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manuscrit autographe signé [décembre 1905]
Description
- Jaurès, Jean
- manuscrit autographe signé[décembre 1905]
Marques de pli central.
"De grands journaux ont annoncé que l'Empereur d'Allemagne songeait à occuper la Pologne russe pour aider le tsarisme à y éteindre une révolution dont le feu se communiquerait à la Pologne prussienne ainsi qu'à toute la Russie (...) La section française de l'Internationale Ouvrière invite toutes les autres sections de l'Internationale à veiller à ce que leurs gouvernements respectifs n'essaient pas d'enrayer par une intervention armée, le mouvement révolutionnaire que dirige la section russe de l'Internationale (...) mais j'ai des questions très-simples à adresser au citoyen Hervé [Gustave Hervé, révolutionnaire]. Pourquoi le citoyen Hervé invite-t-il tous les socialistes révolutionnaires de l'Europe contre ceux qu'il appelle les soudards allemands, et ne mentionne t-il pas au même moment les soudards français ? (...) Il serait vraiment étrange qu'il appelât les socialistes et prolétaires français à combattre en Pologne contre les "soudards allemands" cherchant à écraser la Révolution russe et qu'il les détournât de combattre en France contre les mêmes soudards cherchant à écraser la Révolution française". Jaurès poursuit en comparant la Révolution russe de 1905 avec la Révolution française, prévoyant que la Révolution russe exige une transition de "pure démocratie bourgeoise" avant de préparer la grande "République socialiste".
Catalogue Note
Après la Révolution russe d'octobre 1905, Jaurès définit la ligne de conduite des socialistes français. Afin d'unir son camp et de répondre à ses adversaires, il tente de résoudre une contradiction soulevée lors du 2ème Congrès de la Section française Internationale ouvrière (SFIO), organisé à Châlon entre le 29 octobre et le 19 novembre 1905 : soutenir l'effort révolutionnaire de l'Internationale russe menacé par une intervention armée de l'Allemagne sans pour autant céder au nationalisme belligérant et anti-allemand de la droite française.
Cette "Mise au point" fait apparaître tout le talent de dialecticien de Jean Jaurès, acquis notamment lors de sa formation universitaire (il fut reçu premier au concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, dont il sortit agrégé de philosophie). Surtout, dès 1905, elle fixe la thèse anti-militariste que Jaurès défendra avec acharnement contre les partisans de plus en plus nombreux de la guerre contre l'Allemagne. Cette position inflexible pour la paix lui coûtera la vie : il sera assassiné par Raoul Villain, nationaliste exalté, à Paris, au café du Croissant, le 31 juillet 1914.