Lot 59
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Carjat, Etienne portrait photographique d' arthur rimbaud 10, rue Notre Dame de Lorette, [1871] rarissime épreuve inédite en tirage original, une des deux aujourd'hui connue, du premier portrait de rimbaud par carjat, ayant très probablement appartenu à verlaine

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Description

  • Carjat, Etienne
  • portrait photographique d' arthur rimbaud10, rue Notre Dame de Lorette, [1871]
Tirage albuminé d'après négatif verre (92 x 53 mm) sur carton (102 x 63 mm) avec estampille de l'atelier de Carjat au verso.



Annotations manuscrites :
 ''[A]rthur Rim[b]aud à 16 ans 1870'' et ''[Arthu]r Rimbaud'' au recto,
''à 18 ans - 1872'' rectifié en ''à 16 ans 1870 Collège de Charleville'' au verso.



Coins manquants avec atteintes à la photographie aux coins inférieur et supérieur gauches. Manque sur le bord supérieur. Marque de pliure latérale traversant le visage. Entaille au milieu du visage, légères marques de trombone ayant griffé le nez.

Literature

références : Jean-Jacques Lefrère, Arthur Rimbaud, Fayard 2001, p. 348-349--Paul Verlaine, Oeuvres complètes, Club du Meilleur livre, 1959, tome I, p. 1231--Paul Verlaine, Correspondance, Messein, 1923, p. 141, 149, 150.

Catalogue Note

Le grand photographe Etienne Carjat a réalisé deux portraits de Rimbaud, clichés dont la force a contribué à la légende du voleur de feu. Le premier tirage, dont nous présentons ici une épreuve inconnue en tirage original, , montre un enfant à l'air maussade et têtu, aux yeux remarquablement clairs et chargés de défi. Son visage n'accepte pas la pause comme sur le deuxième portrait par Carjat, plus connu. Le premier portrait, ''d'une ressemblance absolue et certainement une des choses les mieux réussies de Carjat'' selon Delahaye, est aussi considérée par Izambard comme la photographie ''la plus ressemblante de celles qu' [il ait] vues'' (Rimbaud tel que je l'ai connu, Mercure de France, 1946, p. 216). Léon Valade évoquera dans une lettre du 5 octobre 1871 ''une figure absolument enfantine qui pourrait convenir à un enfant de treize ans, yeux bleus profonds, caractère plus sauvage que timide'' après avoir vu Rimbaud pour la première fois le 30 septembre 1871.
seconde épreuve aujourd'hui conservée avec celle de Jacques GuérinLa datation du premier passage d'Arthur Rimbaud à l'atelier de Carjat, 10 rue Notre Dame de Lorette, continue de donner du fil à retorde aux chercheurs. Rimbaud arrive à Paris en septembre 1871 et se brouille avec Carjat lors de la fameuse altercation des Vilains-Bonshommes, le 2 mars 1872 : Rimbaud le blesse avec la canne-épée de Verlaine et Carjat, prétend-on, détruit tous les négatifs sur verre des portraits de Rimbaud. L'intervalle entre les deux portraits est donc au plus de cinq mois et demi. Du premier portrait, les épreuves en tirage original aujourd'hui conservées sont au nombre de deux : celle provenant de l'ancienne collection Jacques Guérin et celle-ci. Au moins quatre existaient dans les années 1890. Trois ont appartenu à Isabelle Rimbaud dont proviennent selon toutes probabilités l'exemplaire Guérin et un montage tardif avec signature de Rimbaud en surimpression ayant ensuite appartenu à Paul Claudel.
Un autre exemplaire appartenait à Léon Vanier, l'éditeur de Verlaine. Paterne Berrichon en fait état dans une lettre à Isabelle Rimbaud du 29 août 1896. Il envoie deux semaines plus tard ''une épreuve sans retouches de la photographie. J'en fait tirer quelques unes tel que, poussées à l'extrême du noir ou du blanc, de manière à être renseigné (...) pour la restitution de ce que le temps et la retouche ont détruit dans cette vieille épreuve de Carjat'' (lettre à Isabelle Rimbaud, 16 septembre 1896). C'est une épreuve et non le document original que Berrichon envoie à Isabelle. L'essentiel, c'est un détail qu'elle relève : ''vers le haut, il y a une petite tâche occasionnée par un doigt mouillé à l'encre ; c'est peu de choses, cela a l'air d'une mèche de cheveux plus révoltés que les autres'' (lettre à Berrichon du 21 septembre 1896). Or, ce détail que l'on ne retrouve ni dans la photographie Guérin, ni dans le positif sur verre conservé à la Bibliothèque Rimbaud de Charleville-Mézières, se voit précisément dans le document que nous présentons (il pourrait s'agir de l'encre d'une des inscriptions, plus probablement l'encre baveuse de celle en haut du portrait). Les mutilations sur le nez et le front seraient postérieures, accidentelles et non le fait d'une agression symbolique. Le fonds des archives Vanier avait été racheté par le libraire Albert Messein qui éditera l'oeuvre et la correspondance de Verlaine, et qui s'intéressera également à Arthur Rimbaud. L'hypothèse la plus plausible est que ce fût dans ces archives désordonnées et mal entretenues que cette photographie se trouva endommagée et ainsi entaillée (la double entaille sur le nez laisse deviner la marque d'un trombone).
Le plus intéressant dans la provenance Vanier vient de ce que le cliché aurait d'abord appartenu à Verlaine. Ce dernier en fait mention dans une lettre à Vanier du 10 mai 1887, après avoir évoqué une photographie de Rimbaud par Carjat appartenant à Forain (sans doute le deuxième portrait), en écrivant qu'il en possède ''une autre, plus gosse encore''. Verlaine évoque ces photographies parce que Forain doit en tirer un portrait pour illustrer Les Poètes maudits dont Vanier allait publier l'année suivante la seconde édition. Plus tard, Verlaine demandera à Vanier de récupérer ''[s]a photo de Rimbaud'', puis revient à la question (''la photo de Rimbaud?'') avant de lui demander de "remettre à Ladislas Loevy la photographie de Rimbaud'' (lettre du 13 août 1888). Il y a de fortes chances pour que Vanier ait récupéré la photographie à la mort de Verlaine en janvier 1896 et qu'il l'ait montrée la même année à Paterne Berrichon. Le manque, sur le bord supérieur de l'épreuve, indique qu'elle a longtemps été punaisée à cet endroit, par une personne qui voulait la regarder tous les jours et rendre Rimbaud à l' "étincelle d'or de la lumière nature", quitte à ne pas le préserver du soleil, de l'humidité et des mouches, dût-il ignorer la rareté de la photographie. Ces défauts-là, qui ne font qu'ajouter à l'intérêt et à l'émotion de ce document, renforcent l'hypothèse déjà plus que vraisemblable d'une première provenance Verlaine.
Nous remercions chaleureusement Steve Murphy pour son savoir, sa contribution et sa gentillesse à toute ''épreuve''.