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Lettre autographe signée (à Joë Bousquet) datée Revel (lundi 19 août [19]46)
Description
- Hans Bellmer
- Lettre autographe signée (à Joë Bousquet)datée Revel (lundi 19 août [19]46)
Lettre fiévreuse, quasi clinique, rédigée sur plusieurs jours.
Beau dessin érotique à la plume, d’une femme renversée, au recto du deuxième feuillet.
Literature
S. N. André, Joë Bousquet. Correspondance, pp. 166-167 ; P. Dourthe, Bellmer, le principe de perversion, pp. 114 et 172 ; Centre Georges Pompidou, Hans Bellmer photographe.
Catalogue Note
Bellmer est aux abois. Le départ de Jean Brun (1919-1994) l’oblige à quitter Revel où il séjournait régulièrement depuis l’automne 1946. Terrifié, il compte sur le secours de Joë Bousquet et Jean Camberoque, en qui il a visiblement fondé tous ses espoirs … Nous sommes aujourd’hui le 19 août. Brun rentre demain. Son déménagement se fera début septembre. Toutes mes affaires seront dans la rue si jusque-là vous et Camberoque n’avez rien trouvé pour moi à Carcassonne. – À ce propos: je viens de rencontrer Brun à Revel : il m’a promis de demander à sa mère qu’elle essaie également de me trouver quelque chose à Carcassonne. Il sera finalement installé dans la maisonnette de la mère de Jean, aux environs de Carcassonne… Autre sujet d’affliction, les fraîches nouvelles d’une mère plongée par la guerre dans le dénuement le plus complet … Vous ai-je dit que nous avons perdu tout ? Notre maison à la campagne où j’ai fait toutes cesphotos de Poupée [à Carlsruhe] … Ma mère a perdu, de plus, son appartement en ville, tous ses meubles, ses affaires, TOUT. Ilénumère les disparus: mon père, sa sœur fidèle [la mère de sa cousine Ursula dédicataire de Die Puppe, et dont la légende veut qu’elle soit à l’origine de sa rencontre avec les surréalistes français], mon frère [Fritz]… Elle a perdu son second mari, mort également par la faim… Cette belle femme, se rappelle-t-il, ravissante quand j’avais 4 ans, vivant à l’aise dans des robes passées de soie d’Hongkong – elle seule a survécu mais elle a tout perdu et elle est seule – et je n’ose presque pas le dire: elle est vieille… Bellmer aborde d’autre part ses difficultés à vivre de son art, à vendre ses productions (un sujet apparemment déjà évoqué avec son correspondant).
Joë Bousquet, certainement exaspéré par ses plaintes, répondit à cette lettre de manière exemplaire, avec beaucoup d’amitié: “À la croisée des chemins où vous arrivez, tout peut être, par vous seul, sauvé ou perdu. Balayez tous les détails, de lieu ou de temps, qui ne changent rien à l’affaire ; dire Revel ou Carcassonne ou La Palme quand il y a un fleuve à dévier, c’est tromper son génie. Ces questions ne se posent que dans la mesure où la question fondamentale sera résolue: Cette question la voici : I) Comment organiser vos prodigieuses ressources artistiques sous forme d’un métier vous permettant de vivre ? C’est la seule. Toute réflexion concernant l’injustice ou la sottise d’une société est oiseuse, nous savons cela. II) Qu’avez-vous fait dans ce sens ? Jusqu’à présent rien. Vous avez utilisé vos dons extraordinaires à votre seul usage et pour l’enchantement de vos amis. Si vous ne réagissez pas, vous serez broyé…”