
XIXe siècle ─ lots 47 à 144
Physiologie du mariage. Bruxelles, 1834. En reliure de l'époque. Avec un très bel envoi à la comtesse Vimercati.
No reserve
Lot Closed
October 28, 01:53 PM GMT
Estimate
30,000 - 50,000 EUR
Lot Details
Description
Balzac, Honoré de
Physiologie du mariage ou Méditations de philosophie éclectique, sur le bonheur et le malheur conjugal [...].
Bruxelles, J. P. Méline, 1834.
2 volumes in-12 (151 x 100 mm). Demi-veau fauve, dos à faux nerfs soulignés de filets à froid et pointillés dorés, fers et roulettes estampés, tranches mouchetées (Reliure de l'époque, probablement italienne). Étui moderne (atelier Boichot).
Exemplaire de la comtesse Eugenia Bolognini Vimercati, avec un magnifique envoi de Balzac "fanatique adorateur des grands génies à qui Dieu a donné un petit sexe pour le bonheur de l'homme".
Balzac séducteur : exceptionnel témoignage du lien privilégié que Balzac sut entretenir avec les belles Italiennes.
Contrefaçon belge.
Avec le nom de Balzac porté sur les titres contrairement à l’édition originale de 1830, qui n’indique, elle, que "Méditations [...] publiées par un jeune célibataire".
Envoi autographe signé, à l’encre noire, sur la garde du tome I, rédigé sous l’ex-libris de la comtesse :
"[Eugenia Bolognini Vimercati] a pu croire un moment que Honoré de Balzac, humble auteur de cet ouvrage et fanatique adorateur des grands génies à qui Dieu a donné un petit sexe pour le bonheur de l'homme, avait des doctrines mauvaises en leur endroit, il supplie donc la spirituelle Comtesse de ne jamais accuser celui qui a si sérieusement écrit dans ce livre.
Entre deux êtres susceptibles d'amour, la durée de la passion est en raison de la résistance primitive de la femme [axiome qu’on retrouve p. 157, t. I]
ce qui ne l'empêche pas de souhaiter rarement en amour les pièces de résistance pour son bonheur personnel ; car il est difficile qu'il rencontre les perfections qui distinguent E.B.V.
Milan 25 mai 1838
de Balzac".
Radiographie conjugale sans concession qui choqua plus d’un lecteur de Balzac, l’ouvrage est offert à Eugenia Vimercati (1810-1885), épouse du comte Giovanni Giacomo Bolognini Attendolo, et la maîtresse du prince Alfonso Serafino Porcia, hôte de Balzac à Milan.
Balzac, qui avait séjourné une première fois dans cette ville en 1837, avait été particulièrement bien reçu par la haute société de la ville, se liant notamment avec la comtesse Clara Maffei, future "Muse du Risorgimento". Au printemps 1838, de retour d’une malheureuse expédition en Sardaigne où il espérait reprendre l’exploitation d’anciennes mines de plomb argentifère, il passa tout le mois de mai à Milan. Accueilli par le prince Porcia (futur dédicataire de Splendeurs et Misères), il fit connaissance de l’amie du prince, la comtesse Bolognini qui lui demanda de lui dédicacer son exemplaire de Physiologie du mariage.
Il est à relever qu’Eugenia possédait non pas l’édition originale mais une contrefaçon, édition pirate certes mais qui reproduit les feuillets à la typographie incohérente (ici p. 187-190, t. II, "Des religions et de la confession"...) que Balzac mentionne dans le feuillet d’errata : "Pour bien comprendre le sens de ces pages, un lecteur honnête homme doit en relire plusieurs fois les principaux passages ; car l'auteur y a mis toute sa pensée".
Quelques mois plus tard paraissait Une Fille d’Ève, précédée d’une longue dédicace à la comtesse Bolognini, Balzac y évoquant le souvenir de la belle Milanaise et de sa fillette. "Si vous vous souvenez, Madame, du plaisir que votre conversation procurait à un voyageur en lui rappelant Paris à Milan, vous ne vous étonnerez pas de le voir vous témoignant sa reconnaissance pour tant de bonnes soirées passées auprès de vous, en apportant une de ses œuvres à vos pieds, et vous priant de la protéger de votre nom [...] si les Français sont taxés de légèreté, d'oubli, je suis Italien par la constance et par le souvenir. En écrivant le nom d'Eugénie ma pensée m'a souvent reporté dans ce frais salon en stuc et dans ce petit jardin, au Vicolo dei Capuccini, témoin des rires de cette chère enfant, de nos querelles, de nos récits [...]".
Après la mort du comte Bolognini Attendolo, Eugenia devait se remarier avec Alfonso Porcia en 1865. Sa deuxième fille [présumée être du prince Porcia], également prénommée Eugenia, née en février 1837, future duchesse Litta, sera célèbre pour sa grande beauté, ses actions de bienfaisance, ses prises de position favorables au Risorgimento, ainsi que pour sa relation avec celui qui deviendra roi d’Italie, Humbert Ier.
Eugenia Bolognini Vimercati (envoi et timbres humides).
Giangiacomo Morando Attendolo Bolognini (1855-1919), petit-fils de la précédente (ex-libris manuscrit).
Pierre Bergé (ex-libris ; I, n° 72).
Exposition commémorative du cent cinquantième anniversaire de Balzac, mai-juin 1949, n° 212.
A. Meyer, "Les cinq voyages de Balzac en Italie", in Hommes, idées, journaux : mélanges en l'honneur de Pierre Guiral, Paris, 1988, pp. 433-441.