Lot 15
  • 15

Jean Jouvenet (Rouen 1644 - Paris 1717)

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Description

  • Jean Jouvenet
  • la pentecôte
  • Huile sur toile

Provenance

Probablement vente Tronchain, 10 février 1785, n°4;
Vente Robit, 11 mai 1801, n°49, acheté probablement par le collectionneur-antiquaire de Montpellier, Abraham Fontanel;
Acheté en 1805 pour 2.625 F par Jacques-Joseph de Boussairolles, futur président à la Cour et baron d'Empire;

Resté depuis lors dans la famille de l'actuel propriétaire.

Exhibited

Des primitifs à Nicolas de Staël. Belles peintures de collections privées dans la région montpelliéraine, Montpellier, Musée Fabre, avril-Mai 1958, n°17 (rep.);
Antoine Schnapper, Jean Jouvenet, Rouen, Musée des Beaux Arts, 1966, n°38.

Literature

Antoine Schnapper, Jean Jouvenet (1644-1717) et la peinture d’histoire à Paris, Paris, 1974, n°127 bis, p. 217, fig 143 et pages 119-125.

Catalogue Note

Jouvenet est l’un des principaux représentants de la seconde génération des peintres de Louis XIV. Sa formation, qui ne comprend pas le traditionnel séjour à Rome, est lente et reste mal connue. Il joue un rôle modeste parmi les collaborateurs de Le Brun pour la décoration des châteaux royaux, à Saint Germain, aux Tuileries et à Versailles. Après avoir peint le May de 1673, il est reçu à l’Académie en 1675. Autour de 1680-1685, il peint plusieurs plafonds et décors pour des hôtels parisiens, détruits depuis, puis, à partir de 1685 environ, il se consacre de plus en plus à la peinture religieuse. Il obtient de nombreuses commandes dans ce genre. A l’aise dans les grands formats, grâce à un style énergique et fort, il renouvelle la leçon de Poussin et de Le Brun, à laquelle il reste attaché par un sentiment direct de la réalité.
Nommé directeur de l’Académie en 1705 puis recteur en 1707, on retrouve Jouvenet sur tous les plus importants chantiers royaux de la fin de règne : au Trianon de marbre, à Meudon, aux Invalides, à Versailles. Si ces décors mythologiques privés ont disparu, on conserve le décor compartimenté de Rennes (1694-1695), les fresques, malheureusement repeintes de la coupole basse des Invalides (1702-1704) et la Pentecôte qui décore la tribune royale de la chapelle de Versailles et pour laquelle notre esquisse peinte est préparatoire.

Le souhait initial d’Hardouin-Mansart est de confier la totalité du décor de la voûte de la chapelle de Versailles au seul Charles de la Fosse en dépit de son grand âge. La mort du surintendant architecte (1708) remet ses projets en cause. Son successeur à la tête du chantier, Robert de Cotte et le nouveau surintendant, le duc d’Antin, partagent la commande: La Fosse obtient le cul-de-four, à Antoine Coypel revient la voûte de la nef et à Jean Jouvenet, la partie surplombant la tribune royale. Le programme iconographique est remanié à plusieurs reprises : ainsi Jouvenet réalise-t-il l’esquisse d’une Ascension du Christ (M.V 8385, château de Versailles), sujet qui est abandonné au profit d’une Pentecôte.

Jouvenet peint la Pentecôte dans la chapelle de Versailles sur le mur au dessus de la tribune royale et la voûte en avant du mur. Ce travail de grande ampleur est exécuté rapidement, entre le printemps et la fin de l’année 1709.

On connaît deux esquisses pour cette composition. La première est entrée au musée du château de Versailles en 1985 (M.V 8554). La deuxième, notre esquisse, est restée dans la même collection privée depuis deux cents ans et apparaît au grand jour aujourd’hui. Elle présente d’importantes variantes avec le décor final, notamment dans la disposition et les attitudes des apôtres, de part et d’autre du groupe central. Les personnages s’organisent en profondeur grâce à une balustrade, qui disparaît de la version finale, probablement parce-qu’elle était difficile à accorder avec l’architecture réelle de la chapelle. "Le système de raccordement avec le voûte n’est pas encore trouvé : la bande de rosaces disparaîtra pour unifier la composition et sera reportée sur la voûte, à la jonction avec les peintures de Coypel. De même, les anges quitteront la lunette et seront disposés, tout différemment, sur la voûte : à Versailles la composition présentée ici sera en quelque sorte pliée à angle droit pour occuper l’espace à décorer" nous explique Antoine Schnapper, spécialiste de l’artiste.

La composition est d’inspiration assez baroque et on y retrouve le parti illusionniste de certaines décorations romaines (voûte de Gesu). Les personnages tendent à sortir du cadre architectural et les effets de raccourci sont vigoureux mais les lumières restent sagement distribuées, chaque forme étudiée et modelée isolément. Les personnages, juxtaposés les uns à coté des autres, sont caractérisés par des formes très pleines, vigoureusement cernées par le dessin. Appartenant au vocabulaire expressif habituel de l’artiste, ils sont ici figés en des gestes déclamatoires grandiloquents et paraissent empruntés au théâtre. Cet effet tire sa source de la codification de l’expression des passions défendues par Charles Le Brun.
Cette esquisse particulièrement brillante et réussie est un apport majeur dans l’étude de l’art de Jouvenet, qui, parti du classicisme de Poussin et de Le Brun, évolue vite vers une manière plus ample, puissante et lyrique. Ce tableau avec son ordonnance grandiose, sa foule nombreuse quasi cinématographique, sait frapper l’imagination et retenir le sens grâce à un profond enracinement dans le réel.

Nous remercions Monsieur Antoine Schnapper d’avoir confirmé l’attribution du présent tableau à Jean Jouvenet après examen direct de l’œuvre et nous avoir aidé dans la rédaction de la notice.