrafé sur l’épaule flotte dans le vent. Le Roi fait un geste de commandement avec le bâton qu’il tient dans sa droite.
Le monument équestre érigé à la gloire du prince est un sujet très prisé depuis l’Antiquité avec la statue de Marc Aurèle. Ainsi, Louis XIV, à l’apogée de sa gloire, lors d’une campagne de propagande officielle, fait ériger sur la place centrale dans dix villes en France une statue équestre en son honneur. Martin Desjardins était virtuose dans ce domaine, et déjà en 1685, il est l’auteur de l’effigie royale sur la place des Victoires à Paris. En 1688, à la demande de Jules Hardouin Mansart (1646-1708), il réalise la statue équestre sur la place Bellecour à Lyon, dont une réduction en bronze montrant le cheval au pas est conservée à la Wallace collection à Londres (S166).
Le contrat établit entre Desjardins et Jean Adhémar de Monteuil de Grignan, adjoint de l’archevêque d’Arles, témoigne de la commande d’un monument équestre au sculpteur pour la ville d’Aix-en-Provence en 1687. De plus, le document atteste que Desjardins a fourni tous les éléments constituant le moule afin de fondre la statue monumentale en bronze : ‘de faire et parfaire dans les trois années qui commenceront le premier octobre prochain la figure du Roy équestre habillé à la Romaine de métal semblable à celluy que ledit Sr. Desjardins a employé aux figures des esclaves de la place des Victoires à Paris, laquelle figure aura douze pieds de hauteur, mise sur un cheval de treize pieds de long qui sera du mesme métail, suivant les desseins dont on conviendra avec Monsieur Mansart premier architecte des bastiments du Roy (…) Desjardins livre les modelles, places pour fondre, cire, armatures de fer et bronce ; des quallitez cy-devant expliquées, les peynes des ouvriers, esquipages des eschauffaudages, fourneaux et générallement tout ce qu’il conviendra pour l’entière perfection desdits ouvrages qu’il prend à ses risques, périls et fortune.’
La même année, c’est l’architecte suédois Nicodème Tessin, qui nous livre le témoignage le plus précieux, lorsqu’il rend visite à Desjardins dans son atelier. Son récit donne une description détaillée du monument d’Aix et précise notamment que Louis XIV monte sur un cheval cabré ‘M. Desjardins me dit de plus qu’il allait justement commencer une statue du Roy pour Aix-en-Provence ; les frais devaient être payés par la Provence et se monter à 90 000 florins environ ; … le cheval doit être représenté au galop, mais de telle façon que la plus grande partie du poids doit être supportée par la queue’…(Les voyages d’étude de N. Tessin, Stockholm, 1914, p. 106). Le Mercure Galant mentionne également le projet du monument d’Aix en 1686. (janvier 1686, p.1 et février 1686, IIe partie, p. 49ss).
Selon Lorenz Seelig, Desjardins aurait travaillé sur les deux monuments, Lyon et Aix, en même temps, et le ‘modelle en Grand’ pour Aix aurait été terminé fin 1689. Les documents d’archives attestent qu’en 1691, Desjardins réalisait déjà les éléments en plâtre destinés à l’exécution de la fonte. En 1694, au moment de la mort de Desjardins, le monument reste inachevé, mais Guillet de Saint-Georges nous parle d’un bronze ‘sur le point d’être fondu’ (Mémoires inédits sur la Vie et les Ouvrages des Membres de l’Académie Royale de peinture et de sculpture, (éd. ) L. Dussieux, Paris, 1854, t. I, p. 386 ss.). De plus, l’inventaire après décès du sculpteur mentionne ‘le modelle en plâtre grandeur nature‘, deux petits modèles de la statue en plâtre ainsi qu’un petit modèle en cire' pour le monument d’Aix qui semblent perdus aujourd’hui.
Lorsque Peter Volk découvre en 1966 ce bronze au château de Besmaux, il le rapproche au monument d’Aix-en-Provence et l’attribue au sculpteur Martin Desjardins. Lorenz Seelig, dans sa thèse sur Desjardins en 1973, publiée en 1980, en se fondant sur une analyse stylistique, confirme cette attribution à l’artiste et situe sa date d'execution dans les années 1690 (sans avoir vu la statue).
La qualité du bronze est exceptionnelle : on remarque sa belle patine brune avec une fine ciselure de la crinière et de la queue du cheval, le traitement des cheveux du Roi en longues boucles, la précision des traits du visage avec les yeux incisés. De plus, on aperçoit une fine moustache sur la lèvre supérieure du Roi. Les brides du cheval ainsi que la peau de lion recouvrant le dos du cheval sont finement ciselées, la cuirasse à l’antique avec une surface martelée et les lanières à têtes en haut relief sont réalisées avec grande virtuosité. La présence de la moustache confirme la datation du bronze dans les années 1690-94, sachant que le Roi ôte sa barbe vers 1694 et sera représenté imberbe à partir de ce moment là.
Le modèle du Louis XIV d'Aix connut un tel succès au cours du XVIIIe siècle qu'il sera ensuite reprise pour des représentations du jeune Louis XV à cheval, dont on trouve des reductions à Dresde et au Musée Fabre à Montpellier.
Œuvre unique d'une qualité exceptionnelle, notre bronze est le seul vestige de la statue équestre d’Aix, monument qui n’a jamais été finalisé par l’artiste. Notre bronze est tout à fait comparable aux réductions en bronze connues de la main de Desjardins, à Windsor Castle et à la Wallace Collection, qui ont servi de modèle de présentation à l'artiste avant l'exécution du monument final.
Nous remercions Dr. Lorenz Seelig, Conservateur en chef au Bayerisches Nationalmuseum de Munich, pour ces précieuses indications à ce sujet.