Lot 79
  • 79

césar, jules

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Description

  • César, Jules
  • [commentaires]. c. julii caesaris rerum ab se gestarum commentarii... Paris, Michel Vascosan et Jean de Roigny, 1543.
une icône bibliophilique : le césar de montaigne



In-folio (339 x 222mm). 12 grandes et 3 petites initiales ornées gravées sur bois.



illustration : une carte de la Gaule gravée sur deux bois imprimés à mi-page, carte de l'Espagne gravée sur bois imprimée à mi-page, cinq bois gravés imprimés au quart de la page représentant un pont sur le Rhin ou des fortifications.



reliure anglaise vers 1700. Plein veau jaspé, grand encadrement à motifs dorés, grands fleurons dorés à motif de glands aux angles, dos à nerfs très orné de motifs dorés de feuillages, pièce de titre de maroquin citron, gardes de papier marbré, tranches dorées. Chemise et étui



Interversion des cahiers K-L, déchirure sans manque en 2a4r, restauration au dernier feuillet sans atteinte au texte, petite restauration de papier sans atteinte dans les marges des feuillets du cahier K, mouillures dans le bas des pages des derniers cahiers. Quelques éclats à la reliure, mors usés.

Provenance

Michel de Montaigne (ex-libris manuscrit autographe en haut du titre) -- Sir Richard Philipps, Lord Milford, cachet à l'encre sur la première garde et cote de bibliothèque "IV, C. 2" -- Librairie Jammes (1980).

Literature

Gilbert de Botton et Francis Pottiée-Sperry, "A la recherche de la "librairie" de Montaigne", Bulletin du bibliophile, 1997, n° 2, pp.254-297, n° 20 de la liste.

Catalogue Note

"Mais César singulièrement me semble mériter qu'on l'estudie"... (Essais, II, 10) 

On connaît aujourd'hui une centaine de livres provenant de la fameuse bibliothèque de Montaigne. Il la disait, faussement modeste, être "des belles entre les librairies de village" (Essais, II,17). Elle avait cependant une dimension peu commune et remarquable pour l'époque : "Ayant mille volumes de livres autour de moy en ce lieu où j'escris" (III, 12). Sa dispersion précoce, qui permit de répartir les risques de destructions, est sans doute la cause du nombre notable d'exemplaires conservés.

Les ouvrages ayant appartenu à Montaigne et portant son ex-libris manuscrit ont toujours suscité la passion des amateurs. Avant la redécouverte des Essais en France au XIXe siècle, le grand précurseur fut incontestablement Montesquieu qui, dans sa bibliothèque de La Brède, conservait trois livres de Montaigne. Au XIXe siècle, l'érudit bibliophile Antoine-Augustin Renouard put en rassembler trois, Lord Rosebery ou Henri Bordes n'en eurent qu'un. Une collection spectaculaire de livres de Montaigne fut réuni par le docteur Payen au début du XIXe siècle. Elle se trouve maintenant sous la cote Z Payen à la Réserve de la Bibliothèque nationale de France : "Payen était parvenu à réunir à grand peine, et surtout à grand frais, une trentaine d'ouvrages portant des notes de la main de Montaigne ou sa signature, et l'on sait quelle est la rareté des autographes de cet homme illustre" (Le Petit, Quelques notes sur le Dr Payen, 1873). En 1856, il capitula aux enchères renonçant, pour la somme colossale de 1800 Francs, à ce qui aurait pu être son plus beau trophée : le César annoté acquis contre lui par le duc d'Aumale et aujourd'hui à Chantilly.

Au XXe siècle, Lucius Wilmerding (4) et Richard Hoe (1) en Amérique, Jean Davray (2), Gérard de Berny (2) ou Jacques Guérin (2), Gérard de Botton et Francis Pottiée-Sperry en Europe purent acquérir quelques ouvrages portant l'ex-libris manuscrit convoité.

Sur la centaine de livres connus, seuls cinq ont appartenu à Montaigne dans son adolescence et portent de la main de Montaigne les dates de leur acquisition. Aucun de ces cinq ne présente l'ex-libris sous forme de la sobre signature "Mõtagne" que l'on trouvera plus tard. En effet, au titre ou au verso du titre de ces cinq ouvrages figurent de véritables phrases autographes, comme si Montaigne n'avait pas encore fixé sa marque de possession. Sur ces cinq livres, trois sont conservés dans des collections publiques françaises. Seuls deux exemplaires, dans l'état actuel des connaissances, subsistent en mains privées. La marque autographe de possession de ce présent exemplaire rappelle dans sa formule latine, et malgré son et amicorum évocant la devise de Jean Grolier, celles du Térence (collection privée) et du Virgile (BNF Rés. Z Payen 507) :

Michaelis Montani et amicorum
Anno D. 1549 aetatis [16 : biffé] pene 16
Cal. Januarii
Et plus loin sur la droite : Emptus 19 S
[A Michel de Montaigne et ses amis. Année 1549 âgé d'à peine 16 ans. Aux calendes de janvier. Acheté 19 sol.]

Montaigne, né le 28 février 1533, n'avait pas encore seize ans en ce mois de janvier et se vieillit donc un peu. Cette même biffure de l'âge figure sur l'exemplaire de la collection Payen. Sur ces cinq exemplaires subsistant, quatre portent un ex-libris daté du mois de janvier 1549. Comme si ce début d'année avait été marqué par une envie de lire des textes classiques ou par un cadeau du père tant aimé.

César est l'un des personnages les plus cités des Essais puisqu'il y apparaît plus de cent fois. Tout homme cultivé du XVIe siècle était familier de l'oeuvre comme de la vie de l'empereur romain : "Mais César singulièrement me semble mériter qu'on l'étudie pour luy-mesme, tant il a de perfection et d'excellence par dessus tous les autres" (II, 10). On sait qu'au collège de Guyenne à Bordeaux, le jeune Montaigne joua "les premiers personnages es tragedies latines" (I, 26) dans la représentation du Jules César de Marc-Antoine Muret. Montaigne possèdera une autre édition de César d'un format plus maniable qu'il lira et annotera abondamment entre le 25 février et le 21 juillet 1578 (Musée Condé, Chantilly).

Cet exemplaire fut longtemps conservé au Pays de Galles dans la bibliothèque du château de Picton. Il porte le cachet de Sir Richard Philipps, 7e baron, créé Lord Milford en 1776, qui fut Lord-lieutenant du Pembrokshire au début du XIXe siècle. La belle reliure anglaise du début du XVIIIe siècle atteste de l'arrivée précoce en Angleterre de ce volume, témoignant par avance de l'attention que le XVIIIe siècle anglais, à la différence de la France, portera à Montaigne et à son oeuvre.