
IV. De la bibliothèque Hubert Heilbronn (lots 101-155)
Les Poèmes d’Edgar Poe. Bruxelles, Edmond Deman, 1888. Exemplaire nominatif, offert par l'auteur au Dr. Evans, l'amant de Méry Laurent.
Lot Closed
July 4, 02:19 PM GMT
Estimate
10,000 - 15,000 EUR
Lot Details
Description
Mallarmé, Stéphane ─ Edgar Poe
Les Poèmes d’Edgar Poe.
Bruxelles, Edmond Deman, 1888.
In-4 (178 x 193 mm). Demi-maroquin taupe à encadrement, panneaux de daim gris perle, décor géométrique de balsa teinté mosaïqué évoquant un corbeau, tête dorée, doublure et gardes de balsa, chemise et étui bordé (R. Desmules).
Précieux exemplaire du docteur Evans, amant de Méry Laurent.
Rare édition originale.
Exemplaire d'auteur "tiré spécialement pour M. S. Mallarmé". Un des 800 exemplaires sur Hollande (n° 843).
Admirable traduction de Mallarmé, qui confia son manuscrit à l’éditeur belge Edmond Deman en février 1888. Elle est dédiée à la mémoire d’Édouard Manet.
Illustration d’Édouard Manet, comprenant un portrait d’Edgar Poe et le célèbre corbeau, reprise du Corbeau de 1875 (le corbeau est ici contrecollé sur une page de garde).
Envoi autographe signé, sur le faux-titre :
"Au cher docteur
Thomas Williams Evans
comme une occasion de relire
ces poèmes dans l’original
son ami
Stéphane Mallarmé".
Mallarmé fait allusion au texte original anglais de Poe, qu'Evans, d'origine américaine, pouvait tout aussi bien lire que la traduction qu'il lui offre.
Le 7 août 1888, dans une lettre à l'éditeur Edmond Deman, Mallarmé cite le nom du docteur Evans dans la liste des amis auxquels il veut adresser un exemplaire des Poèmes d’Edgar Poe, donnant un autre numéro d'exemplaire : "806 Dr Evans (American Register)" (Correspondance, p. 726). Il précise d'ailleurs rendre bientôt visite au docteur à Royat, en Auvergne à la fin du mois d'août. Le 15 août, il offre un autre exemplaire à la maîtresse du docteur, Méry Laurent, avec ce délicieux quatrain : "Paon je n'aurais osé croire / Que cet été m'octoyât / Ô délice plus que la gloire ! de t'offrir ce livre à Royat" (idem, p. 727).
Le docteur Thomas W. Evans (1823-1897), riche chirurgien-dentiste américain, médecin de Napoléon III et des têtes couronnées européennes, entretint à grands frais Méry Laurent sa vie durant. Il lui offrit notamment une villa "Le Talus" au boulevard Lannes, près de l'avenue du Bois où il résidait lui-même. Il collectionna plusieurs toiles d'Édouard Manet, dont Méry Laurent fut aussi la maîtresse. C'est dans l'atelier de Manet que Mallarmé la rencontra au milieu des années 1870 : elle devint sa muse et occupa dès lors une place capitale dans sa vie.
Mort en 1849, Edgar Poe est, avec Baudelaire, le poète qu’admirait le plus Mallarmé : c’est pour le lire mieux qu’il apprend l’anglais à l’âge de vingt ans, et en son honneur qu’il compose l’un de ses plus célèbres poèmes, Le Tombeau d’Edgar Poe : "Tel qu’en Lui-même enfin l’éternité le change…", repris en tête de sa traduction des Poèmes de 1888.
Dr Evans (envoi).
Hubert Heilbronn (ex-libris).
Stéphane Mallarmé, Correspondance 1854-1898, éd. B. Marcham, Gallimard, 2019.
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