Lot 54
  • 54

cellulairement manuscrit autographe de 32 poèmes, avec une lettre autographe illustrée et inédite de verlaine à sivry Bruxelles, Mons, 1873-1875

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Description

  • Verlaine, Paul
  • cellulairementmanuscrit autographe de 32 poèmes, avec une lettre autographe illustrée et inédite de verlaine à sivryBruxelles, Mons, 1873-1875
32 poèmes manuscrits autographes de Paul Verlaine sur 69 pages petit in-4 numérotées par lui de 1 à 75 sur papier d’écolier à rayures bleues (chaque page est rayée avec 22 lignes). Parfois Verlaine a découpé une partie de la feuille en remaniant son texte (une moitié de la page 18, à laquelle est rajoutée une partie d'une autre feuille; et de la page 31; la page 36, où deux parties sont découpées pour enlever deux strophes). Il manque  les pages 19, 20, 32-34; on passe directement de la page 42 à la page 45 portant de la main de Verlaine (''suite à 42 PV''). Le tout monté sur onglet et relié en un volume petit in-4.



composition du manuscrit :
Nous donnons ici la liste des poèmes avec leur titre tel qu'il apparaît dans ce recueil. Une analyse plus approfondie montre de nombreuses variantes par rapport aux textes publiés dans Sagesse, Jadis et Naguère, Parrallèlement, Invectives, etc.
I. Au lecteur--II. Impression fausse--III. Autre--IV. Sur les eaux--V. Berceuse--VI. La Chanson de Gaspard Hauser--VII. Un pouacre--VIII. Almanach pour l’année passée--IX. L’espoir luit comme un brin de paille...--X. Les choses qui chantent dans la tête...--XI. Ah, vraiment c’est triste...--XII. Kaléidoscope--XIII. Réversibilités--XIV. Images d’un sou--XV. Vieux coppées. Le premier dizain ''Pour charmer tes ennuis''--XVI. Les passages Choiseul aux odeurs de jadis...--XVII. Vers Saint Denis....--XVIII. Assez des Gambettards !...--XIX. Las ! Je suis à l’Index...--XX. Je suis né romantique....--XXI. L’Aile où je suis donnant...--XXII. O Belgique...--XXIII. Depuis un an et plus je n’ai pas vu la queue...--XXIV. "Endiguons les ruisseaux, les prés burent assez"--XXV. L’Art poétique--XXVI. Via dolorosa--XXVII. Crimen Amoris--XXVIII. La Grâce--XXIX. Don Juan pipé, - mystère--XXX. L’Impénitence finale--XXXI. Amoureuse du diable--XXXII. Final.
Est disponible, sur demande, une liste complète des poèmes contenus dans ce recueil avec pour chacun son titre dans le manuscrit, puis celui qu'il aura dans les différents recueils dans lesquels il sera publié, avec le nom de ces recueils et la date manuscrite inscrite à la fin de chaque poème par Verlaine.



pièces jointes :
- une lettre autographe signée, inédite, de Paul Verlaine [à son ex beau-frère Charles de Sivry], datée 3 février [1881] (4 p. in-8, à l'encre noire). Il lui demande de s'occuper de la publication en feuilleton de certains poèmes (''L'Impénitence finale'', ''Don Juan pipé'', ''Amoureuse du Diable'', ''La Grâce'', ''L'Art poétique'', et d'autres), lui dit qu'il n'a pas besoin de la copie de Cellulairement qu'avait faite Sivry ou sa femme Emma : ''Ne m'envoie pas la copie en question de Cellulairemard [sic]. J'ai un manuscrit ici. Ne te l'avais-je pas dit ?''. Il lui recommande de corriger lui-même les épreuves et surtout de supprimer le titre, qui rappellerait la prison : ''Bien entendu supprime de tout en tête ... le mot Cellulairement, absolument inutile et shoking [sic]". Il le charge d'aller récupérer certaines choses dans son ancien appartement, dont le manuscrit des Illuminations : ''Montmartre nous la ... baille belle avec son ''ne rien avoir du tout'' des choses en question -- tâche farfouiller dans ''armoires à glace'' et aussi tiroir de mon ex chambre et bibliothèque icellesque. Vaut la peine. Quant aux Illuminations tu trouveras à force de chercher évidemment''. Cette lettre se termine par un bel autoportrait de Verlaine en paysan, lisant une lettre. Au printemps 1880, il avait acheté une ferme à Juniville dans les Ardennes, où il restera jusqu'au printemps 1882. Ce dessin est reproduit dans le catalogue Barthou, l'Album Verlaine de la Pléiade (p. 171) et dans Bibliographie et iconographie de Paul Verlaine par Van Bever et Monda (1991, pl. LVIII).
- lettre autographe signée de Francine Loriot à Madame Jean Cassou (née Ida Jankelevitch) lui offrant ce manuscrit en souvenir de sa mère, camarade de conservatoire d'Ida Jankelevitch, qu'elle retrouva après guerre et dont elle s'occupa fidèlement lors de sa maladie : ''elle tenait beaucoup à son livre, elle m'a toujours raconté que M. Barthou lui avait annoncé qu'il lui laisserait avec quelques autres à Papa parce qu'un jour elle avait eu complètement confiance en lui ....'' (S.l., Samedi 1er juillet, 4 p. in-8 pliées avec enveloppe).



reliure signée par Marius Michel. Maroquin gris souris janséniste, dos à nerfs, doublure mosaïquée de maroquin bleu, listel de maroquin brun interrompu aux angles par des fleurs de chèvrefeuille mosaïquées de maroquin bleu foncé et bleu clair, gardes de moire noire, boîte étui.

Provenance

Paul Verlaine--Felix Bouchor--Ernest Dupuy--Louis Barthou (vente 1935, n°1102)-- Loriot (chef de cabinet de Barthou)--Francine Loriot--Madame Jean Cassou, née Ida Jankélévitch.

Literature

Georges Heilbrun, 1948 [catalogue n°2 (nouvelle série) : Verlaine, n° 141]--Ernets Dupuy ''A propos d'un manuscrit du poète'', Revue des deux mondes, 1er décembre 1912, p. 595-632--Ernest Dupuy ''Etude critique sur le texte d'un manuscrit de Paul Verlaine'', Revue d'Histoire littéraire de la France, juillet-septembre 1913, p. 489-516--Cellulairement édition présentée par Jean-Luc Steinmetz (Le Castor Astral), 1992--Editer Cellulairement, par Olivier Bivort, Revue Verlaine n°7-8, 2002--Paul Verlaine. Oeuvres poétiques complètes. Pléiade, p. 1113 et s.

Catalogue Note

évocation de sa brouille avec rimbaud
Ce manuscrit, autant par les poèmes qu'il contient que par le contexte de leur rédaction, évoque d'une manière saisissante la brouille des deux amis. Le 10 juillet 1873, Verlaine tire sur Rimbaud, probablement parce qu'il menaçait de le quitter. Arrêté, il est embarqué à l’Amigo puis transféré à la prison des Petits-Carmes à Bruxelles d’abord avec les autres détenus puis à la Pistole des prévenus. Il y restera trois mois, du 11 juillet au 25 octobre 1873 et y écrira 19 poèmes. Le 8 août 1873, Verlaine est condamné à deux ans de prison ferme et deux cent francs d’amende, jugement confirmé le 27 août par la cour d’appel de Bruxelles. Verlaine demande à son ami Edmond Lepelletier de préparer la publication de Romances sans paroles. Il commence alors la rédaction d’un recueil de ''Vers diaboliques ou tendres'' intitulé Cellulairement, d’inspiration chrétienne, témoignage de la crise mystique qu’il traverse. Le 25 octobre 1873, il est transféré à la prison de Mons. Il n’en ressortira que le 16 janvier 1875.
A sa sortie, Verlaine revoit une dernière fois Rimbaud à Stuttgart fin février. Verlaine qui fut un temps le possesseur des Illuminations, les prêta à Sivry une première fois. La seconde fois, Sivry eut la faiblesse d'obéir à sa soeur Mathilde Mauté de Fleurville (épouse de Verlaine) et ne les lui rendit jamais prétextant de ne pas les retrouver, d'où la lettre du 3 février ''tu trouveras à force de chercher''.

réapparition d'un manuscrit perdu de vue depuis 1935
En octobre 1875, Verlaine mentionne Cellulairement. Puis plus rien  jusqu'à sa lettre à Charles de Sivry du 28 janvier 1881. Ce manuscrit de Cellulairement fut vendu par Verlaine au peintre Felix Bouchor en 1890. Il passa ensuite entre les mains d'Ernest Dupuy qui en fit plusieurs descriptions détaillées en 1912 et en 1913. Il fut acheté à ce dernier par Louis Barthou et figura dans sa vente de 1935 (n°1102). Il n'a jamais réapparu depuis. Loriot, chef de cabinet de Barthou, l'a possédé. Sa fille Francine en fit don dans les années 50-60 à Madame Jean Cassou (née Ida Jankelevitch, pianiste de renom et soeur du philosophe).
Ce manuscrit est donc resté inaccessible depuis 1935. En 1992, Jean-Luc Steinmetz donna une édition de Cellulairement, établi d'après les différentes études antérieures par Ernest Dupuy, V.P. Underwood, Henry de Bouillane de Lacoste, Antoine Fongaro. Il qualifie ce recueil de ''chaînon manquant'' entre les Romances sans paroles (1874) et Sagesse (1880).  En 2002, Olivier Bivort en donna également une édition Romances sans paroles, Cellulairement (Livre de poche classique) sans avoir pu malheureusement avoir accès à ce manuscrit . Aucune édition de Cellulairement n'a donc jamais été publié d'après ce manuscrit original.

cellulairement : recueil inédit du vivant de verlaine
D'après la lettre à Sivry du 3 février 1881 jointe ici, Verlaine tenait absolument à effacer de son oeuvre toute référence à son incarcération. Il renonce ainsi à publier Cellulairement et en répartira les poèmes dans différents recueils : Sagesse (7) ; Jadis et Naguère (12) ; Parallèlement (8) ; Invectives (3). Le reste  paraîtra dans les Oeuvres posthumes (Vieux Coppées). Pourtant c'est précisément à ses expériences carcérales que renvoient les 32 poèmes qui composent ce recueil, notamment le célèbre ''Impression fausse'', ''Autre'' et ‘’ La Chanson de Gaspard Hauser’’. Pendant son emprisonnement Verlaine avait annoncé sa conversion, et la trace de ses lectures se repère par les citations placées en exergue de ses poèmes : les psaumes, l'office des complies, ainsi que Cervantes, Homère, Vigny, Michel Ange, Shakespeare.
Verlaine avait évidemment tout le temps de remanier et de corriger ses vers, comme on peut le voir d'après le présent manuscrit. Il l'a certainement ordonné différemment à sa sortie de prison, modifiant certaine dates ''pour dramatiser le tout et donner plus nettement à l'intrigue de son âme perdue l'issue lumineuse de la conversion''. Verlaine voulait à tout prix faire coïncider la période de leur rédaction avec celle de son incarcération. Certaines dates ont été ainsi modifiées, comme ''Impression fausse'' qu'il a d'abord daté ''Br, juillet 73'' avant d'ajouter postérieurement d'une encre plus foncée ''11'' (juillet) et ''Entrée en prison'' ainsi que pour ''Final'' tout d'abord daté ''Mons 21 août 1874'' puis ''Mons, 16 janvier 1875 Sie de prison''.

le seul manuscrit quasiment complet de Cellulairement
Il existe plusieurs fragments manuscrits de Cellulairement, dont l'un comblerait en partie une lacune à la page 31 de ce manuscrit. Dans Editer Cellulairement, Olivier Bivort dénombre plusieurs manuscrits et fragments :
1. Le présent manuscrit.
2. Un second manuscrit très incomplet composé de fragments divers, peut être celui que possédait Sivry [cf. correspondance de Verlaine, 28 janvier 1881 et lettre jointe du 3 février ''J'ai un manuscrit ici. (...) Fâché de t'avoir donné ce mal à toi ou Emma [de Sivry] de recopier'']. Un premier fragment composé de ''six feuillets d'un cahier d'écolier, numérotés par Verlaine de 18 à 22 et 24'' vendu par Georges Heilbrun en 1948. Ce manuscrit est passé dans les collections Raoul Simonson et Albert Kies puis vendu à un collectionneur anonyme ; un deuxième fragment constitué de six feuillets de papier d'écolier avec une numérotation ancienne (34 à 39), biffée par Verlaine contenant la fin de Via dolorosa et Crimen amoris en entier aujourd'hui à la bibliothèque Jacques Doucet ; un troisième fragment de cinq feuillets de papier d'écolier numérotés anciennement 70-74 rassemblant Amour et Bouquet à Marie.
3. Deux manuscrits jamais réapparus dont l'existence seule n'a été mentionnée que par Verlaine lui-même : celui de Delahaye (auquel il adresse cent vers par cent vers) et celui de Germain Nouveau.
4. D'autres fragments dont des premiers états de poèmes et une copie de ''Autre'' conservée aujourd'hui à la bibliothèque de Charleville-Mézières.

Edmond Lepelletier possédait un premier état de ces poèmes, trente pièces de Cellulairement envoyées entre octobre 1873 et septembre 1874, aujourd'hui à la bibliothèque Jacques Doucet.