Lot 87
  • 87

lettres autographes signées à meraud guevara Paris-Vence, 1954-1970

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Description

  • Jean Dubuffet
  • lettres autographes signées à meraud guevaraParis-Vence, 1954-1970
Ensemble comprenant 18 lettres autographes signées (18 p. in-4, 5 p. in-8) dont une avec un croquis original, 14 lettres dactylographiées signées (15 p. in-4), 2 cartes postales signées, un télégramme et 2 cartons d'expositions dont un signé par Dubuffet. Enveloppes conservées.

Catalogue Note

Cette correspondance s'ouvre sur un jour endeuillé par la mort de Charles-Albert Cingria dont Dubuffet avait fait le portrait en 1947. "J'ai trouvé vos deux lettres et appris la bien affligeante nouvelle de la mort de notre merveilleux ami. Les feux s'éteignent, un après l'autre, autour de nous ; notre nuit se fait chaque an plus noire" (11 septembre 1954). Il décrit longuement la messe d'enterrement avec "quelques fleurs éparses du menu gratin, Valentine Hugo, Lise Deharme", confie ses doutes mystiques ("il y a toute une gamme de degrés dans le croire (...) on peut croire un tout petit peu, à certains moments, un peu comme je crois aux vertus de la gelée royale ou des cures à Vichy"). Il habite alors Paris et peint "des vaches et des arbres dont je suis fort content".   
Mais le coeur de ces lettres concerne les années Vence (1955-1969), intégralement évoquées depuis l'idée de départ jusqu'au bilan quelques quinze ans après. "Dans peu de temps, je transporterai Lili à Vence et mon projet est d'aménager là un local pour y travailler" (11 nov 1954). Il évoque ainsi l'installation, les conditions de travail, la ville elle-même ("une petite cité bizarre de gens maussades et hargneux. Excellentes conditions pour travailler sans cesse", 8 janvier 1956) où "les papillons sont très beaux, ça s'appelle des écailles", la santé de Lili...  Les lettres de Dubuffet sont souvent agrémentées de digressions saugrenues et pertinentes sur des sujets aussi variés que l'oignon, le jeko, le bien et le mal ("Accroissez le mal, vous accroissez le bien, le mal est l'intérieur du bien et ce sont choses indissolubles. Donc gardons, cultivons nos maux du foie et d'ailleurs") ou le jardinage : "au terme d'une longue carrière de peintre paysagiste et de grand voyageur au long cours, je puis vous affirmer qu'il n'y a de site au monde qui soit si joli qu'un petit carré de plans de pommes de terres" (30 avril 1962). Après une visite de Meraud Guevara à Vence où elle travaillera au jardin, Dubuffet lui envoie une lettre avec un petit croquis de cisailles ("celles que nous avions ne valent rien, il faut que la poignée soit surrélevée comme ceci"). 
Meraud Guevara étant artiste, l'intérêt décisif de ces lettres réside surtout dans l'évocation complice de l'énorme activité créatrice de Dubuffet à Vence : des Matériologies au cycle célèbre de Paris Circus (" J'étais dans le moment absorbé à la peinture de tableaux de très grands formats et qui me donnaient beaucoup de peine et je ne pouvais me soustraire à l'obsession que ce travail exerçait sur moi au point que je n'étais plus maître de faire ce que je désirais", 3 mai 1961). Ou encore :  "j'ai fait des petits masques en papier d'argent, bien colmatés et durcis par le moyen de couler dedans du polyester, de sorte qu'ils pourraient être moulés et reproduits en quelque métal honorable et constituer des ornements pour les doigts des dames ou pour leur corsage'', (13 mai 1961). Il partage aussi ses angoisses :  "j'ai une terreur panique des vernissages et n'y vais au grand jamais, même quand ce sont les vernissages de mes propres expositions "(21 mars 1962).  Bilan des années Vence : "Vence n'était pas un lieu qui me convenait bien. J'y souffrais de solitude et le remède que j'y appliquais, qui était de prendre le parti de cette solitude et d'y surenchérir, n'était peut-être pas le bon" (Paris, 1969).