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Montaigne, Michel de
Description
- Montaigne, Michel de
- les essais de Michel seigneur de Montaigne. Edition nouvelle trouvée après le décès de l'Autheur, revueue et augmentée par luy d'un tiers plus qu'aux précédentes Impressions. Paris, Abel L'Angelier, 1595
Première édition donnée par Mlle de Gournay. In-folio (352 x 221mm).
Avec la préface de Mlle de Gournay et l'avis au lecteur de Montaigne, l'errata en second état, le titre avec la seconde marque de L'Angelier, avec 16 des 21 corrections manuscrites de la première série faites à la plume par Mlle de Gournay et recensées par Sayce ("L'édition des Essais de 1595", pp. 129-130), avec un seul feuillet réimposé en 2L3.4, sans le privilège au verso du titre. Sans le carton du cahier F.
reliure vers 1600. Veau fauve, triple filets serrés d'encadrement aux plats, dos à nerfs orné, monogramme "DSM" dans les caissons, gardes de papier d'origine au filigrane de Nicolas Le Bée (variante de Briquet 8081 datée 1580-1596). Boîte à dos de maroquin.
Mors et coins restaurés.
Provenance
Literature
Catalogue Note
Montaigne meurt le 13 septembre 1592. Il laisse après lui le fameux exemplaire annoté de l'édition de 1588 conservé à la Bibliothèque municipale de Bordeaux depuis la Révolution, et son héritière spirituelle : Marie Le Jars de Gournay (1565-1645) qu'il avait rencontrée toute jeune fille entre février et octobre 1588. A elle et au poète bordelais Pierre de Brach reviennent le soin de préparer une nouvelle édition. Marie de Gournay évoque dans sa préface ce choc que fut pour elle la découverte du texte des Essais. Pour l'exprimer, elle adopte le registre lexical du transport amoureux et du ravissement mystique : "On estoit prest à me donner de l'hellebore, lors que, comme ils [les Essais] me furent fortuitement mis en main au sortir de l'enfance, ils me transissoient d'admiration" (Préface, [p.2]). Sa préface à l'édition de 1635, dédiée au cardinal de Richelieu, adapte le ton au langage des années 1630 : "L'admiration dont ils me transirent, lors qu'ils me furent fortuitement mis en main au sortir de l'enfance, m'allait faire réputer visionnaire." [P. 3]. Il s'agit donc bien d'une rencontre amoureuse qui prend toutes les formes du coup de foudre et utilise les mots du vocabulaire mystique à une époque où les querelles sur la nature de l'amour absolu - celui que le spirituel éprouve pour Dieu - constituent le centre des polémiques religieuses. La préface de l'édition de 1595 confère à Marie de Gournay le titre désormais fameux de fille d'alliance reprenant un passage du livre II des Essais de cette même édition. Personne ne sait si ces mots furent prononcées par Montaigne lui-même où s'ils relèvent de l'auto-proclamation amoureuse : "J'ay pris plaisir à publier en plusieurs lieux, l'esperance que j'ay de Marie de Gournay le Jars ma fille d'alliance: & certes aymée de moy beaucoup plus que paternellement". (II, p. 495). On sait cependant que Montaigne n'avait pas le caractère frivole. Le rôle de Marie de Gournay dans l'histoire des Essais ne doit cependant pas être négligé. C'est elle qui lègue Montaigne à la culture du XVIIe siècle et en fixe le texte pour la postérité quoiqu'elle se réserve le droit de le remodeler au fil des rééditions. Elle assure la qualité des éditions et leur diffusion en Europe. Elle défend constamment la réputation de l'auteur que certains jansénistes auront vite fait, tout en l'admirant, de ranger parmi les athés.
En 1594, une nouvelle édition des Essais est donc entreprise par le libraire Abel L'Angelier qui, en 1588, avait déjà publié la dernière édition faite du vivant de Montaigne (voir lot précédent). Il dispose très probablement de l'"exemplar", c'est-à-dire d'un exemplaire - aujourd'hui perdu - de l'édition de 1588 qui incorpore et compile les ajouts et corrections du célèbre "exemplaire de Bordeaux" et est largement complété par Montaigne lui-même en vue d'une nouvelle édition. Ce sont des "révisions surprenantes, troublantes même, mais, qui par la preuve de l'objet matériel qu'est l'exemplaire de Bordeaux, sont produits de l'écriture de Montaigne dans les dernières années sa vie. Ce sont des parties intégrantes du texte des Essais..." (Mary B. McKinley, 2001). Cette édition monumentale est la première édition complète qui procure le dernier état voulu par Montaigne pour son texte et qui est augmentée de 1409 additions importantes.
La publication est faite sous le contrôle de Mlle de Gournay qui y apporte, selon ses propres termes, une "extrême superstition". Les difficultés de cette grande production qui dura plus de six mois sont attestées par les nombreuses corrections de presse qui ont pu être relevées, les erreurs subsistantes mentionnées dans l'errata qui fut établi en deux états successifs, enfin par les corrections faites par Mlle de Gournay en deux phases sur de nombreux feuillets imprimés. L'édition connut un tel succès qu'elle fut rapidement épuisée. Abel L'Angelier entreprit alors de former, peut-être à la demande, d'autres exemplaires en utilisant des feuilles imprimées non utilisées et qui restaient en stock. Elles ne représentaient pas la totalité du texte. Il manquait certaines feuilles et d'autres étaient en nombre insuffisant. Ainsi il dut les faire recomposer et imprimer pour constituer des exemplaires complets. Le texte fut établi d'après celui des éditions des Essais publiées par L'Angelier entre 1588 et 1602. Le nombre de feuilles ainsi refaites est très variable selon les exemplaires conservés : de 22 (88 pages) pour l'exemplaire de King's College (Cambridge) à 1 (4 pages). Il fallut également recomposer la page de titre (avec une nouvelle marque du libraire, Renouard 556), soit parce qu'elle manquait, soit parce que les feuillets subsistants étaient au nom et à la marque de Michel Sonnius qui avait été associé à L'Angelier pour cette édition. Le texte du privilège au verso de la page de titre ne fut pas conservé, bien que ceui-ci soit toujours mentionné au recto. La date de 1595 fut évidemment maintenue puisqu'il s'agissait seulement de continuer la vente des exemplaires d'une même édition qui était bien accueillie.
Cet exemplaire est un de ceux qui a le moins de feuilles recomposées puisqu'il n'y en a qu'une seule (2L3.4) sur les 194 pages qui constituent l'ouvrage (plus la feuille du titre). Il comporte toutes les autres composantes communes à tous les exemplaires de cette édition : préface (version longue) de Mlle de Gournay, avis de Montaigne "Au lecteur", table, texte complété par Montaigne des trois Livres, et l'errata (en premier état).
Le monogarmme au dos (DSM) a été attribué au poète Scévole de Sainte Marthe dans le catalogue de la vente Lignerolles en 1894. Cette identification a été reprise par Georges Heilbrun en 1955.