
Auction Closed
November 15, 04:59 PM GMT
Estimate
10,000 - 15,000 EUR
Lot Details
Description
A French Regence Parisian varnish fire screen, circa 1720
ornated with a movable leather screen depicting chinese scenes
Height. 47 1/4 in, length. 27 1/4 in
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Ecran de cheminée en vernis parisien d'époque Régence, vers 1720
décoré d'une toile en cuir amovible représentant des scènes chinoisantes
Haut. 120 cm, larg. 69 cm
Our display is a rare testimony to the luxury and inventiveness of lacquered furniture in Paris in the first decades of the 18th century. Although little is known about it, the production of European lacquer furniture "in imitation of China" began in the early 17th century. The oldest piece of lacquerware in the French royal collections, a "petite boëte façon des indes", which arrived during the reign of François I, is recorded as dating from 1560. Few of these French pieces of furniture have survived to the present day, however, whereas German and English varnished pieces from this period are abundant in museums and collections. This rarity can be explained by the fragility of this varnish, the technique of which was poorly mastered, and by the change in taste, which was more rapid in France. Parisian varnished furniture quickly fell into disuse and its state of preservation rapidly deteriorated. These pieces of furniture and their craftsmen are rarely mentioned in archives from the early 17th century. Among them is the name of Etienne Sager, a varnisher "à la manière de la Chine", who worked under the regency of Marie de Médicis. In 1613, he delivered a large "Chisne-style" cabinet to the crown for the substantial sum of 135 livres. Other varnishers from this period are known, such as Pierre Desmartin, "keeper of the curiosities of China", who delivered a small carriage "à la façon de la Chine" to the young Louis XIII. The phrase "en vernis façon de la Chine" was still rare in the first half of the 17th century, but became more common in the second half. The term peintre-vernisseur (varnish painter) appeared very early on, but it was used to complement a main activity such as sculpting or miniature painting.
This technique was not a speciality at the time, and most craftsmen close to the painter's trade could practise it. But more and more imitations were created because of the cost of furniture brought back from India by Portuguese and then Dutch traders. As these imitations broke away from the Chinese model, a genre of their own developed. From the end of the reign of Louis XIV, craftsmen devoted themselves entirely to this craft of varnishing. In the 18th century, the quality of these European lacquers rivalled those from China and Japan, thanks in particular to Guillaume Martin and his brothers, who created the eponymous varnish.
Between 1710 and 1730, this sibling group made a name for itself in the field of lacquerware in France. Guillaume Martin's booming workshop was rewarded with the title of vernisseur du Roi (King's varnisher), granted by Louis XV on 23 June 1725. The letters patent that followed, on 27 November 1730, gave him the privilege "[...] to manufacture, make, sell and sell all kinds of relief works of his own composition, in the Japanese or Chinese style" for twenty years. However, these advantages never came into effect because Parliament did not register these letters patent due to opposition from Martin's competitors, demonstrating the growth of the various craftsmen who used this Parisian varnishing technique. These varnish painters mostly grouped together in the Faubourg Saint Antoine to work closely with cabinetmakers.
Unfortunately, the descriptions in the inventories of the Crown, private individuals and cabinet-makers are not precise enough to identify the technique used for a particular piece of furniture. Varnished decoration could also break away from Chinese models to create a freer style of decoration or to imitate Boulle marquetry in tortoiseshell and brass or to simulate gilded bronze mounts. Among the very few models known to date are a table and chest of drawers of this type illustrated in T. Wolvesperges, ibid, p. 65 and 67. European lacquer cabinets were also very popular from the 17th century onwards. Among them, the Louis XIV lacquer cabinet made in Paris, with gold motifs on a black background, like our screen, sold at Rouillac in 2015, and the cabinet presented at Sotheby's Paris in 2012, dated circa 1670-1680 and made in Paris, illustrate the craze for these French and European imitations.
The rarity of this French production can also be explained by the fact that for a long time it was confused with Dutch production. Jean-Claude Battault of the Musée de la Musique in Paris has shown that a seventeenth-century French harpsichord held by that museum was decorated by the same artist as a small group of cabinets, one of which is held by the Rijksmuseum in Amsterdam (see Un Musée aux Rayons X, Musée de la Musique, Paris, inv. N. E.996.331). This cabinet was previously presented as Dutch (in Imitation and Inspiration, Japanese Influence in Dutch art from 1650 to the Present, Rijskmuseum, Amsterdam, 1991-1992, n. 40).
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Notre écran est un rare témoin du luxe et de l’inventivité des meubles en vernis à Paris dans les premières décennies du XVIIIe siècle. Bien que mal connue, la production de meubles en laque européens, « à l'imitation de la Chine », commença dès le début du XVIIème siècle. La plus ancienne pièce en laque des collections royales françaises, une « petite boëte façon des indes », arrivée sous le règne de François Ier, est référencée en 1560. Peu de ces meubles français survécurent néanmoins jusqu'à nos jours alors que les pièces en vernis allemand et anglais de cette époque sont nombreuses dans les musées et les collections. Cette rareté s'explique par la fragilité de ce vernis dont la technique était mal maîtrisée et par le changement de goût qui fut plus rapide en France. Les meubles vernis parisiens tombèrent ainsi vite en désuétude et leur état de conservation se dégrada rapidement. Ces meubles et leurs artisans sont rarement mentionnés dans les archives du début du XVIIe siècle. Parmi ceux-ci, citons le nom d'Etienne Sager, vernisseur « à la manière de la Chine », qui travailla sous la régence de Marie de Médicis. Il livra à la couronne en 1613 un grand cabinet « façon de la Chisne » pour la somme importante de 135 livres. D'autres vernisseurs de cette époque sont connus comme Pierre Desmartin, « gardien des curiosités de la Chine » qui livra au jeune Louis XIII un petit carosse « à la façon de la Chine ». La mention « en vernis façon de la Chine » était encore rare pendant la première moitié du XVIIe siècle et elle devint plus fréquente pendant la seconde moitié de ce siècle. Le terme peintre-vernisseur apparut très tôt mais il venait en complément d'une activité principale telle que sculpteur ou peintre en miniature.
Cette technique n'était pas alors une spécialité et la plupart des artisans proches du métier de peintre pouvait s'y exercer. Mais de plus en plus d’imitations sont créées en raison du coût des meubles rapportés des Indes par les commerçants portugais puis hollandais. Un genre à part se développe ainsi à mesure que ces imitations s’émancipent du modèle chinois. Dès la fin du règne de Louis XIV, des artisans se consacrent entièrement à ce métier de peintre vernisseur. Au XVIIIe siècle, ces laques européens rivalisent de qualité avec celles de Chine ou du Japon, notamment grâce à Guillaume Martin et ses frères qui créent l’éponyme vernis.
Cette fratrie s’impose dans le domaine du laque en France de 1710 à 1730. En plein essor, l’atelier de Guillaume Martin se voit récompenser par le titre de vernisseur du Roi, octroyé par Louis XV le 23 juin 1725. Les lettres patentes qui suivirent, le 27 novembre 1730, lui donnèrent le privilège « [...] de fabriquer, faire, vendre et débiter toutes sortes d'ouvrages en relief de sa composition, dans le goût du Japon ou de la Chine » pour vingt années. Néanmoins, ces avantages ne furent jamais effectifs car le Parlement n’enregistra pas ces lettres patentes en raison de l’opposition des concurrents de Martin, montrant là l’essor des divers artisans qui déployaient cette technique de vernis parisien. Ces peintres vernisseurs se regroupèrent pour la plupart dans le Faubourg Saint Antoine pour travailler étroitement avec les ébénistes.
Malheureusement les descriptions des inventaires de la Couronne, des particuliers et des ébénistes ne sont pas assez précises pour identifier la technique utilisée pour un meuble. Le décor vernis pouvait aussi s'émanciper des modèles chinois pour un décor plus libre ou pour imiter la marqueterie Boulle d'écaille et laiton ou simuler les montures de bronzes dorés. Parmi les très rares modèles connus à ce jour, citons une table et une commode de ce type illustrés dans T. Wolvesperges, ibid., p. 65 et 67. Les cabinets en laque européens connurent aussi un grand succès dès le XVIIe siècle. Parmi eux, le cabinet en laque Louis XIV d’un travail parisien, à motifs or sur fond noir, comme notre écran, vendu chez Rouillac en 2015 ou le cabinet présenté chez Sotheby’s Paris en 2012, daté vers 1670-1680 et réalisé à Paris, illustrent l’engouement que suscitèrent ces imitations françaises et européennes. On peut relever aussi, dans le même goût, une commode passée chez Sotheby's Londres, 8 novembre 2023, lot 59.
La rareté de cette production française s'explique aussi par le fait qu'elle a été pendant longtemps confondue avec la production hollandaise. Jean-Claude Battault du musée de la Musique de Paris a ainsi démontré qu'un clavecin français du XVIIe siècle conservé dans ce musée a été décoré par le même artiste qu'un petit groupe de cabinets dont l’un est conservé au Rijksmuseum d'Amsterdam (voir Un Musée aux Rayons X, Musée de la Musique, Paris, inv. N. E.996.331). Ce cabinet était jusque-là présenté comme hollandais (exposé dans Imitation and Inspiration, Japanese Influence in Dutch art from 1650 to the Present, Rijskmuseum, Amsterdam, 1991-1992, n. 40).