Lot 66
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La belle et la bête. journal d'un film manuscrit autographe Rochecorbon, 26 août 1945 - 1er juin 1946

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Description

  • Cocteau, Jean
  • La belle et la bête. journal d'un filmmanuscrit autographeRochecorbon, 26 août 1945 - 1er juin 1946
111 pages sur 2 cahiers in-4 (310 x 230 mm) à couvertures cartonnées bleu marine, portant de la main de Cocteau à l'encre bleue sur le premier plat : "Journal de La Belle et la Bête / 1 (2)" ;  manuscrit majoritairement à l'encre (bleue ou noire) avec certaines pages ou corrections au crayon.
Au second cahier, grand dessin abstrait à l'encre à pleine page représentant la "torture" de Cocteau qui souffrait d'un anthrax à la nuque.



avec :  Jean Cocteau. la belle et la bête. Journal d'un film. Paris, J.-B. Janin, 1946. Edition originale. In-8, broché. Avec 24 planches hors texte en héliogravure. 

Boîte-étui signée de Mercier et datée de 1991. Pleine toile noire avec montage de photographies en noir et blanc du film La Belle et la Bête, certaines découpées en rond et montrant Josette Day ou Jean Marais.

Catalogue Note

Précieux manuscrit de premier jet, le seul connu de ce Journal d'un film La Belle et la Bête, avec pages de brouillon très corrigées (plus de 600 corrections autographes) et comportant de nombreux passages demeurés inédits. Cocteau rédigea son journal sur les cahiers à couverture bleue dont il se servit également pour l'écriture du scenario du film (voir Sotheby's, Paris, 15 décembre 2005, lot 68). Il ne comporte pas les notes du journal courant du 7 novembre 1945 au 13 février 1946. La dernière note de la version publiée, datée du "Samedi 1er juin 1946", figure écrite sur feuillet volant à en-tête biffé du "36, rue de Montpensier". Il manque également le manuscrit du bref texte figurant en introduction du volume et visiblement écrit par Cocteau peu avant la publication.

"Après un an de préparatifs et d'obstacles de toutes sortes, voilà que je tourne demain. Il serait fou de se plaindre du genre de difficultés que soulève une pareille entreprise, car j'estime que notre travail nous oblige à dormir debout, à rêver le plus beau des rêves. En outre, il nous permet de manier à notre guise ce temps humain si pénible à vivre minute par minute et dans l'ordre. Ce temps rompu, bouleversé, interverti, est une véritable victoire sur l'inévitable."
Ainsi commence ce Journal, tenu en grande partie dans une atroce douleur physique, et qu'il faut considérer comme le complément indispensable du chef-d'oeuvre cinématographique de Cocteau. Il représente selon son biographe Claude Arnaud "un témoignage des plus poignants et des plus vrais sur la genèse intime de ce 'ruban de rêves' qu'évoquera Orson Welles".  
Pendant le tournage de La Belle et la Bête, qui dura du 27 août 1945 au 31 mai 1946, Jean Cocteau consigna avec une foule de facétieux détails à la fois toute la chronique du film, les heures de préparation nécessaires au masque de Jean Marais, les aléas d'un tournage extrêmement compliqué ainsi que ses réflexions intimes sur l'art, la création, les turpitudes de sa vie intérieure. Il relate aussi, au jour le jour, le séjour forcé qu'il dut faire à l'hôpital Pasteur en raison de ses terribles maux de peau (notamment un anthrax douloureux à la nuque, qui lui occasionne un étonnant dessin dans les présentes pages). Son journal porte également l'écho de l'actualité politique française des années 1945-1946, dominée évidemment par les purges et la reconstruction du pays : "Le reste est symbolisé par la honte du procès Laval et par le rôle de l'ignoble procureur Mornay. Il fallait les exécuter côte à côte."
La dernière note du journal, sur feuille volante datée "1er juin 1946", raconte la première vision du film par Cocteau au milieu des techniciens, la première projection de La Belle et la Bête à laquelle Marlène Dietrich avait été conviée : "J'écris les dernières lignes de ce journal dans la maison de campagne où je viens de me réfugier (...) j'avais décidé de prendre la fuite après le point final du film. Or, hier, vendredi, je l'ai présenté, dans la salle de projection de joinville, aux techniciens de studio (...) A six heures et demie, Marlène Dietrich occupait son fauteuil à côté du mien et j'essayais de me lever et de prononcer quelques paroles. Mais l'accumulation de toutes les minutes qui aboutissaient à celle-là me paralysèrent et m'en rendirent presque incapables. j'assistai au film en tenant la main de marlène et je la broyais sans m'en apercevoir. le film se dévidait, gravitait, étincelait en dehors de moi, solitaire, insensible, lointain comme un astre. Il m'avait tué ! Il me rejetait et vivait de sa vie propre. Je n'y retrouvais que le souvenir attachés à chaque mètre et les souffrances qu'il m'avait coutées. Je ne soupçonnais pas que d'autres y puissent suivre une histoire. Je les croyais tous plongés dans mon hypnose. L'accueil de cette salle de travailleurs fut inoubliable. Voilà ma récompense. Quoi qu'il arrive, je ne retrouverai jamais l'émotion de ce cérémonial organisé très simplement par le petit village dont l'artisanat consiste à mettre du songe en conserve."