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Manuscrit autographe complet s.d. [1956]
Description
- Camus, Albert
- Manuscrit autographe complets.d. [1956]
Texte écrit à l’encre noire, d’un jet, avec quelques ratures et ajouts; feuillets numérotés au crayon (d’une autre main que celle de Camus ?).
Literature
Texte figurant dans La Pléiade, Albert Camus, Essais, Actuelles II, pp. 1800-1802.
Catalogue Note
L’écrivain destina à cette revue fondée par J.-P. Samson et R. Proix, la plupart de ses textes politiques après avoir démissionné de L’Express en février 1956 et cessé toute activité journalistique régulière. Ce rapprochement témoigne de ses sympathies pour les syndicats révolutionnaires, sorte d’alternative à l’ultra-bolchévisme qu’il rejette.
Il introduit ici un numéro spécial d’anniversaire auquel ont participé René Char et Georges Navel (1904-1993), militant libertaire et auteur de Travaux (1954), ouvrage inspiré de sa vie d’ouvrier itinérant.
L’écrivain réagit à l’indignité des démocraties face à la dictature franquiste, scandaleusement tolérée. L’année précédente, l’Espagne était entrée à l’ONU, et auparavant, à l’UNESCO. Camus avait déjà stigmatisé l’événement dans un article de L’Express du 18 novembre 1955, “Démocrates : couchez-vous”, dont le présent texte reprend les thèmes.
Pour Camus, le problème de l’Espagne depuis la guerre civile espagnole (1936-1939) reste une plaie vive… “Le temps ni l’oubli, qui sont les grands auxiliaires des réactionnaires de droite ou de gauche n’ont rien pu contre cette image intacte, en nous, de l’Espagne libérée et enchaînée. La Deuxième Guerre mondiale, l’Occupation, la Résistance, la guerre froide, le drame algérien et le malheur français d’aujourd’hui n’ont rien enlevé à cette sourde souffrance que traînent les hommes de ma génération à travers leur histoire haletante et monotone, depuis le meurtre de la République espagnole ”. Il dénonce l’acceptation du totalitarisme au nom de l’Histoire : “Le culte de l’histoire ne peut être rien d’autre que le culte du fait accompli. Comme tel, il ne cessera jamais d’être déshonorant. Si ce qui dure a raison, alors Franco continue depuis vingt ans d’être figure le droit et Hitler a failli avoir raison pour mille ans. Après cela, on peut accueillir la Phalange à l’ONU et disserter des droits de l’homme dans la capitale de la censure.” Enfin, il encourage les intellectuels français à rester aux côtés de l’Espagne et montre un véritable talent d’orateur dans son invitation au combat: “Le jour même où l’intelligence, selon sa vocation, se voue aux luttes de la liberté, le jour pendant que le travail refuse d’être plus longtemps avili, ce jour-là l’honneur et la révolte commencent de mettre un peuple en marche. Notre fidélité alors ne s’adresse plus au fantôme d’une Espagne vaincue mais à l’Espagne de l’avenir dont il dépend de nous aussi qu’elle soit celle de la liberté…”