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Roelandt Savery Kortrijk 1576 - 1639 Utrecht
Description
- Roelandt Savery
- les animaux sortant de l'arche de Noé
signé et daté en bas à droite Roelandt/Savery Fe/1619
- huile sur panneau
- 56 x 105 cm ; 22 x 44 1/3 in
Provenance
Pieter de Boer, Amsterdam en 1931 ;
Hamman, Düsseldorf ;
Vente anonyme, Paris, Hôtel Drouot (Me de Cagny), 3 décembre1990, n°3, reproduit.
Literature
Probablement Kurt Erasmus, Halle 1908, p,110, N°117;
K.J.Müllenmeister, Roelandt Savery, Neues und Ergänzungen zum Oeuvreverzeichnis, Freren, 1991, cat.239A, reproduit en couleur fig.12 p.39 ;
Connaissance des Arts, Janvier 1991, p.115, ill.fig.2 ;
Auction International, 2 mai 1991.
Catalogue Note
D’origine flamande, Roelandt Savery quitta très jeune sa ville natale pour gagner Haarlem avec ses parents vers 1585. Pourtant vers 1602, on le retrouve établi à Amsterdam en compagnie de son frère aîne Jakob, dont il suivit l’enseignement, mais qui mourut l’année suivante. En 1604, il se rendit à Prague où il devint peintre à la cour de Rodolphe II . Il restera pendant neuf ans au service de l’empereur, jusqu’à la mort de ce dernier en février 1613. Féru d'art, le souverain avait réuni autour de lui un ensemble d’artistes venus de différents pays, parmi lesquels se trouvaient Hans Hoffman, Bartholomeus Spranger, Matthaus Gundelach et Jacob Hoefnagel. Savery se spécialisa dans la représentation de fleurs et d’animaux, souvent décrits dans leur environnement. Il put parfaire la maîtrise de son art en peignant à la demande de Rodolphe II des études d’après nature réalisées au cours de voyages au Tyrol et en Bohème. Son séjour à Prague lui permit également d’observer les animaux du parc zoologique impérial. Il les fera ainsi figurer dans ses paysages imaginaires où l'inspiration fantastique héritée du maniérisme sublime la description précise d'une nature foisonnante. Ce type de paysage, dont l’empereur était un fervent amateur, consacre Savery comme l'un des derniers grands maîtres du courant maniériste international.
A la mort de Rodolphe II, Savery fut nommé peintre officiel de l’empereur Matthias avant de regagner Utrecht en 1616. Membre de la guilde de Saint-Luc en 1619, il eut ensuite plusieurs élèves parmi lesquels Gillis de Hondecoeter, Allaert van Everdigen et Isaac Major.
Le présent tableau, daté 1619 , est une oeuvre de maturité de l’artiste et l’une de ses plus ambitieuses sur le thème du Paradis terrestre ou d’Orphée charmant les animaux.
Il s’agit en effet d’un des sujets de prédilection du peintre. L’une des premières compositions de Savery sur ce thème, appelé Frankfurter Orpheus date de 1610 (voir K.Müllenmeister, Roelandt Savery, die Gemälde, Freren, 1991, cat.203, 51x66cm, huile sur panneau, tableau actuellement conservé au Stadelsches Kunstinstitut de Francfort). On y retrouve déjà (quoique dans un format sensiblement différent) les éléments principaux du tableau décrit ici, pourtant peint neuf ans plus tard : la disposition des arbres créant le fâmeux paysage en «coulisses», la place au premier plan à droite du cheval et du chameau jouant le rôle de figures repoussoir, et les éléments végétaux détaillés sur le devant. Le peintre ne va ensuite cesser de proposer des variations sur ce thème, qu'il décline et enrichit inlassablement entre 1611 et 1628 (voir opus cité supra, cat 204 à 232). L'Orphée charmant les animaux de 1617 conservé au musée de Beaux-Arts de Anvers (cat.208) apparait comme une étape très avancée dans le processus engagé par l'artiste sur ce sujet. Par rapport au tableau présenté ici, il constitue une version très voisine mais beaucoup moins aboutie sans le foisonnement de détails, la luxuriance de la végétation et la juxtaposition d’animaux qui caractérise le nôtre.
Parmi les différentes versions, celle qui apparait comme une des plus proches et qui reprend très exactement le thème de l'Arche de Noé est un panneau autrefois passé en vente, dont on a aujourd'hui perdu la trace (voir Roelandt Savery, Neues und Ergänzungen, cat 239, ill.11 p.28). Située vers 1620-1625 par le spécialiste de l'artiste, Kurt Müllenmeister, elle est une oeuvre de collaboration entre Savery et Gillis de Hondecoeter.
Exécuté en 1619 et non 1610 comme lu autrefois de manière erronée, notre Arche de Noé fut donc réalisée après le retour de Savery à Utrecht, à une époque où l'influence de Hondecoeter se manifeste dans l’élaboration plus complexe du paysage. Cette datation est d’ailleurs en accord avec l’analyse de Kurt Müllenmeister qui la situe stylistiquement vers 1620. Il s'agit sans aucun doute du chef d'oeuvre du genre, alliant le spectaculaire de la mise en page au raffinement de la facture. C'est aussi la seule composition de Tieroper (“opéra d’animaux”) où on trouve l’arche de Noé représentée sous cette forme (on la distingue en arrière-plan au-dessus de l'autruche sous le rayon de lumière qui filtre entre les arbres) . On notera également l’exceptionnelle représentation de l’élan, en bas à gauche dans le tableau, très rare dans l’oeuvre de Savery.