Lot 47
  • 47

10 lettres autographes à sa femme Vincennes, 29 avril 1777 - 31 mai 1783

bidding is closed

Description

  • Sade, Donatien-Alphonse-François, marquis de
  • 10 lettres autographes à sa femmeVincennes, 29 avril 1777 - 31 mai 1783
1) Lettre en partie inédite. Sade est incarcéré dans le donjon de Vincennes depuis 2 mois. "Je défie qu'il soit d'être plus malheureux que je le suis. Cinq ans de déshonneur, de peine et de chagrin et déjà huit mois de prison devraient bien être assez pour une faute aussi légère que celle que j'ai commise". Il s'étonne que le gouvernement soit aux ordres de sa belle-mère, Mme de Montreuil, cette "mégère". Il a crypté la fin de sa lettre mais révèle le code : "prenez toutes les dernières lettres du fruit que donnent les quatre arbres plantés en tête de l'allée principale du petit bois du parc et la première de l'état de Bontemps" (29 avril 1777, 2 p. in-8).



2) Sade charge sa femme de remettre une lettre au docteur Mesny, son correspondant italien, auquel Mme de Montreuil avait fait savoir qu'il était inutile d'adresser à son gendre aucun document. Sade, pourtant, poursuivait assidûment la rédaction de son Voyage d'Italie. "Cette manière de conduire un malheureux est bien barbare, et partir de la raison que j'ai beaucoup souffert pour me faire souffrir encore davantage est un raffinement" (1er mai [1778], 1 p. in-8).



3) Lettre apparemment inédite par laquelle Sade charge sa femme d'aller faire quelques emplettes chez l'épicier de Vincennes. L'adresse porte "Madame la marquise de Sade, aux Carmélites de la rue d'Enfer" [juin 1778], 1 p. in-12).



4) Billet mutilé par les ciseaux de la censure et dont il ne subsiste que onze lignes. Sade demande à sa femme qu’elle lui obtienne la permission d’une cinquième promenade ([juin 1779], 1 p. in-12).



5) Longue et tendre lettre où Sade évoque ses enfants et remercie sa femme des nouvelles qu’elle lui donne. « Il aura de l’ambition et l’amour-propre de mériter ce qu’il obtiendra est une très belle phrase. Elle fait honneur à votre esprit et ce qu’elle annonce en fait au cœur de votre fils. Je vous félicite de toute façon, madame la marquise ; vous aurez là une source de consolation et de satisfaction qui vous feront oublier et le père et tous ses malheurs. Je vous conseille de vous rejeter absolument sur cela, comme moi dans mon égoïsme, et nous serons tous heureux sans nous en douter. Et voilà le vrai bonheur, au moins, car celui qui n’est que le résultat des recherches, laisse bientôt autant d’amertume qu’il a pu procurer de douceurs. Il est comme ces fruits d’Asie qui tentent les voyageurs par leur beauté, par leur fraîcheur, et qui portent le venin dans leur sang dès qu’ils ont eu l’imprudence d’en goûter. » ([Début novembre 1780], 2 p. in-4). Manque le début de la lettre.



6) Sade perd patience : furieuse et longue lettre imprécative. L’administration pénitentiaire s’obstine à lui refuser des « promenades » tandis que sa santé se dégrade. « Oh mon Dieu, comme vous devriez être las, tous que vous êtes, de travailler à mon éducation, depuis le temps que vous voyez que, plus vous me tracassez, et plus ma tête s’échauffe et se dérange. Souvenez-vous que vos prisons, vos signaux et toutes vos imbéciles vexations ne servent qu’à m’aigrir, qu’à mettre mille méchancetés, noirceurs et ruses dans ma tête et que ce ne sera jamais avec de la rigueur qu’on fera quelque chose de moi. » Sade fait allusion à la naissance et au baptême du Dauphin : « Pendant que toute la France est en joie (j’en juge au moins par ce que j’entends, car je ne sais rien et suis fort peu curieux)… »  ([Novembre 1781], 3 p. in-4).  



7) Rare lettre signée «de sade», magnifique testament spirituel du prisonnier. «Le cœur et l’esprit blasés, tous les sentiments éteins ou corrompus, l’obligation d’être traître et faux malgré soi, la nécessité de mentir, l’oubli de toute vertu, et l’inclination à tous les vices, voilà les seuls fruits que j’ai encore vus possible à recueillir dans ma situation». Il renouvelle la pension de son ami et conseiller littéraire l’abbé Amblet. Suit un très long développement sur le célèbre système de signaux établi entre Sade et sa femme, sorte de codes chiffrés inventé par Sade, souvent impossible à déchiffrer pour sa femme et resté depuis le symbole dérisoire et délirant du prisonnier coupé du monde : « Je défie que le Diable puisse se reconnaître là-dedans, ce qui prouve bien que tout cela est le pur ouvrage de la méchanceté, de la rage et de la vengeance. Et moi qui croyais que les femmes qui allaient à confesse ne connaissaient point tous ces sentiments-là… » ([Novembre-décembre 1781], 2 p. in-4). Manque le début.



8) Très longue lettre apparemment inédite. Après avoir transmis à sa femme « un petit manuscrit » à destination de « Mimi Rousset en Provence », Sade s’en prend durement à l’homme que l’on a mis à son service d’être un espion à la solde de sa belle-mère (« Comme elle se dégrade et comme elle s’avilit cette indigne créature, et comme elle se punit bien plus que moi, sil lui reste encore un peu d’âme »). Il raconte la ruse par laquelle il l’a confondu et rapporte les propos de cet homme, évoquant les soupçons qu’il nourrit un temps quant à la fidélité conjugale de son épouse (à partir d’octobre 1781, Sade est convaincu que sa femme le trompe et cela le rend excessivement jaloux. Il déclarera être rassuré dans une lettre à sa femme du 23 juin 1782. La présente lettre date de la même année) : « Lorsque j’eus des inquiétudes sur ta conduite – ce dont je te demande bien pardon (…) – lui fut-il ordonné d’exciter de toutes façons possibles en moi ce mouvement de jalousie ? » Enfin, Sade prétend avoir découvert la consigne donnée à ses geôliers de toujours lui répondre, lorsqu’il se plaindrait d’un mal, qu’eux-mêmes étaient atteints du même mal
([1782 ?], 4 p. in-8).



9) Poignant appel au secours de Sade, malade, qui réclame des drogues et une garde. « Mon œil m’inquiète beaucoup. L’inflammation est extrême et elle gagne dans l’intérieur, toute la moitié de la tête du côté de cet œil-là est dans un feu qui ne se conçoit pas. » Le marquis de Sade énumère les règles que le médecin de Vincennes doit observer vis-à-vis de ce médecin très spécial : « - ne restez pas une minute de plus qu’il ne faut dans la chambre du prisonnier. Vous tomberiez dans le crime d’humanité et il est capital ici (…) – point de drogues coûteuses, et surtout qu’il n’en use guère parce que le roi n’entend pas toutes ces folles dépenses-là. Au sujet de ce dernier article, je vous demande avec la plus instances que ce soit moi qui paye les drogues et non le roi (…) » Avec humour, il rapporte la visite du médecin, hésitant entre les devoirs de sa charge et les recommandations des geôliers : ni compassion, ni intérêt d’aucune sorte, pas même de conversation. « C’est une inhumanité qui crie vengeance, et dont sûrement le roi n’est pas instruit, mais il le saura, ainsi que tout le reste, j’en réponds ou ils m’achèveront ici » (4 [mars 1783], 4 p. in-4). Lettre contrecollée sur un feuillet in-folio.



10) Sade implore sa femme de plaider sa cause auprès du gouvernement et de la Cour : « Voyez les ministres, Madame, les parents que j’ai à la Cour, les princes à qui j’ai l’honneur d’appartenir (…) Prouvez l’inutilité, et même le danger, d’une détention aussi cruellement prolongée. Oubliez en un mot que vous êtes la fille de mes tyrans et dans le sein de vos enfants, ne rappelez à votre âme que vos devoirs d’épouse (…) nous vivons sous un gouvernement trop sage, nous sommes conduits par des ministres trop justes et cependant, il faut que je les soupçonne, eux ou vous. Comme Français, je répugne au premier, comme mari je ne puis admettre le second. » Sa santé, en particulier sa vue, s’est considérablement dégradée à cause des exécrables conditions de vie à Vincennes : «Vous devez sentir d’ailleurs qu’il est parfaitement impossible que je guérisse jamais, tant que mon état ne me permettra d’autre occupation que celles du genre le plus contraire à l’infirmité que j’éprouve – le travail et la lecture. »  (31 mai 1783, 3 p. in-4).