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Montaigne, Michel de
Description
- Montaigne, Michel de
- essais de messire michel, seigneur de montaigne, Chevalier de l'Ordre du Roy, & Gentil-homme ordinaire de sa Chambre, Maire & Gouverneur de Bourdeaus. Edition seconde, reveuë & augmentée. Bordeaux, Simon Millanges, 1582
seconde édition dite "seconde édition originale" (tchemerzine). In-8 (158 x 105mm).
reliure de l'époque. Vélin ivoire à rabats, titre inscrit à l'encre sur la tranche inférieure : Essays. Boîte de plexiglas.
condition : galerie de vers en 2L avec légère atteinte au texte, en 2O-P-Q sans atteinte au texte, en 3D8-E4 avec légère atteinte au titre courant, quelques pâles mouillures. Lanières des nerfs sorties des passes au mors supérieur.
Provenance
Literature
Catalogue Note
Cette édition fut publiée par Montaigne au retour de son voyage en Italie. Elle comporte des corrections issues de cette récente expérience comme, par exemple, une allusion à sa rencontre avec Le Tasse, modèle de déraison du poète trop ambitieux : "J'eus plus de dépit encore que de compassion de le voir à Ferrare en si piteux état survivant à soi-même, méconnaisant et soi et ses ouvrages".
Exemplaires.
Nous avons relevé trois exemplaires en reliure de vélin et en mains privées qui ont été signalés dans les catalogues de libraire et de ventes aux enchères depuis une cinquantaine d'années :
1. Librairie Loewy (catalogue 1966, numéro 940).
2. Vente Sotheby's (Londres, 22 juin 1988, lot 259, 155mm : "upper margin of title shaved ... corner of upper cover repaired").
3. Cet exemplaire (Librairie Jean-Claude Vrain, 1996). Un des plus grands connus.
Avec 158mm, l'exemplaire Pottiée-Sperry égale celui en vélin d'époque de la Bibliothèque municipale de Bordeaux. Un exemplaire relié (et lavé) par Duru en 1850, passé récemment sur le marché et qualifié de "plus grand connu", mesurait 159mm.
Jean Filleau, Montaigne et les jésuites vers 1620 : premières oppositions au jansénisme.
Cet exemplaire porte sur la page de titre la mention manuscrite : Ex libris Johannis Filleau antecessoris pictavensis et fiscis advocatus. Cette provenance revêt une importance particulière puisque ce volume a appartenu à l'un des membres d'une influente famille de parlementaires et de brillants intellectuels poitevins très proches de la spiritualité jésuite : les Filleau de La Touche. Les trois frères s'appelaient curieusement Jean, ce qui a pu introduire quelque confusion dans la précédente attribution de cet ex-libris. Jean Filleau, né à Poitiers en 1573, fut un brillant membre de la Compagnie de Jésus, formé à Pont-à-Mousson avant de devenir prêtre en 1610. Il fut recteur des collèges de Navarre (1615), de La Flèche (1616, soit quatre ans après le départ du jeune Descartes), puis de Paris (1622-1625). Proche du cardinal de La Rochefoucauld, il devint provincial de Paris en 1626, de Lyon (1632), de Toulouse (1636) et de nouveau de Paris en 1642, date de sa mort. Son frère benjamin, Jean Filleau, naquit en 1600 pour mourir en 1682. Ce professeur de droit et avocat au présidial de Poitiers joua un rôle de premier plan comme polémiste et écrivain anti-janséniste. Le Jean Filleau qui fut propriétaire de cet exemplaire des Essais, cadet des trois, mourut en 1636 et fut enterré dans la cathédrale de Poitiers où une stèle funéraire en latin, décrite par Beauchet-Filleau (Dictionnaire... des familles du Poitou, Poitiers, septembre 1905, p. 429), relatait sa carrière. Il fut prêtre en 1610 et bachelier en théologie, conseiller du Roi et son aumônier ordinaire en 1627. Vers 1619, il avait été nommé vicaire général de Poitiers et official du diocèse, c'est-à-dire chargé de répartir les taxes, comme le renseigne cette plaque : "Johannis Filleau, antecessor Pictavensis ac fisci advocatus", soit exactement la formule de l'ex-libris figurant au titre. Ce Jean Filleau fut l'un des premiers ennemis du jansénisme puisqu'il s'opposa à Poitiers, dès les années 1620, à Jean Duvergier de Hauranne, fameux abbé de Saint-Cyran et grand introducteur en France de la doctrine de Jansénius : "La correspondance de Sébastien Bouthillier (...) nous apprend en effet que Duvergier avait de pénibles querelles avec de puissants confrères. D'abord il disputait la préséance à un vicaire général : il s'agit sans doute de Jean Filleau" (in Jean Orcibal, Saint-Cyran et son temps, p. 205). On ne peut donc rêver provenance plus explicite pour mesurer le destin de l'oeuvre de Montaigne au XVIIe siècle, tôt placée au centre des querelles sur la grâce.