Lot 374
  • 374

Correspondance avec Jean-Louis Barrault 6 lettres autographes signées (1952 - 1959)

Estimate
4,000 - 5,000 EUR
Log in to view results
bidding is closed

Description

  • Camus Albert
  • Correspondance avec Jean-Louis Barrault6 lettres autographes signées (1952 - 1959)
6 p., la plupart in-8° sur papier à en-tête de la NRF ou sur in-4°.

Literature

Albert Camus, Théâtre, Récits, Nouvelles, La Pléiade, pp. 1820, 1855 et 1882.

Catalogue Note

Elle éclaire l’une des grandes passions de la vie de Camus : le théâtre. Il a, dans ce domaine, multiplié les expériences : animateur de troupe à Alger du Travail de l’Équipe, théâtre populaire monté sous l’égide du PC de 1936 à 1937, acteur itinérant et occasionnel, dramaturge, adaptateur… C’est néanmoins l’auteur de La Peste que sollicita Jean-Louis Barrault pour une adaptation du Journal de la Peste de Daniel Defoe. L’État de siège, représenté en 1948, fut un échec retentissant malgré la musique d’Arthur Honegger et les costumes de Balthus… mon premier chagrin de théâtre, dira le metteur en scène. Elle n’entacha pas leur amitié, mais ils ne réitérèrent pas l’expérience, en dépit des nombreux appels de Jean-Louis. La correspondance, empreinte de chaleur et d’affection, coïncide avec le retour de Camus au théâtre, dont la littérature et le journalisme l’avaient momentanément éloigné. La compagnie Jean-Louis Barrault-Madeleine Renaud partageait alors son temps entre le Théâtre de Marigny, dont Jean-Louis fut le directeur de 1946 à 1956 et la vie itinérante. Camus, lui, s’était lancé de 1953 à 1959, dans une série d’adaptations théâtrales, dont Les Esprits de Pierre Larivey, auteur du XVIe siècle, et Les Possédés de Dostoïevski...
— Je n’ai pu me rendre à la réception de ce soir. Mais cela ne signifiait pas que je vous oubliais. Et peut-être je vous dirais mieux ici tous les vœux que je fais pour votre voyage, la chance et le beau succès que je vous souhaite de tout cœur et mes fidèles pensées.
— J’ai suivi vos succès de loin et je m’en suis réjoui comme si j’y étais… l’essentiel reste que vous avez vérifié la portée de votre travail sur un public neuf, moins blasé et avachi que le nôtre — et que vous reveniez avec de jeunes forces. Oui, j’aurais aimé être avec vous. Non pas pour faire des conférences dont j’ai horreur, mais pour sentir l’odeur des décors, pour les déplacements, les rires, les fatigues, et le silence des coulisses, le soir. Je suis comme les vieux chevaux de cirque, j’ai besoin de ma sciure. C’est pourquoi je reviendrai vous voir au Marigny, cet hiver. Je savais aussi que vous m’accueillerez encore. Mais je ne me sens pas grand cœur pour travailler de nouveau et personnellement au théâtre…
— Je suis en retard. Mais j’ai fait faire une copie des Esprits, illisible dans la frappe que j’avais. Rien de tout cela n’est corrigé. À votre disposition. Pour L’Impromptu [pièce de jeunesse, dont il voulait faire une commedia dell’arte], je vous l’envoie surtout pour votre amusement…
— Merci de ta bonne lettre. Ce livre m’a coûté la moitié de mon sang et m’a rendu à certains égards plus solitaire que jamais. C’est pourquoi j’aime qu’on l’aime et qu’on m’y rejoigne et ce que tu me dis m’a fortifié. Je suis désolé de ne pas être libre ce soir… Quand pars-tu ? Aurons-nous le temps de nous revoir ?…
— Il me semble que Mademoiselle Rebowska devrait t’intéresser. Selon moi, elle le mérite vraiment.
— À la suite de notre entretien, et après avoir vu Catherine et Vaneck, j’ai réfléchi et j’ai décidé que je ne pouvais pas accepter ta proposition, dont je te remercie. J’ai dit à Catherine et à Vaneck que, pour le moment, je n’avais rien de précis à leur offrir après Les Possédés et que je les laisserai donc libres de leur décision.