Lot 358
  • 358

Manuscrit autographe complet signé s.d.

Estimate
2,000 - 2,500 EUR
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Description

  • Camus, Albert
  • Manuscrit autographe complet signés.d.
3 p. in-4° sur papier fin.



Bel hommage au peintre et graveur Pierre-Eugène Clairin (1897-1980), probablement inédit.

Catalogue Note

Texte empreint d’émotion et de sentiments. À l’évidence, Camus est toujours affecté par la polémique qui a suivi la parution de L’Homme révolté. Sa vision de l’art est l’occasion pour lui de redéfinir les notions de révolte et de mesure stigmatisées à l’époque par Breton et Sartre. Ici, la révolte est assimilée au processus créateur lui-même : …[…] le style est l’expression de la plus haute révolte…  il veut donner une forme et un style à ce qui n’en a pas… Ce sont des mouvements confus à la recherche d’un dessin ordonné. Et l’art n’est pas autre chose que cet interminable effort dans lequel l’homme s’épuise pour recréer, ni créer, ni inventer, mais recréer un monde où les mots de la fin seraient prononcés, où la lumière du soir est arrachée à la nuit qui va l’engloutir, où les sourires seront fixés à jamais et les visages du monde disputés  à la course qui sans répit les entraîne vers l’abîme… Cette révolte incomprise devient, à l’excès, une forme de nihilisme dont les modernes ont abusé … Les modernes, il est vrai, se sont lassés de cette servitude, pour des raisons qu’il serait facile de définir. Ils ont voulu briser la phrase, la mélodie ou la forme. Ce faisant, et pour la plupart, ils ont pris leur place dans l’histoire et l’ont perdue dans l’art. Mais quand l’histoire aura passé, et avec elle, le nihilisme qui a enfiévré ce siècle, nous reviendrons à la réalité...   Sa critique cible dadaïstes et surréalistes dont le programme artistique est la révolution permanente. La radicalité de son jugement est certainement stimulée par sa récente polémique avec Breton, dont il critiquait le culte délirant de Rimbaud et Lautréamont dans L’Homme révolté. L’idéal artistique camusien est un classicisme dont Cézanne est l’exemple parfait, conciliant une grande exigence intérieure et l’acceptation nécessairement contraignante de la réalité … Il s’agit en effet d’un art qui a d’être avec ses limites choisi de se soumettre à la réalité et qui dépasse cependant la simple tradition. Cette ambiguïté me paraît inséparable de la réussite… Une réelle poésie émane des dernières lignes consacrées à l’artiste dont il apprécie la discrétion et la finesse … Clairin, lui, a accepté que le monde et la réalité lui proposent des limites. Il s’est contenté, apparemment, de choisir ses ombres et ses lumières, s’enfermer dans le trait de la gravure fine et insaisissable lumière d’Île-de-France, ou de fixer par les deux ou trois valeurs de l’estampe les ciels périssables de la Bretagne. Cette discrétion me paraît sans prix. Si l’on crie dans cet art, c’est à peine, et la sourde résonance qui court entre ces lignes simplifiées n’apporte pas plus d’échos profonds que toutes les trompettes de la couleur. La vraie force ne se convulse pas, elle affirme tranquillement qu’on regarde longuement ces estampes et ces gravures. Ce sont bien les mots de la fin, la couronne enfin harmonieuse de la révolte vraie. Les vitres sont cassées, peut-être, mais il n’y a pas eu de heurt. Ce qui passe maintenant en travers de ces pages est le souffle égal d’une beauté reconquise sur le désordre du monde
Héritier de l’école de Pont-Aven, Pierre-Eugène Clairin fréquenta l’atelier de Paul Sérusier (1864-1927), initiateur des Nabis, à l’Académie Ranson à Paris. Il s’installa durablement en Bretagne, à Pont-Aven, et travailla au manoir de Lézavarn, où de nombreux peintres s’étaient succédé dont Paul Gauguin de 1889 à 1894.